par Fabrice Pouliquen
par Fabrice Pouliquen
À la rentrée, la liste des travaux éligibles à MaPrimeRénov’ Monogeste, qui permet de financer des travaux de rénovation réalisés isolément, devrait se réduire comme une peau de chagrin. Officiellement, la stratégie gouvernementale est de concentrer les efforts sur les rénovations d’ampleur… Vraiment ?
Que restera-t-il de MaPrimeRénov’ Monogestes au 1er septembre ? Un projet de décret, dont la publication est imminente, prévoit de réduire drastiquement la liste des travaux éligibles à cette aide à la rénovation énergétique des logements. Le texte a été soumis début juillet au Conseil national de l’habitat (CNH), qui a émis un avis défavorable. Mais l’avis de cette instance n’est que consultatif et il est fort probable que l’exécutif ne touche pas une ligne au texte initial. Fin juin, confirmant les informations du Parisien, le ministère de la Ville et du Logement a indiqué vouloir aller dans le sens de cet énième coup de rabot sur les aides pour les monogestes.
Devraient ainsi être supprimées, à compter de septembre, les aides correspondant aux travaux d’installation de poêles fonctionnant au bois ou autres biomasses, de pompes à chaleur (PAC) dédiées à la production d’eau chaude sanitaire, de systèmes de ventilation, d’isolation, d’équipements de chauffage et, hors Outre-mer, de fourniture d’eau chaude sanitaire fonctionnant à l’énergie solaire thermique ou avec des capteurs solaires hybrides. Il ne resterait, parmi les travaux pouvant toujours bénéficier d’une aide MaPrimeRénov’ Monogeste, que la réalisation d’audit énergétique hors obligation réglementaire, la dépose ou le comblement d’une cuve à fioul, le raccordement à un réseau de chaleur et/ou de froid… et, sans surprise, l’installation de pompes à chaleur air-eau ou géothermiques, solution que privilégie l’exécutif dans le cadre de la rénovation énergétique du bâtiment.
Ce mouvement a déjà commencé en début d’année, avec déjà le retrait de l’isolation des murs et de l’installation de chaudières biomasse des monogestes. Les certificats d’économie d’énergie (CEE) – autre dispositif permettant de bénéficier d’aides à la rénovation énergétique – pourraient en partie prendre le relais. « Un projet d’arrêté prévoit de créer une bonification des montants de CEE octroyés aujourd’hui pour l’installation de chauffe-eau thermodynamique (CET), afin de maintenir un soutien public équivalent », indique Audrey Zermati, directrice stratégique d’Effy, groupe spécialisé dans la rénovation énergétique. Mais il est peu probable qu’il en soit de même pour tous les travaux retirés des monogestes. C’est même très improbable concernant les travaux d’isolation. « Il n’y a eu aucune compensation du côté des CEE pour l’isolation des murs retirée des monogestes en début d’année », rappelle Audrey Zermati.
→ Lire aussi : Pompes à chaleur (PAC) – Certaines aides bientôt conditionnées à l’achat d’une PAC européenne
Certes, MaPrimeRénov’ Monogeste n’est que l’une des deux voies possibles pour bénéficier de cette aide publique. La seconde, intitulée « parcours accompagné », est dédiée aux rénovations d’ampleur. C’est la plus ambitieuse, car elle est conditionnée à la réalisation de plusieurs travaux d’un coup et à des gains de classes au diagnostic de performance énergétique (DPE) du logement. En contrepartie, les montants d’aides sont aussi bien plus élevés.
Officiellement, la restriction de la liste des travaux éligibles vise à privilégier ce parcours accompagné. Le ministère du Logement assume « un choix de responsabilité : concentrer l’argent public sur les rénovations les plus efficaces ». Sur le principe, mettre le paquet sur la rénovation d’ampleur va dans le bon sens. Mais est-ce réellement la véritable intention du gouvernement ? Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons, dont fait partie Que Choisir Ensemble (anciennement UFC-Que Choisir), en doute : « Sa stratégie est bien plus de réduire la rénovation énergétique à la seule installation de PAC », déplore-t-il. Ce système électrique de chauffage est, en effet, l’un des piliers du grand plan d’électrification présenté fin avril par Matignon et qui vise, en boostant les PAC ou la mobilité électrique, à réindustrialiser le pays et à renforcer sa souveraineté énergétique tout en baissant nos émissions de gaz à effet de serre.
