Des toxiques pas comme les autres

Perturbateurs endocriniens

Des toxiques pas comme les autres

Publié le : 20/04/2017 

Si les perturbateurs endocriniens sont si préoccupants, c’est bien sûr parce que leurs effets nocifs sont potentiellement nombreux et sévères, mais aussi parce que leurs particularités les rendent difficiles à encadrer. Décryptage.

 

Des effets à très faibles doses

Comme les hormones, avec lesquelles ils interfèrent, les perturbateurs endocriniens peuvent agir à dose infinitésimale. Il suffit de quelques nanogrammes par millilitre de sang. Ainsi, ce sont non seulement les substances intentionnellement utilisées dans les produits mais aussi les contaminants (pesticides, produits utilisés sur les chaînes de fabrication, substances migrant depuis les emballages dans les aliments ou les cosmétiques par exemple) qu’il faut surveiller de près.

 

La dose ne fait pas le poison

Contrairement aux autres produits toxiques pour lesquels se vérifie la maxime « c’est la dose qui fait le poison », les perturbateurs endocriniens montrent parfois un effet toxique qui n’est pas proportionnel à la concentration. Certains sont plus toxiques à faible dose qu’à une dose plus forte. Cela complexifie considérablement l’encadrement de ces molécules car le législateur ne doit pas se contenter de constater qu’une substance ne produit pas d’effet à une dose X, il doit continuer à tester des concentrations inférieures pour s’assurer qu’elles aussi sont inoffensives.

 

Un effet cocktail difficile à cerner

D’une manière générale, l’encadrement réglementaire des substances potentiellement nocives se fait molécule par molécule. Or, cela ne reflète pas les conditions réelles : nous sommes exposés, via notre alimentation, l’air que nous respirons ou encore les produits d’hygiène et beauté que nous utilisons, à une pluralité de substances. Leurs effets toxiques peuvent s’additionner ou même entrer en synergie pour un effet multiplié, appelé effet « cocktail ». Cet effet a été démontré in vitro avec deux perturbateurs endocriniens qui ont « coopéré » pour activer le récepteur d’une hormone, si bien que l’effet nocif des deux mélangés était bien supérieur à la somme de leurs effets respectifs. Prévoir les interactions entre les centaines de perturbateurs endocriniens présents dans notre environnement constitue un défi gigantesque pour les scientifiques.

 

Des fenêtres d’exposition à prendre en compte

La toxicité potentielle des perturbateurs endocriniens est inégale selon les périodes de la vie. C’est chez le fœtus et le nouveau-né qu’ils peuvent faire le plus de dégâts, puis dans l’enfance et l’adolescence. Les chercheurs doivent donc s’intéresser à ces périodes critiques faute de quoi ils pourraient passer à côté d’un effet toxique. Pas question, par exemple, de faire une expérience sur des rats adultes et, les constatant en bonne santé, de conclure à l’innocuité de la molécule. Il faut tester sur des femelles enceintes, des tout-petits, etc. De même pour les études épidémiologiques, il s’agit de savoir à quoi ont été exposées les populations étudiées in utero, dans la petite enfance, l’adolescence, etc.

 

Une toxicité à très long terme

Pour de nombreux produits toxiques, les effets pervers peuvent se manifester à très long terme, plusieurs décennies après l’exposition. Dans le cas des perturbateurs endocriniens, on peut même constater des effets transgénérationnels, dans la descendance des individus exposés. Par exemple, ce sont les enfants et petits-enfants des femmes qui ont pris du distilbène pendant leur grossesse qui ont souffert de diverses pathologies liées à la prise de ce médicament.

 

Fabienne Maleysson