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Ehpad : les familles vont enfin pouvoir comparer les établissements

Rosine Maiolo

par Rosine Maiolo

Combien de professionnels s’occupent réellement des résidents d’un Ehpad ? Les équipes sont-elles stables ? Les absences fréquentes ? Un décret publié le 9 août impose désormais de rendre publics trois indicateurs : le taux d’encadrement, l’absentéisme et la rotation du personnel. Des informations inédites et essentielles, jusqu’ici difficiles d’accès pour les familles. Cette transparence ne réglera évidemment pas les difficultés du secteur, mais contribuera à les rendre plus visibles et, peut-être, à pousser les établissements à améliorer leurs pratiques.

L’essentiel

  • Les Ehpad devront désormais transmettre chaque année à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) leur taux d’encadrement des résidents par le personnel médical, paramédical et socio-éducatif, leur taux d’absentéisme du personnel et leur taux de rotation du personnel.
  • Ces informations seront rendues publiques sur le portail officiel Pour-les-personnes-agees.gouv.fr.
  • Les familles pourront ainsi confronter plus facilement le tarif d’un établissement aux moyens humains dont il dispose.
  • Cette transparence ne résoudra pas la crise des Ehpad, mais elle pourrait mettre davantage en lumière les écarts entre établissements.

Lorsqu’une famille doit choisir un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pour un proche, elle peut assez facilement connaître le prix d’une chambre, savoir si celle-ci est individuelle, si l’établissement dispose d’une unité Alzheimer ou encore s’il est habilité à recevoir des bénéficiaires de l’aide sociale à l’hébergement (ASH). Beaucoup plus difficile, en revanche, de connaître les moyens humains réellement disponibles auprès des résidents et de savoir s’ils retrouvent chaque jour les mêmes visages.

Cela devrait bientôt changer. Le décret du 8 août 2026 impose aux gestionnaires des établissements et services accueillant ou accompagnant des personnes âgées de transmettre chaque année à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) trois nouveaux indicateurs concernant leurs ressources humaines :

  • leur taux d’encadrement des résidents par le personnel médical, paramédical et socio-éducatif ;
  • leur taux d’absentéisme du personnel ;
  • leur taux de rotation du personnel (turn-over).

La CNSA devra ensuite les rendre publics sur son site destiné à l’information des usagers, Pour-les-personnes-agees.gouv.fr.

Une avancée prévue par la loi portant mesures pour bâtir la société du bien-vieillir et de l’autonomie, qui marque un tournant majeur dans l’information et la transparence du secteur médico-social. Derrière les chambres, les menus, les jardins ou les animations présentés aux familles lors des visites, la qualité de l’accompagnement dépend d’abord des femmes et des hommes disponibles au quotidien auprès des résidents.

L’encadrement, un indicateur clé des moyens humains

Premier indicateur, probablement le plus attendu : le taux d’encadrement. Il met en rapport le nombre de résidents accueillis avec les effectifs médicaux, paramédicaux et socio-éducatifs chargés des soins et de leur accompagnement.

Jusqu’ici, les différences entre catégories d’établissements étaient connues grâce aux statistiques nationales, mais pas facilement accessibles établissement par établissement. Une étude publiée en septembre 2025 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) montrait ainsi que le taux d’encadrement atteignait 60,2 équivalents temps plein (ETP) pour 100 résidents dans les établissements appartenant aux cinq grands groupes privés commerciaux, contre 62,7 dans les autres Ehpad privés et 73 dans le public.

La différence est loin d’être négligeable. Un personnel insuffisant peut avoir des conséquences très concrètes sur le quotidien des résidents : des soins réalisés plus rapidement, moins de disponibilité pour répondre aux besoins de chacun, discuter ou proposer des activités…

Dans son rapport « Les droits fondamentaux des personnes âgées accueillies en Ehpad », publié en mai 2021, le Défenseur des droits avait précisément alerté sur les conséquences du manque de personnel. Il rapportait notamment des situations dans lesquelles des protections contre l’incontinence étaient systématiquement mises à certains résidents faute de personnel pour les accompagner aux toilettes, ou encore des horaires de lever et de coucher fixés en fonction de l’emploi du temps du personnel. Il relevait également que certains résidents se voyaient servir des aliments moulinés ou mixés plutôt que de bénéficier d’une aide humaine pour les couper.

