ACTUALITÉ

Centralepneus.fr - En roue libre

Cyril Brosset

par Cyril Brosset

Le site de vente de pneus est un ovni qui se met tout le monde à dos dans le milieu, de ses concurrents aux organismes chargés du recyclage en passant par le Syndicat du pneu… sans oublier une bonne partie de ses clients.

La justice a tranché. Après des années de procédure, le tribunal des activités économiques de Paris a donné raison, le 16 février 2026, à Aliapur et France recyclage pneumatiques (FRP), les deux principaux éco-organismes chargés de récupérer et de valoriser les gommes usagées dans l’Hexagone, ainsi qu’au Syndicat du pneu, qui regroupe de nombreux professionnels. Les juges ont confirmé qu’AD Tyres International, la société qui édite le site Centralepneus.fr, était bel et bien redevable de l’écocontribution, cette participation financière qui sert à financer la collecte et le recyclage des vieux pneus.

Son dirigeant avait toujours refusé de la régler, arguant que le siège social de l’entreprise se situait dans la principauté d’Andorre, soit hors de l’Union européenne, et que ses plateformes logistiques étaient implantées en Allemagne et en Belgique, et donc qu’il n’importait lui-même aucun pneu dans notre pays. La justice lui a donné tort.

Dans la mesure où son site marchand, Centralepneus.fr, cible les consommateurs français, il doit être considéré comme un « producteur » de déchets au sens du Code de l’environnement et, à ce titre, payer l’écocontribution. Il est tenu de communiquer le nombre d’unités qu’il a vendues sur notre sol en 2023 et 2024, afin que soit fixé le montant des sommes dont il devra s’acquitter. L’affaire est toutefois loin d’être terminée, AD Tyres International ayant immédiatement contesté la décision et fait appel. Un nouveau procès aura donc lieu.

Un habitué des tribunaux

Ce cas est loin d’être isolé. Depuis des années, Centralepneus.fr collectionne les jugements, le plus souvent en sa défaveur. En 2013, par exemple, Allopneus.com, un de ses concurrents, s’était pourvu en justice contre lui pour contrefaçon et concurrence déloyale. Le leader du marché français lui avait reproché, entre autres, d’avoir copié la présentation et le logo de son site Internet de manière à profiter de sa notoriété.

Il l’accusait, en outre, d’avoir recouru à de la publicité comparative en s’appuyant sur des prix erronés. Après une très longue procédure, CP Reifen, la firme allemande qui exploitait Centralepneus.fr à l’époque, alors placé en liquidation, avait été condamnée à lui verser 400 000 € de dommages et intérêts. À peu près à la même période, Centralepneus.fr avait à son tour attaqué Allopneus.com, réclamant pas moins que la désactivation de sa plateforme marchande et 20 millions d’euros de dommages et intérêts. Le tribunal de commerce d’Évry (91) avait fini par rejeter ses demandes après avoir conclu à l’absence de faute et de préjudice.

En 2020, rebelote. Centralepneus.fr assignait de nouveau Allopneus.com pour une garantie dommage pneu qui, d’après ses dires, s’apparentait à une assurance sans en respecter les obligations légales. Une fois de plus, le site andorran avait été débouté. En 2019, c’est une autre procédure, qui l’opposait cette fois à l’administration fiscale française, qu’il a perdue, la Cour de cassation ayant rejeté le pourvoi qu’il avait déposé à la suite d’une décision qui lui était défavorable. Et, d’après nos informations, il a également été en conflit avec des entreprises européennes et le serait encore aujourd’hui avec un concurrent direct.

Que Choisir en ligne de mire

À Que Choisir aussi, nous avons eu l’honneur de goûter aux velléités procédurières de Centralepneus.fr. À deux reprises, en 2021 et en 2025, la plateforme nous a fait parvenir un courrier d’avocat nous mettant en demeure de supprimer de notre forum des dizaines de témoignages qu’elle jugeait dénigrants. Afin de nous conformer au Digital Service Act (DSA), le règlement européen sur les services numériques, il nous a fallu en supprimer certains. Mais il en reste beaucoup, et d’autres sont apparus depuis (voir encadré).

