par Isabelle Verbaere
TiquesNeuf espèces piqueuses identifiées en métropole
Une étude publiée par l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) éclaire sur le danger que représentent ces parasites porteurs d’une vingtaine d’agents pathogènes susceptibles d’infecter l’humain. Ces travaux ont également permis de cartographier les espèces de tiques piqueuses présentes en métropole.
L’essentiel
- Des espèces de tiques susceptibles de piquer l’humain sont présentes partout dans l’Hexagone.
- Une proportion importante est porteuse de bactéries comme celle responsable de la maladie de Lyme mais aussi de parasites.
- Une cartographie de leur répartition vient d’être élaborée pour la première fois, grâce à la participation de citoyens piqués.
Alors que la nature s’éveille au printemps, l’envie de se promener ou de jardiner se fait naturellement sentir. Mais c’est aussi à cette saison que les tiques s’activent. Présents aussi bien en forêt que dans les jardins, ces parasites sont les principaux vecteurs d’agents pathogènes responsables de maladies infectieuses en Europe. Une quarantaine d’espèces sont recensées en France métropolitaine. Certaines ne piquent jamais les humains, d’autres de manière occasionnelle.
Toutefois, nous sommes au menu de neuf d’entre elles. C’est ce que révèle une étude qui a analysé plus de 2 000 tiques récoltées par des citoyens piqués, et qui les ont envoyées à la tiquothèque du laboratoire Tous Chercheurs du centre Inrae Grand-Est Nancy, entre 2017 et 2019. Cette étude, dont les résultats ont été publiés le 10 mars dernier, a permis de cartographier, pour la première fois, les espèces de tiques piqueuses présentes en métropole.
Elle a été réalisée dans le cadre du programme Citique et conduite par des scientifiques de l’Inrae, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), de l’université de Lorraine et de VetAgro Sup. « Nous avons ainsi découvert que certaines tiques, qui n’étaient pas connues en France pour se nourrir sur l’humain, le font, détaille Jonas Durand, l’un des coordinateurs de cette étude. Nous avons aussi constaté que la répartition spatiale d’Ixodes ricinus, la tique piqueuse la plus fréquente en France métropolitaine, est plus large que ce que l’on pensait jusqu’alors. Ce parasite est aussi présent dans le sud de l’Occitanie et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce que l’on ignorait. Et, profitant du changement climatique, elle a aussi migré en altitude. On la trouve désormais jusqu’à 1 700 mètres, contre 1 000 mètres auparavant. » Or, cette tique transmet la bactérie responsable de la maladie de Lyme, Borrelia burgdorferi sensu lato. 15,4 % d’entre elles en sont porteuses et sont donc susceptibles de la transmettre à l’humain, révèle l’étude.
Des dizaines de milliers de cas
Heureusement, 90 % des personnes piquées par des tiques infectées ne développent pas la maladie. Toutefois, lorsque c’est le cas, quelques jours après la piqûre d’une tique infectée par Borrelia, un halo rouge caractéristique est susceptible d’apparaître autour du point de piqûre et de s’étendre. À ce stade, un traitement antibiotique enraye l’infection. S’il n’est pas mis en place, la maladie peut provoquer des atteintes de la peau, des muscles, des articulations et du système nerveux, très invalidantes.
47 000 personnes ont contracté la maladie de Lyme en métropole en 2021, estime Santé publique France. L’augmentation des températures hivernales et estivales et le changement du régime des pluies ont permis l’installation d’une tique jusqu’alors absente en métropole, sauf en Corse : Hyalomma marginatum. « Elle représente 5 % des tiques piqueuses d’humains récoltées dans le cadre d’une autre étude, poursuit Jonas Durand. Elle est présente dans le Var, le Gard, l’Hérault, l’Aude, les Pyrénées-Orientales et l’Ardèche. » Cette tique est très surveillée car elle est le principal vecteur de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, une infection virale, mortelle dans 20 % des cas. Elle a provoqué un décès, en Espagne en 2024. Le virus ne semble pas circuler chez l’humain en France pour le moment.
Pas toujours de symptômes
Les chercheurs ont identifié une vingtaine d’agents pathogènes, bactéries et parasites, présents dans les tiques collectées. 4,5 % d’entre elles sont même infectées par deux microbes. Ixodes ricinus peut ainsi être porteuse de la bactérie responsable de la maladie de Lyme, mais aussi du parasite de la babésiose. Les personnes contaminées présentent peu ou pas de symptômes.
Et, lorsqu’ils sont présents, ils s’apparentent à ceux d’une grippe : fièvre, maux de tête, courbatures, perte d'appétit, fatigue. Dans ce cas, un traitement antibiotique en bithérapie est prescrit. La babésiose est bien plus inquiétante pour les personnes âgées, ou celles dont le système immunitaire est affaibli, selon la Haute Autorité de santé.
Les infections provoquées par les Rickettsia, des bactéries transmises par des tiques localisées dans le sud de la France (Rhipicephalus et Dermacentor), se caractérisent par une escarre au site de la piqûre. La plus courante en France, la fièvre boutonneuse méditerranéenne, provoque fièvre, céphalées, myalgies, éruption diffuse de taches rouges et de petits boutons qui n’épargnent ni les paumes, ni les plantes des pieds.
Avec un traitement antibiotique, son évolution est en général maîtrisée. « Les symptômes de la plupart de ces infections surviennent à distance de la morsure de tique, les gens ne font donc souvent pas le lien et n’en parlent pas à leur médecin, conclut Jonas Durand. Avec notre cartographie, les médecins disposent d’une meilleure connaissance des agents pathogènes qui circulent sur le territoire, ce qui peut les aider à orienter le diagnostic. »
Isabelle Verbaere