par Elsa Casalegno
par Elsa Casalegno
Il fait un tabac sur les réseaux sociaux : Bonjour Drink, un substitut au café aux extraits de champignons et de plantes déploie un marketing offensif. Entre promesses de bien-être physique et mental, ingrédients bios et cadmium, on fait le point sur ce breuvage.
12 mails et un message WhatsApp en 13 jours : « Juliette de BONJOUR » nous abreuve de messages depuis une commande passée pour deux sachets de la marque… Cette boisson se positionne comme un substitut au café – elle contient d’ailleurs des « extraits de caféine naturelle » ‒ et, pour l’une des gammes achetées, de l’extrait de grain de café Arabica.
La marque déploie une activité intense sur les réseaux sociaux. Et ça marche : plus de 100 000 followers et plus de 130 publications sur Instagram, près de 400 000 « J’aime » sur TikTok, des influenceurs sur Facebook déclarant en consommer chaque jour…
Dans les divers posts et vidéos, les promesses de bien-être physique et mental pleuvent : ce breuvage serait « un rituel qui nourrit le corps et l’esprit », grâce aux « goûts irrésistibles » de ses différentes déclinaisons, telles mocha, café, cacao ou camomille, il apporterait « énergie stable, esprit clair, digestion légère, défenses naturelles et nuits paisibles »… Et les clients sont fans : cette boisson « contribue à réguler mon anxiété », souligne une consommatrice sur le site, qui se sent aussi « l’esprit plus clair, comme si le brouillard mental s’était dissipé ».
De quoi s’agit-il ? D’une boisson à reconstituer, façon Ricorée, fabriquée à base d’orge torréfié et d’extraits de plantes (ginseng, mauve) et de champignons (Lion’s Mane, cordyceps, chaga), tous bios. Du fait de ces extraits, elle est classée comme complément alimentaire. D’ailleurs, elle en reprend les codes, en particulier les allégations, régulièrement mises en avant pour ce genre de produits : remède contre le stress, amélioration des défenses immunitaires ou confort digestif.
Elle en a aussi les tarifs élevés (les deux sachets de180 g ont coûté 48 €, livraison incluse), ainsi que les canaux de vente : essentiellement sur Internet, mais aussi dans certaines pharmacies, lesquelles ne se privent pas d’en faire la promotion sur les réseaux sociaux.

Ces breuvages aux champignons sont tendance, et d’autres marques surfent sur ce filon, à l’instar de French Mush, Cherico, Sunday, Foocus, Harmony, Hygée, Dyna, etc. Toutes mettent en avant les mêmes promesses de remède contre la fatigue et le « brouillard mental », le stress, l’anxiété ou encore la digestion difficile, en prenant parfois quelques libertés avec la réglementation concernant les allégations de santé.
Bien-être, confort intestinal, voire renforcement des défenses immunitaires… Les allégations de santé sont régies par le règlement européen (CE) n° 1924/2006, censé éviter les fausses promesses. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) les évalue scientifiquement, et seules celles qu’elle autorise peuvent être utilisées (liste « positive » d’allégations « vérifiées »).
Pour afficher une allégation, il faut donc en faire la demande – en France, auprès de la DGCCRF, qui transmet à l’Efsa. Mais il y a une faille : les allégations en attente d’évaluation peuvent également être utilisées (1), sans même signaler qu’elles n’ont pas encore été vérifiées. La DGCCRF précise que la majorité des dossiers en attente portent sur des plantes ou des extraits de plantes. Effectivement, Bonjour Drink nous confirme que la marque « s’appuie sur des allégations validées ou en attente ». Ce qui laisse planer un doute quant à la réalité des promesses !
D’autant que les bénéfices des champignons « adaptogènes » (censés aider l’organisme à lutter contre les effets du stress) ne sont pas étayés scientifiquement, car il existe peu d’études sur le sujet, comme nous le relations déjà. Bonjour Drink nous a néanmoins envoyé un panel d’une vingtaine de publications (en majorité chinoises, japonaises ou américaines) sur des extraits de divers plantes et champignons.
« Les propriétés mises en avant par les compléments alimentaires contenant des champignons à la mode, tels que le reishi, le shiitake ou le chaga, sont peu étayées scientifiquement, tempère Florence Leclerc, enseignante en botanique et mycologie à la faculté de Pharmacie de Paris. Il existe des expérimentations in vitro ou menées sur des souris, concernant les effets sur la santé de certains champignons, comme le chaga ou le reishi, mais pas d’études à grande échelle sur l’humain. Par exemple, le reishi contient une molécule, le β-glucane, qui pourrait avoir une activité dans la réponse immunitaire à une tumeur chez la souris, mais on ne connaît pas son effet sur l’homme. Ce sont des champs de recherche encore peu investigués. »
→ Lire aussi : Complément alimentaire - Les promesses excessives du café au collagène
Or, les effets observés sur la souris ne se retrouvent pas systématiquement chez l’humain, et il est donc nécessaire de les vérifier sur des cohortes. Des essais sont en cours, par exemple l’utilisation d’extraits de chaga en complément de chimiothérapies pour en atténuer certains effets secondaires, dans des conditions très particulières, mais ils sont encore en phase expérimentale.
