ACTUALITÉ

Cadmium : enfin une limitation stricte pour les engrais

Elsa Casalegno

par Elsa Casalegno

Un décret du gouvernement réduit drastiquement la quantité de ce métal nocif dans les engrais afin de réduire la pollution des sols agricoles, et donc des cultures. Il suit en cela les recommandations des agences sanitaires, qui alertent sur la contamination de nos aliments tels que le pain, les pâtes, les pommes de terre, et sur leur impact délétère sur notre santé.

Ne boudons pas une bonne nouvelle dans la lutte contre les polluants de nos assiettes ! Le ministère de l’Agriculture a enfin réglementé plus strictement la teneur en cadmium des engrais, ce qui devrait contribuer à réduire la contamination de nos aliments.

À la suite de l’alerte des médecins libéraux de juin 2025, cet élément métallique était devenu une préoccupation sanitaire centrale dans le débat public. Il était temps : les autorités sanitaires nous alertent depuis une quinzaine d’années sur cet élément « cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction », mais aussi probablement perturbateur endocrinien, facteur de hausse des risques cardiovasculaires, et soupçonné de favoriser le cancer du pancréas dont la prévalence augmente de façon inquiétante en France.

Depuis 2011, Santé publique France et l’Anses appellent à « agir sur le niveau de contamination des sources environnementales, en particulier au niveau des intrants (engrais contaminés, épandage des boues de station d’épuration, etc.) à l’origine de la contamination des sols et des aliments ». Et recommandent de fixer un plafond de 20 mg de cadmium par kilo d’anhydride phosphorique (P₂O₅) pour les engrais phosphatés (1).

→ Lire aussi : Cadmium – Ces engrais qui nous empoisonnent

Une proposition de loi (PPL) déposée par les députés Benoît Biteau et Clémentine Autain (groupe écologiste et social) en décembre 2025 et adoptée en juin 2026 (avec un consensus rare pour un sujet touchant l’agriculture, seuls les partis Droite républicaine et RN ayant voté contre) a poussé le gouvernement à agir après plusieurs années de tergiversations.

Sans attendre l’examen de la loi au Sénat, le ministère de l’Agriculture a donc publié une série de décrets le 2 octobre au Journal officiel. Ces textes entérinent une teneur maximale autorisée dans les engrais phosphatés de :

  • 60 mg/kg en janvier 2027 (qui est un simple alignement sur la norme européenne, la France bénéficiait jusque-là d’une dérogation à 90 mg/kg) ;
  • 40 mg/kg en janvier 2028 ;
  • 20 mg/kg en janvier 2030 (c’est la teneur qui prévaut déjà en Finlande, en Hongrie et en Slovaquie).

Le gouvernement s’est donc aligné sur les préconisations de l’Anses. Tout en stipulant qu’il « pourra adapter le calendrier de mise en œuvre le cas échéant », en s’appuyant sur des rapports que lui fourniront ses inspections générales et qui se baseraient sur « des données technologiques et facteurs socioéconomiques disponibles, y compris la sécurité d’approvisionnement en matières fertilisantes »…

Mécontentement de France fertilisants

Une manœuvre pour pouvoir faire marche arrière si besoin, et atténuer le mécontentement de France fertilisants, l’organisation professionnelle représentant les industriels de la filière des engrais, et des associations spécialisées en grandes cultures (2) affiliées à la FNSEA ? Ces dernières « dénoncent » la décision du gouvernement, estimant que « cela risque surtout d’augmenter les coûts et d’accentuer notre dépendance à un nombre encore plus réduit de fournisseurs [d’engrais] ». Elles soulignent également que les pratiques agricoles pour les denrées importées ne sont pas soumises à cette réglementation.

Elles oublient en cela de préciser que les sols français sont en moyenne 2 ou 3 fois plus pollués par le cadmium que les terres des autres pays de l’Union européenne, et que la population française est elle aussi 2 ou 3 fois plus contaminée que ses voisins européens. Il était donc urgent d’agir sur les différents leviers à notre disposition, le plus évident étant cet apport involontaire via les engrais. D’autant que le principal fournisseur de fertilisants phosphatés, le groupe marocain OCP, a annoncé être en mesure de s’aligner sans surcoût sur le seuil le plus bas (20 mg/kg). De quoi atténuer les craintes des agriculteurs ?


(1) Voir en particulier l’expertise collective de 2018 de l’Anses sur le sujet.
(2) L’AGPB (Association générale des producteurs de blé et autres céréales), l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs), la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves), la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux) et l’UNPT (Union nationale des producteurs de pommes de terre).

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