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Journées mondiales : entre grandes causes et opérations marketing

Cyril Brosset

par Cyril Brosset

Chaque année, plus de 600 journées mondiales, internationales, nationales ou européennes sont célébrées. Si certaines s’appuient sur des textes officiels, la plupart ont été lancées sans le moindre encadrement dans le but, selon les cas, de sensibiliser la population à une cause, d’amuser la galerie ou d’alimenter des intérêts commerciaux. Décryptage.

L’essentiel

  • Plus de 600 journées mondiales, internationales, nationales ou européennes sont célébrées chaque année.
  • Seule une partie d’entre elles émane d’instances officielles.
  • Les autres existent en dehors de tout cadre. Elles ne doivent leur légitimité qu’à leur notoriété.

Le 22 mars se tient la Journée mondiale de l’eau ; le 12 août, celle de la jeunesse ; le 18 juin, celle du… sushi. À chaque jour, sa grande cause ! Plus de 600 journées thématiques cohabitent ainsi sur le calendrier, mettant en avant des causes importantes, comme d’autres nettement plus anecdotiques.

En réalité, moins de 200 de ces journées peuvent être considérées comme « officielles ». Il s’agit principalement des quelque 140 lancées sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU). C’est le cas, par exemple, des journées internationales de l’éducation, de la lutte contre la tuberculose ou de la santé mentale.

Toutes ont été soit validées par l’Assemblée générale des Nations unies après proposition d’un des États membres, soit instituées par une des agences spécialisées de l’ONU (l’Unicef pour les enfants, l’Unesco pour l’éducation, la science et la culture, etc.).

À chaque fois, le but est le même : sensibiliser les populations à une cause et inciter les gouvernements à agir. D’ailleurs, chaque année, cette liste s’allonge. Ainsi, en 2026, l’ONU y a ajouté les journées internationales du mieux-être, des femmes et filles autochtones, du café ou encore du régime méditerranéen.

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La France et l’Europe ne sont pas en reste, même si leur offre est nettement moins riche. Seules une dizaine de journées nationales (hors jours fériés officiels) ont fait l’objet d’un texte législatif. C’est le cas, entre autres, de la Journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme célébrée le 11 mars, de celle de l’Europe le 9 mai ou de celle de la Résistance le 27 mai.

D’autres n’ont pas fait l’objet de texte officiel, mais ont été lancées ou sont largement soutenues par des ministères, à l’image de la Journée nationale de la santé mentale positive le 15 mars, de la Journée nationale du sport scolaire le 16 septembre ou de la Semaine nationale du dépistage du cancer de la peau le 11 juin.

L’Union européenne, de son côté, est encore moins prolifique : outre les fameuses Journées européennes du patrimoine en septembre, on lui attribue notamment celles contre la peine de mort, pour la protection des enfants et la Journée européenne des langues.

Chacun fait à sa sauce

À côté de ces célébrations officielles, des centaines d’autres existent, cette fois sans le moindre encadrement. Elles ont été créées par des associations, des fédérations professionnelles, des collectifs ou des particuliers souhaitant attirer l’attention sur une cause précise, faire leur promotion ou juste s’amuser.

Chacune a sa propre histoire, relatée sur Journee-mondiale.com, le site d’un particulier qui recense un maximum de ces initiatives. On y découvre notamment que la Journée mondiale sans téléphone mobile a été lancée en 2001 par un écrivain du nom de Phil Marso, qui voulait inciter chacun à réfléchir sur son propre usage de cet appareil, avant d’être reprise deux ans plus tard par une association écologiste.

Elle est désormais organisée tous les 6 février, jour de la Saint-Gaston, en référence au refrain de la célèbre chanson de Nino Ferrer « Gaston y a l’téléfon qui son ». Ou encore celle de la Journée mondiale du rangement de bureau, fixée au 21 mars, qui a vu le jour en 2013 à l’initiative d’une société de conseil en organisation cherchant à promouvoir son business.

Pour autant, aucune liste officielle n’existe. La légitimité d’une journée thématique découle donc uniquement de sa notoriété. Résultat : si certaines sont parvenues à s’imposer dans le paysage médiatique à grands renforts de communication et de marketing, beaucoup resteront à jamais inconnues du grand public. Et parfois, c’est peut-être aussi bien comme cela.

Journées de la fleur française : derrière le rendez-vous, de la notoriété et des ventes

L’idée a germé dans l’esprit d’Hélène Taquet après avoir constaté à quel point la British Flower Week, la semaine de la fleur britannique, avait contribué à relancer le secteur de la fleur anglaise. Alors, la fondatrice du Collectif de la fleur française a importé le concept en France au début des années 2020, tout d’abord sur une journée, puis le temps d’un week-end complet en septembre, en même temps que les journées européennes du patrimoine.

« Au début, nous invitions seulement le public à trouver des mini-bouquets que nos adhérents avaient disséminés dans l’espace public. Aujourd’hui, nous organisons en plus des événements dans toute la France en partenariat avec des communes, des musées, des abbayes, de grandes marques… À une époque où chaque action de communication se doit d’être très ciblée, c’est une manière de faire parler de la fleur française de manière différente », explique-t-elle.

Alors que la 6e édition se profile, l’impact exact d’une telle manifestation est difficile à évaluer, même si plusieurs signes semblent montrer son efficacité. « Les parts de marché des fleurs françaises ne cessent de croître et les ventes connaissent un pic lors de ces journées. Et nous ne sommes pas les seuls à en profiter : un musée avec lequel nous avions noué un partenariat a vu son affluence tripler à l’occasion de ces journées. »

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