par Perrine Vennetier
par Perrine Vennetier
La berbérine est un complément alimentaire, présenté comme naturel, avec des effets potentiels sur la glycémie et le métabolisme. Il est promu sur les réseaux sociaux et sur les sites marchands comme un traitement amaigrissant. Or son efficacité pour la perte de poids est quasiment nulle. En regard, les risques sont disproportionnés avec des effets secondaires possibles et des interactions médicamenteuses.
Depuis l’arrivée sur le marché du sémaglutide (Ozempic et Wegovy) comme médicament pour maigrir, les réseaux sociaux ont vu émerger une prétendue alternative naturelle : la berbérine. Ce complément alimentaire, extrait de plantes comme l’épine-vinette ou de l’hydraste du Canada, est présenté par certains influenceurs comme un substitut aux traitements anti-obésité.
La berbérine est ainsi étiquetée par certains influenceurs comme un « Ozempic naturel ». À les entendre, la berbérine cumulerait les avantages : 100 % naturelle, beaucoup moins chère, disponible sans ordonnance et dénuée d’effets indésirables. Sur TikTok et Instagram, des vidéos vantent ses effets pour perdre du poids : « Moins de stockage, meilleure gestion du sucre, brûle-graisse ciblé sur le ventre et la taille », assure-t-on. Certains utilisateurs affirment aussi que la berbérine les aide à contrôler leur appétit. Ils font ainsi le parallèle avec le sémaglutide et le tirzépatide (Mounjaro), ces médicaments anti-obésité qui ont précisément un effet coupe-faim. Les vendeurs de compléments alimentaires en ligne reprennent cet argumentaire, tout en en ajoutant de nouveaux : « La substance végétale régule l’activité des hormones qui influencent l’appétit et le dépôt des graisses. Elle peut réduire l’absorption de graisses dans l’intestin. »
Cet engouement n’est pas fondé. La comparaison entre la berbérine et le sémaglutide (Ozempic) n’a pas vraiment de sens. En termes chimiques, les deux molécules ne se ressemblent pas. La berbérine agit en activant une enzyme appelée AMPK, impliquée dans le métabolisme, en particulier dans la régulation du glucose dans le corps. Ce mécanisme explique d’ailleurs que la berbérine a un effet clinique démontré sur le taux de glucose dans le sang (glycémie). Des essais cliniques, avec des doses allant de 400 à 1 500 mg/jour, ont montré une diminution de la glycémie, à jeun ou après le repas. Le cholestérol a également diminué, indique un rapport de l’Agence française de l’alimentation (Anses, 2019). Ces effets « pharmacologiques » sont d’ailleurs très problématiques car ils ne relèvent plus du domaine alimentaire mais bien du domaine médical. Or un complément alimentaire, comme la berbérine, est censé se cantonner au premier.
De son côté, le sémaglutide (Ozempic et Wegovy) a un mode d’action très différent. Il mime les effets d’une hormone appelée GLP-1. Cette hormone a aussi un effet sur la régulation de la glycémie mais en stimulant l’insuline et en diminuant la sécrétion du glucagon et, par là, la libération de glucose par le foie. C’est pourquoi le sémaglutide a d’abord été autorisé comme antidiabétique sous le nom commercial d’Ozempic. Mais le sémaglutide agit aussi au niveau de l’estomac : il ralentit sa vidange ce qui procure un sentiment de satiété plus long. Il exerce aussi une action au niveau du cerveau pour réduire l’appétit et la sensation de faim. À plus hautes doses, et sous le nom de Wegovy, cette substance active a été autorisée comme traitement de l’obésité. Avec ce médicament, des pertes de poids de plus de 10 kg sont couramment observées. Les essais cliniques démontrent que la perte de poids est de l’ordre de 15 % de la masse corporelle après un an. Avec la berbérine, au mieux 2 ou 3 kg peuvent être perdus, ce qui correspond à la perte de ceux qui prenaient un médicament placebo (vide) lors des essais cliniques. C’est donc anecdotique. Et surtout sans aucune garantie.
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Le statut de la berbérine est en effet très problématique : comme c’est un complément alimentaire, la qualité et la quantité de substance active ne sont pas aussi bien garanties que si c’était un médicament. D’ailleurs, un complément alimentaire ne devrait avoir qu’un effet physiologique (c’est-à-dire le maintien d’un état normal) et non pas avoir d’effet thérapeutique (c’est-à-dire une modification de l’état de santé).
Pour éviter que ces produits ne tombent sous la législation des médicaments, une limite journalière de 10 mg d’alcaloïdes (exprimés en berbérine) a été fixée en Belgique. Mais en France, on trouve couramment des doses 40 fois supérieures. Plus la dose est élevée et plus les risques d’effets indésirables augmentent. La berbérine expose ainsi à des troubles gastro‑intestinaux (diarrhée, douleurs abdominales) fréquents. Des effets cardiovasculaires (notamment sur le rythme cardiaque) sont aussi suspectés.
De plus, le risque d’interaction avec des médicaments a été identifié « comme le principal risque sanitaire sur la population générale lors de l’utilisation de la berbérine », souligne l’Anses.
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Les médicaments anti-obésité ne sont pas des panacées, loin de là. Eux aussi présentent des risques et ne marchent pas toujours. Mais les garanties tant d’efficacité que de sécurité sont bien meilleures. Ceux qui ont besoin, pour des raisons médicales, d’une substance active pour maigrir auront donc meilleur compte à se tourner vers un médicament plutôt qu’un produit dit « naturel »… qui n’a pas grand-chose de naturel si l’on y songe bien. La berbérine en compléments alimentaires consiste en un remplissage de gélules avec des substances actives extraites, purifiées, parfois modifiées et dosées dans une gélule qui n’évoque plus guère l’arbuste épineux dont elle vient.
Perrine Vennetier
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