La stabilité des équipes enfin mesurable

Le deuxième indicateur concerne le taux de rotation du personnel, autrement dit le turn-over. Ce chiffre peut sembler technique. Il recouvre pourtant une réalité très concrète pour les résidents.

Être accompagné chaque jour par des professionnels différents n’est pas neutre lorsqu’une personne est âgée, en perte d’autonomie et, plus encore, lorsqu’elle souffre de troubles cognitifs. Des équipes stables apprennent à connaître les habitudes du résident, sa manière de communiquer, ses goûts, ses difficultés, ce qu’il peut encore accomplir seul ou les situations susceptibles de l’angoisser. À l’inverse, une rotation importante des salariés peut compliquer cette individualisation de la prise en charge et fragiliser les repères des résidents.

L’absentéisme devient lui aussi visible

Troisième donnée qui devra être rendue publique : le taux d’absentéisme du personnel. Il apportera une indication supplémentaire sur la situation des équipes. Un absentéisme élevé ou récurrent peut notamment être le signe de conditions de travail difficiles, d’un climat social dégradé, de tensions dans l’organisation ou le management, ou encore d’un épuisement des professionnels.

Un établissement confronté à de nombreuses absences doit en effet les compenser, réorganiser les plannings ou recourir à des remplaçants qui ne connaissent pas nécessairement les résidents. Les salariés présents peuvent également devoir absorber une charge de travail supplémentaire.

Il faudra néanmoins attendre un arrêté du ministre chargé des Affaires sociales pour connaître précisément le contenu et la méthode de calcul de chacun des trois indicateurs. Ces modalités seront essentielles pour permettre de comparer les établissements sur des bases homogènes.

Des tarifs élevés ne garantissent pas davantage de personnel

Les statistiques disponibles montrent que prix et moyens humains ne vont pas nécessairement de pair. L’étude de la Drees publiée en septembre 2025 révélait que les établissements des cinq grands groupes privés commerciaux affichaient un taux d’encadrement inférieur à celui du public, alors que leurs tarifs étaient sensiblement plus élevés.

Une chambre non habilitée à l’ASH y coûtait en moyenne 98 € par nuit, contre 89 € dans les autres établissements commerciaux et 60 € dans les Ehpad publics. Les grands groupes proposaient par ailleurs moins de places habilitées à l’aide sociale. Nous avions détaillé ces différences dans notre article consacré au poids croissant des grands groupes d’Ehpad.

Demain, les familles devraient pouvoir effectuer ce rapprochement à une échelle beaucoup plus fine : combien coûte cet établissement et de quels moyens humains dispose-t-il réellement ? Ces nouveaux indicateurs viendront compléter les informations déjà disponibles pour comparer les établissements.

→ Lire aussi : Choix d’un Ehpad - Les pièges à éviter et les conseils à suivre

Une crise de confiance que trois chiffres ne suffiront pas à résoudre

Cette transparence accrue est bienvenue. Elle intervient dans un contexte particulièrement difficile pour les Ehpad. Depuis longtemps, ces établissements font figure de repoussoir pour de nombreux Français : l’entrée en Ehpad reste souvent perçue comme une solution de dernier recours, associée à la perte d’autonomie, à l’isolement et à la fin de vie. Une défiance que les restrictions imposées aux résidents durant la crise sanitaire liée au Covid-19, à partir de 2020, puis le scandale Orpea, révélé en 2022 (le groupe est, depuis, devenu Emeis), n’ont fait qu’accentuer.

Les chiffres le montrent : en 2023, 74 % des Français déclaraient ne pas envisager de vivre à l’avenir dans un établissement pour personnes âgées, contre 53 % en 2001 (Drees, Études et Résultats n° 1348, septembre 2025).

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les besoins d’accompagnement vont considérablement augmenter avec le vieillissement de la population. La France comptait environ 7 500 Ehpad et 615 000 places en 2022. Le nombre de personnes de 60 ans ou plus en perte d’autonomie passerait, quant à lui, d’un peu plus de 2 millions en 2021 à près de 2,8 millions à l’horizon 2050.

Rendre publics trois indicateurs ne permettra évidemment pas de recruter les professionnels qui manquent, d’améliorer leurs conditions de travail ni de transformer du jour au lendemain le modèle des Ehpad. Mais ce qui devient visible devient aussi plus difficile à ignorer.

Rosine Maiolo

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