par Cyril Brosset
par Cyril Brosset
Mohamed G. et deux de ses complices ont comparu, les 19 et 20 octobre derniers, devant le tribunal de Nanterre (92). Ils sont accusés d’avoir, en l’espace de 3 ans, créé pas moins de 5 faux sites marchands, sans jamais livrer le moindre article. Cette arnaque, pensée dans les moindres détails, a fait plus de 20 000 victimes pour un préjudice total d’environ 5 millions d’euros.
Au début de l’année 2024, Kadija déniche sur le site Stockwan.com un meuble de salon à 300 €. Après avoir payé, elle reçoit un courriel de confirmation lui promettant une expédition sous 72 heures. Sauf qu’une fois le délai écoulé, aucune nouvelle du site. Elle contacte donc le service clients, qui lui indique cette fois une livraison d’ici 5 ou 6 semaines. Méfiante, la jeune femme effectue des recherches sur Internet et découvre avec stupeur que des dizaines d’internautes indiquent eux aussi n’avoir jamais reçu la commande qu’ils avaient passée sur ce site. Elle dépose plainte dans la foulée. Patrick a vécu exactement la même histoire, si ce n’est que lui attendait de Stockwan un téléviseur payé 499 €. Quant à Xavier, c’est sur un autre site, Casaconfo.com, qu’il a commandé un salon de jardin à 270 €, jamais livré lui non plus. « J’avais pourtant pris toutes les précautions nécessaires, mais je me suis quand même fait avoir. Ils ont fait très fort », se désole-t-il encore.
Kadija, Patrick, Xavier et quelques autres victimes étaient présents les 19 et 20 octobre derniers devant le tribunal de Nanterre (92) pour assister au procès de Mohamed G. Incarcéré depuis juin 2024, le cerveau de cette arnaque XXL comparaissait aux côtés de deux complices, libres. Pendant 2 jours, les trois hommes ont raconté les dessous de leur escroquerie.
Tout avait pourtant bien commencé. « Au début, on était partis pour lancer un vrai site de e-commerce, mais c’était tellement compliqué qu’on est vite passés à autre chose », se souvient l’un d’eux à la barre. Surtout qu’en matière de création de faux sites marchands, Mohamed G. se découvre rapidement un certain talent. Chaque fois, son processus est le même. Tout d’abord, il récupère un nom de domaine délaissé (l’adresse du site Internet). Puis, histoire de faire plus vrai, il usurpe l’identité d’une société en déshérence (nom, adresse, numéro de Siret…), en se rendant sur Pappers.fr, un site répertoriant les informations des entreprises.
Pour ce qui est de la construction du site proprement dite, Mohamed G. s’appuie sur la plateforme Shopify. Et là encore, il pense à tout : une présentation soignée, un marketing travaillé, des mentions légales rassurantes… tout est réfléchi dans les moindres détails. Il va même jusqu’à publier une fausse photo de l’équipe assortie de noms inventés, « plus pour rassurer les organismes de paiement que les clients », à l’en croire. Puis il sélectionne une quarantaine de produits en vogue et crée, pour chacun d’eux, une fiche-produit complète ornée de belles photos, le plus souvent prises sur d’autres sites. Enfin, pour fixer le prix de vente, il cherche sur Internet le tarif le plus bas auquel le produit est vendu et lui retire 10 %. Simplissime.
Mais ce n’est pas tout. Pour donner de la visibilité à ses sites, Mohamed G. va jusqu’à investir dans des campagnes de publicité sur Google et à faire rédiger et publier de faux avis, notamment sur Trustpilot, quitte à tricher pour contourner les systèmes de vérification. Pour Google, par exemple, il lui suffit de 2 fiches produits plus peaufinées que les autres. Et pour Trustpilot, l’équipe va jusqu’à simuler des achats de manière à récupérer de vrais numéros de commande, indispensables pour pouvoir y déposer des avis. Enfin, Mohamed G. crée un faux service clients accessible par courriel et par téléphone, et répond systématiquement aux commentaires négatifs publiés par les vraies victimes. « L’objectif était de prolonger au maximum la durée de vie de chaque site, explique-t-il à la barre. Lorsque les avis négatifs devenaient trop nombreux, on le fermait et on en ouvrait un autre. »
À la barre, Mohamed G. reconnaît s’être laissé griser : « J’ai lancé un premier site et, comme j’ai vu que l’argent arrivait, j’ai continué. » L’arnaque lui aurait en effet permis, à certaines périodes, de récupérer plus de 100 000 € par mois grâce à des outils de paiement et à des banques en ligne peu regardants, somme qu’il blanchissait ensuite grâce à l’achat de cryptoactifs. Au final, Mohamed G. aura créé successivement au moins 5 sites frauduleux (Vernhex.com, Vanuaty.com, Casaconfo.com, Stockwan.com et Relaxsoria.com), faisant plus de 20 000 victimes pour un préjudice total avoisinant les 5 millions d’euros.
L’arnaque aura duré près de 3 ans, entre 2021 et 2024, jusqu’à ce que les plaintes déposées par des victimes sur Thésée, la plateforme officielle dédiée au signalement des arnaques en ligne, finissent par alerter les autorités. Les trois individus ont été interpellés quelque temps plus tard dans le local du XVIe arrondissement de Paris qu’ils louaient. Lors du procès, 8 ans de prison et une amende de 70 000 € ont été requis contre Mohamed G., et 4 ans, dont 1 avec sursis probatoire, et des amendes de 25 000 € pour ses deux comparses. De son côté, Que Choisir Ensemble a demandé 100 000 € de dommages et intérêts au titre de l’intérêt collectif des consommateurs et la publication d’un communiqué judiciaire sur plusieurs médias. Le délibéré sera rendu le 19 novembre.
Cyril Brosset
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