→ Lire aussi : Centralepneus.fr - Effacer les avis pour faire oublier les problèmes

Car Centralepneus.fr suscite pléthore de mécontentements. Nombreux sont les consommateurs qui continuent, sur notre forum, ou auprès des associations locales Que Choisir Ensemble, à se plaindre de commandes non conformes, de délais de livraison à rallonge, de retours compliqués ou encore de remboursements aléatoires. L’efficacité du service après-vente est, en outre, régulièrement mise en cause. Beaucoup de clients qui le contactent déplorent des réponses hors sujet, voire à la limite de la mauvaise foi, données plus pour les pousser à abandonner la démarche que pour leur venir en aide. Et le fait que la société mère soit installée en Andorre ne facilite pas les choses en cas de contestation.

En dépit de ses démêlés judiciaires et des mauvais retours clientèle, Centralepneus.fr est une affaire qui roule. En 15 ans, AD Tyres International en a fait l’un des principaux sites de vente de pneus en France. Dans le même temps, la multinationale a étendu sa présence dans plus de 25 pays en Europe, développé son offre à destination des professionnels sous la marque MaxiTyre, et s’est lancée dans la vente de pièces auto via la plateforme Distriauto.fr. Centralepneus.fr poursuit son chemin sur les chapeaux de roues.

Comparatif

Pneus

Voir le comparatif

Sur notre forum, les plaintes continuent à affluer

Qualité

« Un des pneus livrés présentait deux hernies et a crevé au bout de 2 km. Le service clients a tout fait pour me dissuader de le retourner. »

« Les pneus ont été déposés devant mon garage sans que je puisse en vérifier l’état. Or, l’un des deux était plus usé que l’autre. »

Commande

« Au bout de 15 jours, ma commande n’était toujours pas livrée. J’ai dû menacer de porter plainte pour qu’on me rembourse. »

« Les pneus reçus ne correspondaient pas à ma commande. Il a fallu que j’insiste lourdement pour que [le site] les reprenne. »

Service après-vente

« Le service clients avançait des arguments surréalistes pour que je laisse tomber. Ils ont fini par me rembourser les pneus défectueux. »

« À la suite d’une erreur [du site], le SAV m’a baladé. J’ai dû lancer une médiation et évoquer Que Choisir pour qu’on me rembourse. »

Droit de réponse de la société Centralepneus.fr du 24 juillet 2026

S'agissant du sujet de l'écocontribution, il est soutenu qu'« après des années de procédure », la justice aurait « tranché » alors que la procédure de première instance a duré moins d'un an (introduite courant 2025 et jugement en cause rendu le 16 février 2026).

Outre cette première allégation matériellement erronée, AD Tyres rappelle qu'elle a fait l'objet d'un contrôle du Ministère français de l'écologie en 2025 sur sa conformité à cette législation, lequel contrôle n'a abouti à aucune sanction à son encontre. Cela est démontré par le fait que le site du Ministère de la Transition Écologique ne référence aucune sanction concernant AD Tyres sachant que les décisions de sanction sont obligatoirement rendues publiques en vertu de l'article L. 541-9-8 du Code de l'environnement. En dépit de cette position claire, Aliapur, FRP et le Syndicat du Pneu ont fait le choix de se reporter sur les juridictions judiciaires.

