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PhotovoltaïqueLe tarif d’achat de l’électricité des particuliers bientôt à zéro ?

Fabrice Pouliquen

par Fabrice Pouliquen

En mars 2025, l’État avait déjà drastiquement baissé le tarif auquel il se propose d’acheter le surplus de production des petites installations photovoltaïques. De 12,7 à 4 centimes d’euro du kilowattheure. Un nouvel arrêté pourrait faire tomber le seuil bien plus bas encore.

​​​​​L’essentiel

  • Dans le cadre du dispositif d’obligation d’achat, les particuliers équipés de panneaux solaires ont toujours la possibilité de vendre à l’État le surplus de leur production qu’ils n’ont pu autoconsommer. Ils signent alors un contrat avec EDF OA avec un prix fixe pour 20 ans.
  • Problème : le tarif d’achat proposé par l’État ne cesse de baisser. Un projet d’arrêté du gouvernement prévoit de le faire tomber à 1,1 centime d’euro le kilowattheure (kWh), et même à zéro lorsque le cours de l’électricité bascule dans le négatif sur les marchés.
  • Ce désengagement brutal de l’État s’inscrit cependant dans le sens de l’histoire et présente l’intérêt de pousser les propriétaires d’installations photovoltaïques vers l’autoconsommation.

​​​​Il est loin le temps où les particuliers pouvaient vendre la totalité de leur production d’électricité solaire à l’État, via EDF OA (pour « obligation d’achat »), à prix d’or et garanti 20 ans. Jusqu’à 60 centimes d’euro le kilowattheure (kWh). C’était à la fin des années 2000. À l’époque, l’enjeu était d’inciter les Français à s’équiper en panneaux photovoltaïques, alors coûteux.

La donne a radicalement changé depuis. En mars 2025 déjà, pour les installations photovoltaïques d’une puissance comprise entre 0 et 9 kilowatts-crête (kWc) – typiquement le segment des particuliers –, il n’est plus possible de vendre la totalité de sa production d’électricité solaire à EDF OA, mais seulement son surplus, soit la partie non autoconsommée.

La fin d’un soutien public au petit photovoltaïque

Surtout, le tarif d’achat s’est effondré. Toujours en mars 2025, il était passé de 12 cts à 4 cts d’euro le kWh. Un projet d’arrêté du gouvernement, qui devrait paraître très prochainement, prévoit de le faire tomber plus bas encore, à 1,1 ct d’euro le kWh. Et encore, seulement lorsque le cours de l’électricité sur le marché spot (où l’électricité s’achète la veille pour le lendemain) est positif.

Dans le cas contraire, le tarif d’achat sera tout bonnement de zéro. « Toutes ces conditions, y compris l’impossibilité de vendre la totalité de sa production, ne sont plus seulement propres aux installations de 0 à 9 kWc, mais étendues également à celles jusqu’à 100 kWc », précise David Gréau, délégué général d’Enerplan, syndicat professionnel de l’énergie solaire.

Vers une suppression de la prime à l’autoconsommation ?

En l’espace d’un an, l’État a ainsi divisé par quasi 12 son tarif d’achat. Ce n’est pas tout, puisque la prime à l’autoconsommation, elle aussi, ne cesse de baisser. Cette aide est versée aux particuliers et entreprises qui ont opté pour l’autoconsommation de leur électricité. Elle est versée en une fois, un an après l’installation des panneaux, et son montant varie en fonction de leur puissance. L’an dernier, cette prime avait dégringolé à 80 € par kWc. Ce projet d’arrêté prévoit ni plus ni moins de la supprimer.

Se protéger des heures à prix négatif

L’État ne cache guère son jeu : dans le contexte budgétaire actuel très serré, il fait en sorte que le petit photovoltaïque ne pèse plus rien sur les dépenses publiques. À sa décharge, le nombre de ménages équipés de panneaux solaires a bondi ces dernières années, en particulier depuis fin 2021. La crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, mais aussi la baisse marquée du coût des installations solaires, ont poussé de nombreux ménages à sauter le pas.

Fin 2025, Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, recensait 848 374 installations photovoltaïques en autoconsommation individuelle. Les effets s’en font ressentir sur le réseau électrique. Des afflux massifs d’électricité y arrivent aux heures méridiennes des journées ensoleillées sans qu’il n’y ait de consommations suffisantes à mettre en face. Dans ces moments-là, le prix du kWh s’effondre alors sur le marché, au point de basculer dans le négatif.

La Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité indépendante chargée de veiller au bon fonctionnement des marchés de l’énergie, recensait 352 heures à prix négatifs en 2024 et 513 heures encore l’an dernier. Difficile, dès lors, pour l’État, de s’engager à acheter l’électricité solaire de particuliers à un prix élevé.

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Panneaux solaires en kit

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De la vente de sa production à l’autoconsommation

Toutefois, cet effondrement du tarif d’achat n’enlève pas tout intérêt, pour un particulier, à investir dans des panneaux photovoltaïques, dont les prix ont beaucoup baissé ces dernières années. En revanche, le logiciel change. « La rentabilité du projet ne se fait plus sur la vente de votre électricité solaire, rappelle David Gréau. Tout l’enjeu désormais est d’autoconsommer sa production d’électricité solaire. » En clair : de faire coïncider ses consommations électriques (ballon d’eau chaude, voiture électrique, machine à laver...) avec les moments où les panneaux produisent. Vous éviterez ainsi le plus possible de ponctionner de l’électricité sur le réseau où le kWh est facturé, en ce moment, autour des 20 cts d’euro (1).

Dans ce contexte, il est impératif de ne pas inutilement surdimensionner son installation solaire, au risque d’avoir une production bien trop supérieure à sa consommation. Donc, trop de surplus. C’est sans doute le premier conseil avant d’investir : bien connaître sa consommation d’électricité et évaluer sa capacité à la déplacer pour la faire coller avec les moments où les panneaux produisent. Si vous avez le budget, coupler l’achat de vos panneaux avec celui d’une batterie domestique est une bonne idée pour augmenter votre taux d’autoconsommation.

Aux acteurs privés de prendre le relais ?

Enfin, puisque vous aurez toujours au moins un peu d’excédent de production, rien ne vous oblige à le vendre à EDF OA. Des acteurs privés proposent aussi d’acheter ou valoriser la production domestique. Ce marché est encore balbutiant et pas à l’abri de sociétés peu sérieuses comme JPME qui payait avec beaucoup de retard (et parfois jamais) l’électricité solaire de ses clients.

Point positif, ces alternatives privées ne cessent de s’étoffer. En réaction à ce projet d’arrêté en cours de préparation, Octopus Energy vient, par exemple, de lancer l’offre Solar Boost, dans laquelle le fournisseur s’engage à acheter 4 cts du kWh votre surplus, un tarif bloqué pendant 4 ans. Cette offre implique de disposer d’une batterie domestique qu’Octopus Energy pilote à distance de façon à optimiser votre autoconsommation. C’est tout le pari alors de ce fournisseur : avoir le minimum de kWh à vous acheter in fine (2).

Une transition trop brutale du gouvernement ?

D’une certaine façon, ce désengagement de l’État s’inscrit dans le sens de l’histoire. C’est plus sur la façon de faire cette transition, jugée brutale et sans concertation, que tiquent certains acteurs du solaire. « On imagine mal les particuliers scruter chaque jour le marché spot pour savoir à quelles heures, le lendemain, le prix du kWh basculera dans le négatif et le tarif d’achat de leur électricité solaire tombera à 0 €, souligne David Gréau. Il aurait été plus judicieux de fixer, sur une période de l’année, des créneaux horaires, toujours les mêmes, pendant lesquels le tarif d’achat du surplus solaire est de 0 €. Par exemple, d’avril à septembre et entre 11 h et 14 h, lorsque la production des panneaux solaires est généralement la plus abondante. Ce dispositif aurait été plus clair pour les ménages, tout en les incitant à piloter leurs consommations. Il aurait permis aussi de maintenir à 4 cts d’euro le tarif d’achat sur les autres moments de l’année. » C’était la proposition d’Enerplan. Mais David Gréau ne se fait guère d’illusions : elle a peu de chances d’être entendue.


(1) Le prix du kWh est, par exemple, de 19,40 cts d’euro, en option de base, si on prend la grille tarifaire en cours du tarif réglementé de vente d’électricité (TRVE), l’offre encadrée par les pouvoirs publics et proposée obligatoirement par EDF via le tarif bleu.
(2) Ce tarif d’achat garanti à 4 cts d’euro du kWh n’est pas le seul avantage de cette offre. En échange de la mise à disposition de la batterie, le fournisseur verse une rente fixe en euros proportionnelle à la capacité de stockage de la batterie (30 €/mois pour 10 kWh, par exemple). Enfin, en pilotant la batterie de ses clients, Octopus Energy s’engage à réduire leur facture d’électricité.

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