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Un médicament retiré du marché sur fond de données manipulées

Audrey Vaugrente

par Audrey Vaugrente

L’autorisation de mise sur le marché du Tavneos a été retirée en Europe à cause d’un essai clinique manipulé, qui a permis la commercialisation de ce médicament traitant des maladies rares des vaisseaux sanguins.

La fraude scientifique peut parfois avoir des conséquences tragiques. Celle qui a permis l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Tavneos (avacopan) en est un bon exemple. Ce médicament, destiné au traitement de maladies rares des vaisseaux sanguins, ne peut plus être vendu en France depuis le 4 août, et l’ensemble des lots en circulation font l’objet d’un rappel.

Des atteintes hépatiques graves, dont certaines à l’issue fatale, ont été signalées chez des patients traités dans le monde entier. En France, environ 600 patients sont concernés par ce retrait.

L’alerte est venue du Japon au printemps 2026, quand une vingtaine de décès sont recensés chez des patients sous Tavneos. Dans le pays, 8 000 personnes le reçoivent alors. L’incident déclenche une enquête de l’Agence américaine du médicament (FDA) dès le mois d’avril. Celle-ci livre une conclusion glaçante : l’essai clinique qui a permis d’autoriser le Tavneos a fait l’objet d’une fraude.

Et pas des moindres, puisque plusieurs employés du fabricant ChemoCentryx « ont manipulé les résultats de l’étude clinique pivot afin que la molécule apparaisse efficace, quand l’analyse d’origine ne soutenait pas cette conclusion ». Concrètement, 9 patients ont été classés comme « en rémission totale » alors qu’ils ne l’étaient pas.

Encore disponible aux États-Unis

Dans la foulée de ces enquêtes, deux auteurs de l’étude, publiée dans le prestigieux New England Journal of Medicine, ont demandé sa rétractation. C’est chose faite dès le mois de juin. Mais aux États-Unis, le médicament reste disponible. La FDA a demandé au laboratoire de procéder à un retrait volontaire du marché, sans succès.

Amgen, qui a racheté ChemoCentryx en 2022, nie l’évidence. Selon l’industriel, des preuves « en vie réelle » démontrent l’efficacité du produit. « Les preuves démontrent l’impact du Tavneos sur une rémission maintenue, une réduction du risque de rechute, ainsi qu’une amélioration de la fonction rénale et des mesures de qualité de vie », affirmait Amgen en juillet.

En parallèle, l’Agence européenne du médicament (EMA) a, elle aussi, réanalysé les données qui ont permis d’autoriser le Tavneos. Ses conclusions sont identiques : les données présentées sont « incorrectes et trompeuses », et celles récoltées depuis la commercialisation ne permettent pas de démontrer l’efficacité de la molécule. Au vu des risques d’atteintes hépatiques graves, l’agence recommande le retrait de l’AMM du médicament, devenu plus dangereux qu’utile.

Un dossier d’AMM fragile

Le Tavneos (avacopan) a été autorisé sur la base d’un seul essai clinique. Les autorités sanitaires demandent en général un dossier plus solide avant d’autoriser des molécules, mais lorsqu’il s’agit de maladies rares, ces exigences peuvent être assouplies. La mesure est destinée à encourager les fabricants à développer des médicaments sur ces secteurs jugés moins rentables.

L’essai clinique en question concernait 331 patients et a duré 52 semaines. Insuffisant, donc, pour identifier des effets indésirables survenant à moyen ou long terme. Sur le papier, il remplit les critères pour une étude solide : la molécule a été comparée à un autre traitement actif – la prednisone – à l’insu des patients et des investigateurs. C’est ce qu’on appelle un essai randomisé en double aveugle. Cela permet normalement de limiter le risque de biais dans l’analyse des résultats. Dans ce cas précis, c’est le personnel « sans insu » (qui connaissait donc la répartition de chaque volontaire) qui a manipulé les données.

Plutôt que de démontrer l’efficacité du Tavneos, le fabricant a choisi de prouver sa « non-infériorité ». Autrement dit, il fallait que son médicament ne fasse pas moins bien que le traitement déjà disponible. Une donnée intéressante, mais pas forcément suffisante lorsque ce comparateur n’est pas très efficace. Le Tavneos n’a même pas réussi à franchir ce palier, poussant le personnel à manipuler des résultats.

Audrey Vaugrente

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