par Priscilla Reig
Prix à la pompe : et si vous réduisiez vos impôts en déclarant vos frais de transport ?
Un salarié peut choisir de déduire le montant réel de ses dépenses de trajet domicile-travail de ses revenus. Dans un contexte de crise des carburants et de possible réévaluation du barème fiscal kilométrique, c’est le moment d’y réfléchir pour l’année prochaine.
L’essentiel
- Frais professionnels : les dépenses engagées par un salarié dans le cadre de son activité professionnelle, sans être remboursées par l’employeur, sont déductibles de ses revenus salariaux. Il s’agit notamment des trajets entre le domicile et le lieu de travail, des frais de repas, de télétravail, etc.
- Abattement forfaitaire de 10 % : l’administration fiscale retranche par défaut 10 % des salaires déclarés pour établir le revenu net taxable. Le montant de cette déduction est compris entre 509 € au minimum par salarié (sauf si la rémunération déclarée s’avère inférieure) et 14 555 € au maximum, pour les revenus 2025 déclarés en 2026.
- Déduction des frais réels : chaque salarié peut renoncer à la déduction forfaitaire de 10 % et opter à la place pour la déduction de ses dépenses professionnelles réelles. Le contribuable doit être en mesure de justifier de ses frais pendant 3 ans, sur demande du service des impôts des particuliers.
Pour compenser la hausse durable des prix des carburants, l’Assemblée nationale a adopté le 15 octobre dernier un amendement visant à augmenter de 10 % le barème kilométrique des véhicules thermiques, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2027. Ce barème s’applique aux salariés qui choisissent de déclarer leurs frais de transport professionnels réels, sans leur imposer toutefois de justifier de leur montant exact. Si cette revalorisation du barème fiscal était maintenue dans le texte définitif, il s’agirait de la première majoration depuis 2023.
Même si l’avenir de cette mesure de majoration est très incertain (la partie recettes du PLF ayant été rejetée le 4 novembre), un salarié peut avoir intérêt à opter pour la déduction de ses frais professionnels réels aux conditions actuelles. Il abandonne alors la déduction forfaitaire sur ses salaires imposables. Étant donné que les services fiscaux peuvent demander d’attester de la réalité des dépenses annuelles, mieux vaut préparer sa future déclaration de revenus sans attendre.
Bon à savoir : l’option pour la déduction des frais professionnels au réel s’exerce pour la totalité des revenus salariaux de l’année écoulée, au moment de la déclaration de revenus au printemps suivant. Rien ne vous engage pour le futur, vous êtes libre de changer d’avis chaque année.
Comment fonctionne l’abattement par défaut ?
Pour bénéficier de la déduction forfaitaire, vous n’avez rien à faire. L’administration fiscale retranche automatiquement 10 % de vos revenus salariaux avant de les soumettre au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Cette déduction vise à couvrir vos dépenses professionnelles courantes (transport entre le domicile et le lieu de travail, repas pris dans la journée, achat d’ouvrages techniques non remboursés par l’employeur, etc.). Mais ce mode de déduction n’est avantageux que si le montant de vos frais réels reste inférieur à l’abattement forfaitaire de 10 % (plafonné à 14 555 € pour les revenus 2025).
Prenons l’exemple d’un salarié qui va travailler à vélo et déjeune dans sa cantine d’entreprise. Son net imposable avant abattement s’élève à 35 000 €. Après abattement de 10 % (ici de 3 500 €), la base nette retenue pour calculer son impôt sur le revenu tombe à 31 500 € (35 000 € – 3 500 €). Ce contribuable ayant de faibles dépenses professionnelles, la déduction forfaitaire constitue pour lui la solution la plus favorable.
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Quels frais de transport sont déductibles ?
Lorsque vos dépenses professionnelles sont importantes, notamment parce que vous utilisez votre véhicule personnel pour aller travailler, vous pouvez avoir intérêt à renoncer à la déduction automatique.
Précision utile : l’option pour la déduction des frais réels est individuelle. Chaque membre d’un foyer fiscal peut préférer le mode de calcul qui réduit au maximum son salaire imposable.
Pour savoir s’il est judicieux de passer au réel, commencez par calculer la distance séparant votre domicile de votre lieu de travail, dans la limite de 80 km aller-retour par jour. Vous habitez à plus de 40 km de votre entreprise ? Vous devrez limiter le kilométrage déductible à 80 km journaliers. Par exception, certaines contraintes permettent de prendre en compte l’intégralité de la distance vous séparant de votre emploi (en cas de mutation géographique professionnelle ou en raison d’une localisation différente du travail de chaque époux). L’appréciation de ces circonstances particulières s’effectue au cas par cas. Si vous êtes concerné, vous en donnerez le détail dans une note explicative jointe à votre déclaration de revenus.
