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CadmiumLe dépistage bientôt remboursé, mais pas pour tous

AS

par Anne-Sophie Stamane

Le test urinaire de dépistage du cadmium, un métal lourd aux effets sanitaires avérés, sera bientôt remboursé en ville. Attention, ne se le verront prescrire que les personnes fortement exposées au travail, ou vivant à proximité d’un site industriel pollué.

L’essentiel

  • La Sécu et le Syndicat des biologistes se sont accordés sur un tarif pour le dépistage du cadmium dans les laboratoires d’analyses en ville, ouvrant la voie à un remboursement prochain.
  • L’annonce arrive quelques jours après le rapport inquiétant de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) confirmant l’imprégnation de la population par ce métal lourd, y compris les enfants.
  • Le test est destiné aux travailleurs surexposés et aux personnes vivant à proximité d’un site pollué.
  • L’enjeu autour du cadmium est ailleurs : l’essentiel venant des engrais, la teneur admise dans les produits utilisés par les agriculteurs doit impérativement être réduite. Un décret annoncé depuis 4 ans n’est toujours pas publié.

L’annonce a fait grand bruit : sous peu, le test de dépistage du cadmium dans les urines sera remboursé en ville, comme il l’est déjà lorsqu’il est demandé en milieu hospitalier.

La population largement imprégnée

Quelques jours après la publication du rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) confirmant, chiffres à l’appui, l’ampleur de l’imprégnation de la population, cette avancée semble montrer, enfin, une volonté des autorités de se mobiliser contre ce métal lourd qui s’accumule au fil des ans dans l’organisme, et qui finit par provoquer maladie rénale chronique, fragilité osseuse et, sans doute, cancers.

Une avancée minime

En réalité, la mesure ne changera pas grand-chose, car « le cadre du remboursement est strict », indique le Dr Pascal Meyvaert, médecin alsacien impliqué dans la santé environnementale, à qui le projet de texte a été communiqué. Si rien n’est modifié d’ici à sa publication au Journal officiel, le test ne sera proposé qu’à un nombre restreint de nos concitoyens, à savoir les salariés de l’industrie au contact du cadmium dans le cadre de leur travail, et les personnes résidant sur, ou à proximité immédiate d’un ancien site industriel répertorié comme pollué.

Encore faudra-t-il, dans ce cas, satisfaire à des critères précis, comme la consommation de légumes du potager, ou avoir vécu sur place plusieurs années. En clair, la réglementation ne prévoit pas de doser largement le taux de cadmium dans la population, encore moins de financer une vaste campagne de dépistage.

→ Lire aussi : Cadmium (vidéo) - Que peut-on encore manger ?

Éviter les aliments contaminés

Surtout, une fois les résultats du test connus, « que fait-on ? », s’interroge le Dr Meyvaert. « Même si les analyses retrouvent du cadmium, il n’y a pas de protocole précis à suivre. Tous les organes sont concernés et, au final, les conseils à suivre sont les mêmes que ceux donnés au reste de la population : éviter les aliments les plus contaminés. »

Pour s’attaquer sérieusement à l’imprégnation par le cadmium, il faudrait prendre le problème à sa racine, en interdisant les engrais affichant des taux trop élevés. En France, ils sont de 90 mg/kg, contre 60 mg/kg dans le reste de l’Union européenne ‒ l’Anses recommande de ne pas dépasser les 20 mg/kg ! Conscients du décalage depuis de nombreuses années, les pouvoirs publics ont surtout l’air pressés de temporiser. La diminution prévue est faible et très graduelle. Un arrêté plus ambitieux promis depuis 2022 n’a jamais été publié.

AS

Anne-Sophie Stamane

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