Des biocides au rayon cosmétiques

Savons désinfectants Sanytol et Dettol

Des biocides au rayon cosmétiques

Publié le : 28/10/2015 

Des biocides que l’on prend pour des cosmétiques, c’est le tour de force des savons désinfectants Sanytol et Dettol. Le consommateur les achète en confiance sans rien savoir.

 

Savon désinfectant enfant extra-doux, savon hydratant, savon antibactérien doux pour la peau… Les marques Sanytol et Dettol déclinent leurs produits sous des mentions rassurantes, « hypoallergénique », « testé dermatologiquement », « dermo-réparateur », « sans paraben », « aux actifs naturels »… Tous ces savons « éliminent 99,9 % des bactéries » chez Dettol, et « détruisent 99,9 % des bactéries, virus, microbes » chez Sanytol.

Au rayon savons des grandes surfaces, ces produits inspirent confiance. On les achète pour un usage quotidien en pensant bien faire. À tort, car ils n’ont rien d’anodin. Contrairement aux savons classiques, qui relèvent de la réglementation sur les cosmétiques, les Sanytol et Dettol n’y sont pas soumis. Ce ne sont pas des produits cosmétiques mais des biocides. En termes d’obligations, de composition et d’information au consommateur, ça change tout. Les savons classiques doivent mentionner tous leurs ingrédients et détailler le nom de leurs parfums s’ils figurent sur la liste officielle européenne des 26 fragrances allergisantes. Rien de tel pour les savons Sanytol et Dettol, car la réglementation qui s’applique aux biocides est bien moins contraignante en matière d’étiquetage. Inutile de lister la composition, seule la matière active doit être indiquée.

 

Trois produits fortement chargés

 

Sanytol et Dettol tirent parti de cette situation. Biocides du point de vue réglementaire, leurs savons ne mentionnent pas leurs ingrédients dans le détail. Impossible de savoir s’ils contiennent des substances nocives, qu’il s’agisse de perturbateurs endocriniens ou d’allergènes. Du point de vue du marketing, en revanche, ils jouent à fond la carte des cosmétiques. Le consommateur n’y voit que du feu.

Nous avons donc recherché les 26 parfums allergisants qui doivent être étiquetés sur les cosmétiques (voir ci-dessous). Résultat, « le geste sain Sanytol » n’a rien de sain. Deux des quatre savons testés en contiennent en grande quantité, alors qu’ils s’affichent « hypoallergénique ». Une information trompeuse. Un des six savons Dettol, qui se dit « doux pour la peau », contient, lui aussi, un allergène à forte dose. Certes, son nom et la mention « peut produire une réaction allergique » figurent au dos de l’emballage mais cela ne saute pas aux yeux.

Au vu de notre test, il est inadmissible que des savons biocides soient vendus au rayon des cosmétiques alors qu’ils n’ont pas l’obligation d’offrir le même niveau d’information aux consommateurs. Que Choisir les déconseille vivement. D’autant que chercher à éliminer les microbes de son quotidien est une mauvaise idée. « L’immensité des bactéries sont nos amies, seule une infime minorité est potentiellement pathogène, il est absurde de vouloir vivre dans un logement stérile, souligne Patrice Courvalin, professeur au département de bactériologie de l’Institut Pasteur. Les désinfectants sont la meilleure et la pire des choses. Côté positif, ils tuent les bactéries, elles éclatent, c’est très efficace. Côté négatif, les bactéries ont développé des mécanismes de résistance, à la fois aux biocides et aux antibiotiques. Quand on utilise des biocides, on peut favoriser des bactéries mutantes multirésistantes. »

 

Les résultats de nos analyses

Le laboratoire a recherché les parfums allergisants. Leur étiquetage est obligatoire sur les cosmétiques si leur teneur dépasse 100 mg/kg. En revanche, Sanytol et Dettol, biocides, n’ont pas cette obligation. Trois produits ont des teneurs plus de dix fois supérieures !

 

Résultats Sanytol et Dettol