Sur son site, Bonjour Drink appuie l’énumération des bienfaits de ses produits par une certaine transparence. La marque publie en effet des résultats d’analyses (réalisées par des laboratoires indépendants de bonne notoriété) de plusieurs lots de produits, effectuées fin 2025 et début 2026. Ils ne contiennent aucune trace d’allergènes, ni aucun résidu de pesticides. Tous les ingrédients sont bios, excepté l’extrait de caféine.
En revanche, sur deux analyses réalisées en novembre dernier, on note la présence de cadmium, à raison de 0,48 et 0,10 mg/kg de produit. Ces teneurs sont nettement plus élevées que celles que nous avions relevées dans nos propres analyses de poudres cacaotées, qui variaient de 0,05 à 0,13 mg/kg.
Elles restent néanmoins inférieures aux limites réglementaires : les seuils établis par l’Union européenne sont de 0,60 mg/kg pour la poudre de cacao. Interrogée, Juliette di Marco, la cofondatrice de la marque, souligne que ce résultat ne concerne que les gammes qui contiennent de la poudre de cacao.
« Nous sommes très conscients du problème. Mais nous avons fait le choix d'un cacao certifié biologique, provenant d’Amérique latine, explique-t-elle. Un arbitrage assumé pour éliminer tout résidu de pesticides, en acceptant la teneur naturelle en cadmium inhérente au cacaoyer, teneur que nous mesurons, publions, et qui reste sous le seuil légal. » Elle rappelle également que du fait de la dilution de la poudre dans de l’eau ou du lait, la contribution de cette boisson à l’exposition au cadmium reste marginale. Mais pas nulle. Or, ce contaminant est un cancérogène avéré, potentiellement nocif même à très faible concentration.
Consommer au quotidien ce type de boisson pose aussi d’autres questions. « Ingérer des extraits de plantes ou de champignons n’est pas anodin, explique Florence Leclerc. La plupart du temps, c’est inoffensif, mais des effets secondaires sont possibles, bien que très rares (poussées auto-immunes). Quant aux promesses, elles sont probablement exagérées, même s’il peut y avoir un effet placebo positif. Ceci dit, certains de ces champignons sont utilisés en médecine traditionnelle depuis des millénaires, ce qui est prometteur et donne des arguments en faveur d’une poursuite de la recherche. Le problème, c’est le marketing : on vend cher un produit dont on ne sait pas s’il est réellement efficace. »
Florence Leclerc conseille surtout de se méfier des compléments alimentaires commandés sur Internet, à la traçabilité nulle, dont on ne connaît pas le fabricant, et qui peuvent être coupés avec des substances inconnues potentiellement nocives. Ce qui n’est a priori pas le cas de Bonjour Drink, fabriqué en France, dans les Pays de la Loire.

Tout est bon pour se retrouver entre collègues autour d’une tasse de café – en l’occurrence d’un substitut… Plusieurs salariés de Que Choisir Ensemble (anciennement UFC-Que Choisir) ont accepté de goûter deux versions de Bonjour Drink : « Saveur café » et « Saveur originale -Mocha ».
La première gorgée ne convainc pas grand-monde. Ensuite, les réactions sont contrastées. Certains y prennent goût, le breuvage étant assez similaire à un café soluble. « Le simple geste de boire dans une tasse un liquide couleur café, ça suffit à donner l’impression de boire un café », souligne l’un. « L’odeur est assez neutre, j’aime bien », renchérit l’autre. Mais d’autres sont plus critiques : « insipide », « quelconque », « court en bouche », « une impression de café soluble, l’amertume en plus », estiment les uns, « aucun intérêt », conclut une autre. « Il n’y a pas la richesse des arômes d’un vrai café. »
Dans tous les cas, aucun collègue n’a vu sa vie se « métamorphoser », contrairement à un certain Jonathan B., qui témoigne dans les mails que Bonjour envoie quotidiennement : « Dès le premier jour, je remarque des changements positifs. » Effet placebo ?
Interrogée, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) répond ne pas avoir été saisie d’alerte particulière concernant ce produit. Ce qui ne signifie pas pour autant absence de problème, car les effets indésirables des compléments alimentaires sont en général sous-déclarés, les consommateurs associant rarement un trouble à la prise de ce type de produits, ou ne connaissant pas les dispositifs de signalement.
L’Anses rappelle qu’il est possible, et même souhaitable, de signaler d’éventuels effets indésirables à un professionnel de santé qui est ensuite censé les déclarer. Il est aussi possible de le faire soi-même via le site Nutrivigilance : https://www.nutrivigilance-anses.fr/nutri.
(1) Les allégations « qui suggèrent des propriétés de prévention, traitement ou guérison de maladies sont interdites », précise la DGCCRF.
Elsa Casalegno
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