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Essai clinique sauvageOuverture du procès Fourtillan-Joyeux

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par Adèle Daumas

Les deux professeurs Jean-Bernard Fourtillan et Henri Joyeux sont poursuivis après avoir réalisé des essais cliniques non autorisés d’un prétendu médicament miracle contre des maladies neurodégénératives, en échange de dons conséquents de centaines de patients. Pourtant, seule une poignée d’entre eux a décidé de se constituer partie civile.

Où se termine l’adhésion libre et éclairée et où commence l’emprise ? Voilà l’une des questions que soulève le procès des professeurs Jean-Bernard Fourtillan, principal accusé, et Henri Joyeux, poursuivi pour complicité, qui s’ouvre ce jeudi 25 juin et se tiendra jusqu’au 5 juillet au tribunal correctionnel de Paris.

« Mes clients avaient l’espoir d’un médicament qui puisse les aider, si ce n’est les sauver », explique Me Philippe Marion, l’avocat de quatre des cinq participants qui se sont constitués parties civiles et estiment aujourd’hui avoir été « trompés ». Une goutte d’eau, alors que la majorité des patients demeure convaincue du bien-fondé de la démarche des praticiens.

La quête d’un remède miracle

La promesse était belle : après une « révélation divine » survenue en 1994, le pharmacien Jean-Bernard Fourtillan assure avoir trouvé une piste pour soigner les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, basée sur une hormone, la valentonine. Jusqu’alors, il s’était surtout fait connaître pour avoir participé au documentaire Hold-up et accusé l’Institut Pasteur d’avoir créé le virus du covid-19, lequel a porté plainte pour diffamation. 

Pour prouver l’efficacité de son traitement, Jean-Bernard Fourtillan a besoin de réaliser des essais cliniques. Avec l’aide du médecin et professeur Henri Joyeux, connu pour ses positions antivaccins, il effectue entre 2018 et 2019 des tests cliniques en dehors de tout cadre légal, à l’abbaye Sainte-Croix de Saint-Benoît, près de Poitiers. 

« Ils étaient prêts à tout pour aider le professeur Fourtillan » 

Près de 400 patients, atteints de Parkinson, d’Alzheimer ou de troubles du sommeil, participent à ces essais qui impliquent une prise de sang et la pose d’un patch diffusant le fameux remède. L’expérimentation s’étend sur quelques mois, jusqu’à ce que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) soit alertée et saisisse la justice. 

Pour Me Philippe Marion, les participants savaient que les médicaments conventionnels qu’ils prenaient étaient des « palliatifs » qui n’empêcheraient pas le développement de leur pathologie. « Ils étaient prêts à tout pour aider le professeur Fourtillan à mettre au point sa médication » dans l’espoir d’être guéris, avance-t-il. Quitte à faire des dons astronomiques. 

Tout en assurant que chacun devrait pouvoir bénéficier du patch quels que soient ses moyens, le pharmacien insistait lourdement sur la nécessité de faire des dons à la fondation qu’il avait créée spécialement à cette fin, la fondation Josefa. L’une des clientes de Me Marion a ainsi donné plus de 12 000 € et prêté 50 000 €, soit l’intégralité de ses économies.

Des patients « trompés »

Aujourd’hui, les quatre clients de Me Marion souhaitent « empêcher les professeurs de continuer à nuire et tromper les gens ». L’une des ex-participantes s’est aperçue du « décalage entre le discours des médecins et le fait qu’ils menaient grand train », après avoir hébergé à titre gratuit le professeur Fourtillan et son épouse pendant six mois. D’autres ont fini par douter du professeur après qu’il leur a demandé d’arrêter leur traitement pour mieux vérifier l’efficacité du patch.

Dans cette affaire, Jean-Bernard Fourtillan est poursuivi pour escroquerie. Pourtant, la majorité de ses anciens patients ne doutent pas de son honnêteté. « Les gens ont encore l’impression qu’il peut arriver à développer son patch, estime Me Marion. Ils restent convaincus, en somme, que les professeurs Fourtillan et Joyeux ont voulu faire le bien, qu’ils ont essayé d’apporter des solutions à des maladies. »

Qu’est-ce que l’emprise médicale ?

« L’emprise est une relation de domination fondée sur la peur, ainsi que sur une confusion cognitive et émotionnelle », explique la psychothérapeute Anne Clotilde Ziégler, autrice du livre Le complexe de Pénélope où elle explore les mécanismes des relations toxiques. Or, la relation thérapeutique « est une relation asymétrique entre un médecin qui sait, et un patient qui ne sait pas et qui souffre ». Elle constitue donc un terreau favorable à l’emprise. Où commence celle-ci ? « La bascule se fait dans la tête du thérapeute », estime Anne Clotilde Ziégler, à partir du moment où celui-ci profite de l’ascendant conféré par sa position pour instrumentaliser sa proie.

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Adèle Daumas

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