par Elsa Casalegno
par Elsa Casalegno
La cellule investigation de Radio France et le réseau Ici ont fait tester 91 œufs prélevés en différents points de l’Hexagone. Les résultats sont édifiants : 52 œufs contiennent des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), 23 dépassent le seuil maximal autorisé, dont deux présentent des taux extrêmement élevés.
Afin de vérifier si les PFAS, ces polluants éternels présents dans l’eau, l’air et les sols, pouvaient également contaminer des aliments, des journalistes des deux radios ont collecté des œufs issus de poules élevées en plein air, dans les différentes régions de France métropolitaine, au cours du premier semestre 2026, pour les faire analyser par un laboratoire d’analyse agréé (Labocéa).
Une cinquantaine de ces œufs sont issus de poulaillers de particuliers, et une quarantaine ont été prélevés dans des élevages professionnels. Certains proviennent de zones contaminées par les PFAS, mais d’autres, de régions supposées exemptes de pollution.
Seuls quatre PFAS ont été recherchés, alors qu’il en existe des milliers. Les journalistes se sont concentrés sur les quatre molécules interdites dans l’Union européenne (UE), dont le danger est connu : le PFOA (cancérogène avéré), le PFOS (cancérogène probable), le PFNA et le PFHxS (tous deux soupçonnés d’impacts sur le système immunitaire). Une ou plusieurs de ces 4 substances ont été détectées dans 52 des échantillons, parmi lesquels 23 dépassent les normes de qualité sanitaire.
Seuls 4 de ces 52 échantillons proviennent d’élevages professionnels, dont 1 dépasse les seuils réglementaires. Les autres sont issus de poules de particuliers.

Le « pire résultat » de l’enquête concerne un poulailler familial appartenant à des maraîchers, situé à Haraucourt, dans les Ardennes, avec des teneurs en PFAS dans les œufs 40 fois au-delà des seuils réglementaires. En juillet 2025, une enquête de Disclose et France 3 Champagne-Ardenne révélait une contamination massive des sols et de l’eau potable par les PFAS dans cette commune et 11 autres du secteur.
À l’origine, des boues d’épandage issues d’une papeterie, elles-mêmes polluées, épandues sur les terres agricoles pendant des années. Les poules, en grattant la terre et en se nourrissant d’insectes du sol eux-mêmes imprégnés de PFAS, en buvant de l’eau du puits elle aussi polluée, se contaminent, de même que leurs œufs.
→ Lire aussi : PFAS, dioxines, salmonelles… - Est-ce encore sain de manger des œufs ?
Le second plus mauvais résultat, avec des œufs contenant 10 fois plus de polluants que le seuil réglementaire, est le poulailler d’un particulier de Pierre-Bénite, dans le Rhône. Cette ville est au cœur de la Vallée de la chimie, une zone industrielle située au sud de Lyon où plusieurs usines de l’industrie de la chimie sont implantées.
« Ses poules ont pu être exposées à la fois aux fumées de l'usine Arkema, productrice de PFAS, qui se trouve à quelques kilomètres de chez lui, mais aussi par l'eau qu'elles ont pu boire pendant longtemps », souligne l’enquête.
Il n’est pas le seul : la carte met en évidence une pollution généralisée de la vallée du Rhône en aval de Lyon. Ainsi, un professionnel au sud de Pierre-Bénite « a découvert un léger dépassement dans les œufs de ses poules. Parmi les pistes d'explication, il leur donnait à boire l'eau d'un puits privé proche de la nappe alluviale du Rhône. »
Une dizaine de dépassements importants ont également été relevés au Tholy (Vosges), au Boulou (Pyrénées-Orientales), à Renage (Isère), à Saint-Péray (Ardèche), ou encore à Chartres-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Dans cette commune, il n'y a ni incinérateur ni usine rejetant des PFAS. Mais le propriétaire précédent aurait brûlé ses poubelles sur le terrain où a ultérieurement été construit le poulailler...
Un aviculteur professionnel dont les œufs dépassent les normes se voit signifier une interdiction pure et simple de commercialisation. Concernant les particuliers, il n’est pas possible de les empêcher de consommer leurs œufs. Néanmoins, les agences régionales de santé recommandent fortement de ne pas le faire. S’ils souhaitent malgré tout continuer à exploiter leur poulailler, des mesures peuvent contribuer à atténuer la pollution.
Elsa Casalegno
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