Et tant pis pour toutes les autres dimensions d’une rénovation énergétique que sont le confort de vie (hiver comme été) et l’efficacité énergétique qui maximise les baisses de facture ! Damien Barbosa attire l’attention sur une petite ligne de ce même projet de décret qui réduit la liste des travaux éligibles au parcours « monogeste » : « Pour les gestes de travaux restants, il acte le report au 1er janvier 2028 de l’obligation de fournir un DPE. » Cette ligne n’est pas anodine. En clair, les propriétaires de passoires thermiques (classées G ou F) pourront continuer à toucher des aides publiques pour l’installation seule d’une PAC, sans isoler le logement au préalable. Une aberration à laquelle il devait être mis fin dès l’été 2024, 6 mois après la création de MaPrimeRénov’ accompagné. Mais les pouvoirs publics n’ont cessé depuis de repousser l’échéance.
Surtout, « si le gouvernement avait vraiment eu l’intention de booster les rénovations d’ampleur, il aurait, en contrepartie de la réduction des travaux éligibles aux monogestes, revalorisé le parcours accompagné, reprend Damien Barbosa. Ce n’est pas le cas. » L’an dernier, pour faire face à un afflux de demandes, ce dispositif a lui aussi été écorné. L’exécutif l’a mis en pause tout l’été avant de le rouvrir en octobre, non sans en avoir réduit l’accessibilité et l’attractivité. Ce parcours n’est aujourd’hui ouvert qu’aux logements mal classés au DPE (E, F et G). En outre, les aides sont beaucoup moins généreuses que par le passé, notamment en raison de la suppression du bonus « sortie de passoire énergétique ». Dans le meilleur des cas, un ménage aux revenus modestes peut espérer, désormais, au mieux 32 000 € d’aides MaPrimeRénov’, contre le double avant l’été 2025.
C’est une aide conséquente, mais ces rénovations d’ampleur sont coûteuses. Avant l’été 2025, la question du reste à charge – le montant qu’il reste à financer une fois les aides déduites – était déjà un vrai frein à leur concrétisation. « Ça l’est encore plus aujourd’hui », affirme Damien Barbosa. Et encore plus à compter du 1er septembre ? Audrey Zermati rappelle l’une des 22 mesures du plan électrification présentées par le gouvernement en avril dernier : à la rentrée, les rénovations d’ampleur aidées par MaPrimeRénov’ pour les maisons individuelles ne pourront plus conduire à conserver un chauffage au gaz à l’issue des travaux. Une incitation de plus à passer à la PAC. « Le problème est que ce geste-là accaparera une bonne partie du montant des subventions et laissera ainsi moins de place pour la réalisation d’autres gestes de travaux, prévoit Audrey Zermati. Dans ce contexte, nos clients risquent de retirer de leur projet les travaux liés au confort d’été. » Ils sont pourtant bien utiles, comme le montrent les canicules à répétition de ce début d’été.
Combien de nouveaux dossiers de rénovations d’ampleur ont été déposés depuis la réouverture du guichet, fin février ? La réponse figurera, normalement, dans le bilan du premier semestre 2026, qui tarde à être publié. « Patience, ce sera fait courant juillet », nous assure l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui pilote le dossier. Damien Barbosa, pour le collectif Rénovons, comme Audrey Zermati, pour Effy, s’attendent tous deux à une baisse de la dynamique.
Pas seulement parce que les montants sont moins généreux. L’année 2025 a aussi laissé des traces. Les montants importants des subventions accordées dans un premier temps ont généré un afflux de demandes au point d’épuiser bien trop vite, dans l’année, le budget alloué à MaPrimeRénov’ Parcours accompagné. Dès le début de l’été, le gouvernement mettait en pause le dispositif, créant au passage, entre l’annonce de la suspension et son effectivité, une nouvelle vague massive de dépôts de dossiers.
Résultat : un fort embouteillage. À la réouverture de MaPrimeRénov’, fin février, 80 000 dossiers déposés en 2025 attendaient toujours d’être validés. « On ne sait pas bien où en est cette liste d’attente », indique Audrey Zermati, qui attend, elle aussi, des réponses dans le bilan semestriel promis par l’Anah. « Une certitude, reprend-elle, les délais d’instruction restent très longs. Autour des 6 mois. » Cela nuit aussi beaucoup à l’attractivité de ce parcours accompagné. Tout comme les changements incessants des règles du jeu. C’est aussi cette confiance dans le dispositif qu’il faudra restaurer… du moins si l’objectif est réellement de concentrer le soutien public sur les rénovations d’ampleur.
Fabrice Pouliquen
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