par Arnaud Murati
PneusVers des pneus plus verts… et un peu plus chers
Les pneumatiques vont évoluer à la hausse au cours des années à venir, que ce soit en termes de technicité ou de prix. La nouvelle réglementation Euro 7 va imposer des standards d’émissions de particules dès 2028. Mais en attendant, une hausse de quelques centimes par enveloppe est déjà à signaler.
Après la voiture électrique, l’Union européenne (UE) a fait le choix de s’attaquer aux pollutions les moins visibles : celles qui concernent les poussières de freins et de pneumatiques, restées des années durant en dehors des radars de la communauté scientifique.
Avec la mise en place de la norme Euro 7 qui va s’imposer aux nouveaux types de véhicules neufs dès novembre 2026, l’UE a aussi défini des valeurs cibles à atteindre pour les pneumatiques qui seront bientôt proposés à la vente. L’idée est de réglementer la quantité de microplastiques émis durant la phase d’usure du pneu : ce sont 500 000 tonnes de particules détachées des pneus et de la route qui partent dans les cours d’eau chaque année en Europe !
Afin de parvenir à limiter les émissions des enveloppes, les manufacturiers sont donc obligés de travailler sur différents aspects : la composition de la gomme de la bande de roulement bien sûr, mais aussi sur les sculptures et la structure des pneus. Le travail de recherche est conséquent. Selon l’ETRMA, l’organisation qui représente la plupart des manufacturiers européens, « les coûts de conception augmenteraient fortement, en particulier pour le segment de la monte d’origine », car ces derniers « peuvent être plus de 10 fois supérieurs à ceux de remplacement en raison de la nécessité d’une validation spécifique du véhicule ». Ainsi, seraient concernés en premier lieu par la hausse des prix les pneus livrés avec les véhicules neufs, qui peuvent différer de ceux proposés dans l’offre de remplacement.
→ Lire aussi : Disparition des roues de secours - Le nouveau business de la crevaison
L’Union européenne a toutefois tenu à rassurer d’emblée. En dépit de leur caractère plus vert, les pneumatiques de nouvelle génération ne verront pas leur prix exploser : « Nous estimons le coût de la hausse sur le prix des pneus à 2 % en 2025 », a fait savoir le centre de recherches de l’Union européenne en décembre 2024. Les manufacturiers n’ont, en effet, pas attendu le dernier moment pour engager les recherches.
Sollicité sur le sujet, Michelin se satisfait de l’arrivée de cette norme Euro 7. Le manufacturier français, solide représentant des pneus haut de gamme, y voit enfin le moyen de séparer le bon grain de l’ivraie, tout en contestant une hausse de prix mécanique et propre à la future législation. L’entreprise indique avoir commencé à travailler sur les émissions de particules de pneus dès 2005. Aujourd’hui, les produits proposés au grand public par le Bibendum seraient déjà quasiment tous conformes à la future réglementation.
30 % de l’offre ne sera bientôt plus conforme
Il n’en reste pas moins qu’Euro 7 va envoyer bon nombre de pneus directement à la benne. Ce sont environ 30 % des pneus proposés actuellement sur le marché européen qui vont disparaître dès 2028 si leurs manufacturiers ne réagissent pas. Comme l’indique la Fédération internationale de l’automobile (FIA), « des limites très strictes profitent principalement aux marques les plus chères, ce qui désavantage les consommateurs à faibles revenus ». Plus directement, les pneus bas de gamme, surtout importés d’Asie mais pas uniquement, ne satisferont plus à la norme. Un bienfait pour la sécurité routière, mais un vrai problème pour les budgets les plus contraints.
Car l’évolution à la hausse du prix des pneus n’a jamais été aussi palpable que ces dernières années. D’après les données du syndicat des professionnels du pneu, un pneu coûte aujourd’hui en moyenne 107 € pour une berline, 172 € pour un SUV. Soit 39 % d’augmentation sur 10 ans pour l’enveloppe réservée à la berline, et +20,2 % en ce qui concerne le pneu de SUV.
Si cette tendance inflationniste s’est quelque peu enrayée au 1er trimestre 2026, un autre facteur réglementaire est toutefois venu renchérir le prix des pneus. Sous couvert d’aider la filière de pneus rechapés de la marque Léonard, aujourd'hui placée en procédure de sauvegarde auprès du tribunal d'Arras, le gouvernement a fait le choix d’imposer un soutien financier par pneu rechapé de 6 € aux éco-organismes qui gèrent la fin de vie des enveloppes. Or, ces éco-organismes sont directement financés par les marchands de pneumatiques. L’affaire est assez technique et complexe, mais le résultat final sera le suivant dès le mois de juin prochain : environ +30 centimes d'euro d'écocontribution par pneu neuf vendu.

Arnaud Murati