Électricité

Des coupures ne sont pas exclues

Publié le : 14/11/2009 

Compte tenu du vieillissement du parc nucléaire et de la hausse de la consommation, la France est exposée à des risques sérieux de délestage en cas de vague de froid cet hiver.

 

Électriquement parlant, l'hiver sera rude. Tel est le message délivré par Réseau de transport d'électricité (RTE, gestionnaire des lignes à haute tension) dans une note datée du 30 octobre. Cette analyse de l'équilibre entre l'offre et la demande d'électricité pour l'hiver 2009-2010 conclut à « une situation nettement moins favorable que les années précédentes ». Si l'hiver à venir est doux ou simplement ordinaire, RTE se montre raisonnablement optimiste. Des ruptures d'approvisionnement sont en revanche à craindre en cas de « froid intense et durable entre novembre et janvier ». Nous voilà au courant.

RTE a calculé les ressources disponibles sur la base des données fournies par les producteurs. Elles sont très en retrait par rapport à celles de l'hiver dernier. De nouvelles centrales éoliennes et thermiques ont été mises en service, mais elles sont loin de compenser la baisse de disponibilité du parc nucléaire, qui fournit 85 % de notre électricité. Nos centrales vieillissent. Leur entretien nécessite des arrêts techniques plus fréquents ou plus longs que par le passé, ce qui fait que 20 % des réacteurs sont en permanence indisponibles. Pour ne rien arranger, les éoliennes qui poussent un peu partout en France sont à l'arrêt pendant les vagues de froid, qui correspondent à des conditions anticycloniques caractérisées par une absence totale de vent. Le réseau français est bien entendu interconnecté à ceux des pays voisins, mais les importations de courant se heurtent aux limites des lignes à haute tension. Celles-ci seraient probablement atteintes si jamais la température descendait pendant plusieurs jours à 7 ou 8° en dessous des moyennes hivernales.

Dans ce contexte, RTE envisage, en derniers recours, des baisses de tension de 5 %, voire des délestages, c'est-à-dire des coupures. Comme l'an dernier, le gestionnaire du réseau va probablement appeler les particuliers à surveiller leur consommation entre 18 h 00 et 20 h 00 pendant les vagues de froid, en rappelant des mesures de bon sens, comme lancer les lave-linge ou les lave-vaisselle plus tard dans la soirée. C'est particulièrement important dans les régions situées en bout de réseau, comme la Bretagne et les Alpes-Maritimes. Il serait peut-être bon que les collectivités jouent également le jeu, et acceptent de couper l'éclairage public de certains monuments pour prévenir les délestages. L'an dernier, très peu avaient pris ce genre d'initiatives, qui auraient pourtant un impact significatif.

Erwan Seznec