Une fois votre calcul de kilométrage annuel effectué, il y a 2 possibilités pour chiffrer vos dépenses kilométriques. La méthode la plus simple est d’utiliser le barème publié chaque année par l’administration fiscale. Vous aurez alors seulement à justifier de la nature professionnelle de vos déplacements et de leur nombre.
En quoi consiste le barème fiscal kilométrique ?
Voiture thermique et hybride, voiture électrique, moto thermique de plus de 50 cm3… un forfait kilométrique existe pour chaque type de véhicule. Vous pouvez aussi vous en servir pour une automobile en location. Chaque grille officielle intègre la dépréciation du véhicule, les frais de réparation et d’entretien, de changement des pneumatiques, les primes d’assurance et la consommation de carburant. Si vous roulez à 100 % en électrique, les coûts de location de la batterie et de recharge sont inclus dans l’indemnité forfaitaire.
Notez que vos éventuels frais de péage et de parking sont déductibles sur justificatifs, en plus du barème. De plus, vous pouvez inclure dans vos dépenses vos intérêts d’emprunt, au prorata de l’utilisation professionnelle de votre véhicule.
Pour estimer vos frais kilométriques, un simulateur officiel est mis à votre disposition sur impots.gouv.fr/simulateur-bareme-kilometrique. Après avoir indiqué votre type de véhicule, sa motorisation, la puissance administrative et le nombre de kilomètres parcourus dans l’année, vous obtiendrez le montant forfaitaire de vos dépenses en euros, selon le dernier barème en vigueur. Lequel pourrait être revalorisé pour les revenus 2026, déclarés au printemps 2027, concernant les véhicules thermiques.
Reprenons l’exemple d’un salarié au revenu net imposable de 35 000 €. Cette fois, il parcourt 60 km aller-retour pour se rendre au bureau, soit un kilométrage annuel de 13 620 km pour 227 jours travaillés sur site par an. S’il roule avec une voiture thermique de 5 CV, le montant de ses frais kilométriques atteint 6 257 €. En conséquence, son revenu taxable baisse à 28 743 €, au lieu de 31 500 € avec l’abattement par défaut. Cela se traduit par un gain d’impôt sur le revenu de 668 € pour un contribuable célibataire.
Important : si votre employeur prend en charge une partie des coûts de trajet domicile-travail, vous devrez ajouter cette allocation pour frais d’emploi à vos salaires. De même, lorsque vous bénéficiez de titres-restaurant, il faut en tenir compte dans votre calcul des frais de repas. Dans le cas où vous ne disposez pas d’un mode de restauration collective, un repas pris sur le lieu de travail est déductible dans la limite de 5,45 € en 2025, sans justificatifs détaillés, après déduction de la participation de l’entreprise.
Quelle autre option de calcul choisir ?
Un salarié en mesure de justifier de toutes ses dépenses professionnelles peut déduire le montant réel de ses frais. Cette méthode plus complexe, dite du « réel sur justificatifs », implique de proratiser l’usure du véhicule, les frais d’entretien, d’assurance ou de carburant, en fonction du kilométrage effectué à titre professionnel.
Lesdits frais sont à plafonner. Ils ne doivent pas dépasser le montant obtenu après application du barème forfaitaire kilométrique, à distance parcourue identique, et pour un véhicule de la puissance administrative maximale retenue par le barème (7 CV pour une automobile). Et c’est au contribuable d’appliquer cette limite.
Comment déclarer vos frais réels ?
Dans votre déclaration de revenus, vous reporterez le montant total de vos frais professionnels dans la case 1AK (déclarant 1), voire en 1BK à 1DK lorsque d’autres membres de votre foyer fiscal sont concernés. Ne soustrayez pas les frais de vos salaires déclarés en cases 1AJ à 1DJ. En revanche, ajoutez à vos revenus salariaux les éventuels remboursements reçus de votre employeur.
Dans la rubrique « Informations » de la déclaration en ligne, précisez la nature de vos frais (de transport, de repas, d’achat de vêtements spéciaux, etc.) et leur montant. Vous n’avez pas à joindre de justificatifs. Veillez cependant à les conserver pendant 3 ans. Si vous avez appliqué le barème de l’administration fiscale, vous devez aussi être en mesure de fournir un agenda de vos déplacements.
Conseil : pour estimer votre gain d’impôt, vous pouvez comparer les frais réels et la déduction forfaitaire en vous servant du simulateur de l’impôt sur le revenu sur impots.gouv.fr/simulateurs.
Priscilla Reig