Tarifs du gaz

Le moment de quitter GDF-Suez ?

Publié le : 14/02/2012 

Les prix de marché du gaz sont plus bas que le tarif régulé pratiqué par GDF-Suez et ils devraient le rester un bon moment. Suffisant pour se poser la question d’un changement d’opérateur.

 

Un bond de 27 % entre avril 2010 et fin 2011, et encore 4,4 % au 1er janvier 2012 : le prix du gaz a monté, le prix du gaz monte. Et à en croire Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, le prix du gaz montera. « La demande pour le gaz augmente, notamment en Asie, ce qui, à mon avis, devrait se traduire par une remontée des prix », déclarait-il en mai dernier (1).

Du moins pour les particuliers abonnés au tarif régulé, soit 10 millions de foyers en France. Car pour les industriels ou les collectivités, la musique est sensiblement différente. Eux obtiennent facilement, depuis maintenant deux ans, des baisses significatives de tarif de la part de leurs fournisseurs. Les chiffres absolus n’ont pas tellement d’importance, car les professionnels gros consommateurs ont toujours payé le m3 ou le kW moins cher que les particuliers. Ce qui compte, c’est la tendance. Et elle est très nettement à la baisse.

Le Syndicat intercommunal pour le gaz et l'électricité en Île-de-France (Sigeif), par exemple, lance des appels d’offre tous les deux ans pour le chauffage des équipements et bâtiments publics de 267 communes. Pour 2010-2012, il avait obtenu 40 % de rabais par rapport à la période précédente. Les consultations sont en cours pour 2012-2014 (le contrat démarre en juillet) mais « les premières consultations laissent espérer une nouvelle baisse », avance Jean-Michel Philip, directeur général adjoint du Sigeif.

Bulle du gaz de schiste

Aucun mystère là-dessous : sur le marché libre, les cours du gaz sont au plancher. « C’est lié à la bulle du gaz de schiste, que personne n’avait vu venir », relève Jacques Percebois, directeur du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie de l’université de Montpellier. De nouvelles techniques de forage (par ailleurs controversées sur le plan environnemental) ont rendu exploitables ces cinq dernières années des gisements délaissés jusqu’à présent.  « Aujourd’hui, poursuit le chercheur, le schiste représente un tiers des m3 consommés en Amérique du Nord. Les États-Unis pourraient bientôt exporter du gaz, alors que les Russes se préparaient à leur vendre il n’y a pas si longtemps ! ».

Sauf énorme imprévu, le marché libre (ou « spot ») ne devrait pas remonter de sitôt. Inexistant il y a une vingtaine d’années, il représenterait aujourd’hui 20 % des échanges mondiaux. Les 80 % restants relèvent de contrats à long terme (25 ou 30 ans) conclus entre les producteurs et les fournisseurs. Ce sont eux qui déterminent majoritairement le tarif régulé pratiqué en France. Les modalités exactes de la formule de calcul de ce tarif sont confidentielles. GDF-Suez en discute, toutes portes closes, avec le gouvernement et la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Il y a un an, il a été décidé d’introduire les prix de marché à hauteur de 10 % dans l’équation. Ce n’était que justice, car quand les cours du gaz reculent, un gros client comme GDF-Suez fait pression sur ses fournisseurs à long terme pour qu’ils adaptent leurs prix. Selon l’UFC-Que Choisir, ce petit 10 % n’est qu’un pâle reflet de la marge de négociation réelle de GDF-Suez. Jacques Percebois est du même avis. Selon lui, le gazier français « aurait une clause d’indexation dans ses contrats à long terme à 25 % sur le spot. On ne peut pas en être sûr, mais c’est ce qui se dit dans le milieu de l’énergie ».

Conclusion : en sortant du tarif régulé et en se tournant vers un fournisseur qui s’approvisionne sur  le marché libre, un particulier peut faire des économies. Par précaution, il est sans doute préférable de choisir un fournisseur garantissant un prix stable sur la période du contrat. Il sera ainsi possible de réaliser des économies par rapport au tarif régulé sans subir les fluctuations du marché, dans les 18 mois, voire les deux ou trois ans qui viennent. Ce n’est pas une certitude absolue, mais c’est une forte probabilité. La demande en Chine ou en Inde pousse sans doute à long terme le gaz à la hausse, mais il y a actuellement une fenêtre pour les prix de marché. Il serait dommage que seul GDF-Suez en profite. Sur une facture de 2 000 € annuels (ce qu’un ménage habitant en maison individuelle de 140 m2 atteint très facilement), 15 % d’économies représente tout de même 300 €…

Réversibilité

Depuis le 1er juillet 2010, les consommateurs qui ont quitté le tarif réglementé d’EDF pour l’électricité et de GDF-Suez pour le gaz peuvent y revenir sans conditions. C’est l’application du  principe de la réversibilité défendu par l’UFC-Que Choisir.

(1) Dans le quotidien italien La Reppublica du 15/05/11.

Erwan Seznec