Contrairement à ce qui est allégué dans l'article, le tribunal des activités économiques de Paris n'a pas considéré que Centrale Pneus était « producteur » sur la base du fait qu'elle ciblerait le consommateur français. Le tribunal a qualifié à tort le site Centralepneus.fr de plateforme d'intermédiation pour le compte de tiers au sens de l'article L. 541-10-9 du Code de l'environnement qui soumet de tels services à l'écocontribution. Or, le site Centralepneus.fr ne met pas en relation des acheteurs et des vendeurs mais commercialise directement les produits d'AD Tyres à sa propre clientèle. C'est la raison pour laquelle AD Tyres a interjeté appel de ce jugement devant la cour d'appel de Paris. La procédure est actuellement pendante et aucune conclusion définitive ne peut être judicieusement tirée de ce litige toujours en cours.

En outre, la défense d'AD Tyres n'est pas de dire qu'elle s'exonère de l'éco-contribution parce que son siège est en dehors de l'UE mais elle soutient plus précisément que la législation sur l'éco-contribution n'a pas de portée extraterritoriale en l'absence de clause d'extraterritorialité dans la directive déchet 2008/98/CE. Surtout, sa défense consiste à démontrer qu'elle n'entre dans aucune des catégories de « producteur » listées par les articles L. 541-10 et R. 543-137 IV du Code de l'environnement. En particulier, ces dispositions soumettent les importateurs ou les prestataires de service de montage à l'exclusion des exportateurs étrangers et ce, conformément aux principes de la directive déchet 2008/98/CE. Depuis une dizaine d'années, AD Tyres a fait l'objet de contrôles sur l'écocontribution dans de nombreux États européens. Ces contrôles n'ont abouti à aucune sanction.

Par ailleurs, il est soutenu que « Centralepneus.fr collectionne » « les jugements, le plus souvent en sa défaveur » tout en occultant la condamnation de l'UFC QUE CHOISIR à verser à la société AD Tyres la somme globale de 4.000 euros au titre de l'article 700 du Code de procédure civile en raison de la caducité de son appel prononcée par le conseiller délégué par le premier président de chambre du 22 février 2023 et confirmée par la Cour d'appel de Paris dans son arrêt du 28 juin 2023.

L'article prétend vouloir faire référence à une affaire ayant opposé « Centralepneus.fr » à « Allopneus.com » courant 2013 en omettant de mentionner que la Cour d'appel de Paris a, par arrêt définitif du 5 juillet 2019, rejeté toutes les demandes de la société ALLOPNEUS dirigées contre la société AD Tyres.

Dans le même esprit, il est fait état d'une autre affaire relative à une « garantie dommage pneu » qui se serait terminée par un débouté. L'article omet toutefois de mentionner l'existence d'un pourvoi actuellement pendant devant la Cour de cassation de sorte que cette affaire est toujours en cours.

Il est aussi soutenu qu'en 2019, « Centralepneus.fr » aurait « perdue » une « procédure, qui l'opposait cette fois à l'administration fiscale française ». Outre le fait que ce prétendu rappel factuel occulte l'arrêt définitif rendu par la cour d'appel de Toulouse le 6 juillet 2018 qui a notamment annulé des opérations de saisie dans cette même affaire, rappelons que la société AD Tyres n'était pas visée par la requête de l'administration fiscale. Aucun redressement n'a suivi cette procédure.

Concernant l'appréciation portée sur le service après-vente du site Centralepneus.fr, l'article donne une image inexacte de la réalité du service clientèle. Le procédé utilisé consiste à mettre la lumière sur quelques cas allégués de consommateurs (présentés à tort comme « une bonne partie de ses clients ») ayant rencontré des difficultés puis à insinuer qu'il s'agit de situations récurrentes et généralisées en matière de service après-vente de Centralepneus.fr.

Ce n'est pas la première fois que QUE CHOISIR traite des avis consommateurs, sous cet angle.

La société AD Tyres a déjà eu l'occasion d'apporter une réponse à des allégations similaires, selon un droit de réponse publié le 11 octobre 2023 sur le site quechoisir.org.

Elle n'entend donc pas polémiquer outre mesure.

Lire aussi

Soutenez-nous, rejoignez-nous

La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir

image nous soutenir

Newsletter

Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus

image newsletter