ACTUALITÉ

Recyclage des vêtements : Refashion rappelé à l’ordre

FM

par Fabienne Maleysson

Financé par nos achats de vêtements, l’organisme chargé d’organiser leur fin de vie ne collecte pas l’intégralité des volumes. Le ministère de la Transition écologique le met en demeure de respecter ses obligations.

L’essentiel

Refashion, l’organisme chargé de collecter les vêtements usagés, a manqué à ses obligations.

Ces dysfonctionnements nuisent aux structures de l’économie sociale et solidaire, et le ministère de la Transition écologique tape du poing sur la table.

La solution à l’engorgement des ressourceries et autres associations : acheter moins de vêtements pour en jeter moins.

Tee-shirts troués, pantalons délavés et autres vêtements devenus trop petits ou passés de mode encombrent de plus en plus les associations auxquelles nous les donnons. Lorsqu’elles ne peuvent pas les gérer elles-mêmes, par exemple en les vendant dans des boutiques dédiées, ils doivent être récupérés par l’éco-organisme Refashion.

Chargée d’organiser la fin de vie des vêtements, des chaussures et du linge de maison, cette structure est financée par les écocontributions versées par les professionnels du secteur. Ces sommes sont en principe répercutées sur le prix des produits, à raison de quelques centimes en général, quelques euros pour l’ultra-fast-fashion.

Problème, Refashion ne respecte pas entièrement son obligation de collecte. Pour cette raison, le ministère de la Transition écologique lui a infligé en avril dernier une amende de 170 000 €, et il lui a fait parvenir lundi 26 octobre un courrier de rappel à la loi. L’organisme est tenu de reprendre sans frais l’intégralité des déchets collectés par les organismes tels que les ressourceries et autres associations, et ce dans un délai de 10 jours, rappelle le ministère. Or, selon lui, « plusieurs réseaux de l’économie sociale et solidaire ont de nouveau alerté le ministre sur la persistance de défaillances manifestes du dispositif de reprise [ce qui] fragilise le modèle économique et opérationnel de structures qui jouent un rôle essentiel dans la collecte et le réemploi des textiles usagés ».

→ Lire aussi : Recyclage – La face cachée du don de vêtements

L’éco-organisme assure que les choses sont rentrées dans l’ordre pour les 40 organismes qui s’étaient plaints. Un chiffre qui fait tiquer Camille Rognant, responsable du service développement économique et réemploi solidaire à Emmaüs France : « Depuis plusieurs semaines, de nombreuses structures alertaient sur cette situation et un appel à témoignages a fait remonter en 3 jours 70 exemples de sites où Refashion n’avait pas respecté son obligation de collecte, il y en a probablement bien plus. Nous avons demandé un rendez-vous avec le ministre et, bizarrement, dès le surlendemain, de nombreux problèmes ont été résolus. »

Au-delà de ces dysfonctionnements, la solution, selon la professionnelle, c’est d’acheter moins de vêtements pour ne pas avoir à en jeter autant : « Tant qu’on n’aura pas fermé le robinet, on continuera à remplir une baignoire qui déborde déjà. Non seulement les vêtements donnés ne sont, trop souvent, pas d’assez bonne qualité pour être revendus, mais il y en a tellement que certaines structures sont débordées. Elles n’ont même pas la place de les trier ! » Et de regretter que la loi votée en juillet dernier, supposée encadrer les dérives de la mode éphémère, se soit concentrée sur l’ultra-fast-fashion venue de Chine en épargnant les opérateurs européens (Zara, H&M, Kiabi et consorts) qui contribuent eux aussi à cette consommation débridée de vêtements de mauvaise qualité.

Mauvais temps pour Shein

C’est le symbole de la mode ultra-éphémère qui encombre les associations avec ses pièces trop peu durables pour pouvoir intégrer le marché de la seconde main. Shein, l’entreprise chinoise qui a, ces dernières années, bénéficié d’un succès insolent, fait grise mine.

Plusieurs raisons peuvent expliquer que son chiffre d’affaires ait reculé de 14 % au deuxième trimestre de cette année pour la zone Europe. Au premier rang desquelles la baisse du pouvoir d’achat, mais aussi une hausse des prix visant, par anticipation, à amortir les conséquences des nouvelles règles douanières européennes. Depuis juillet, une taxe de 3 € s’applique à chaque catégorie de produits présente dans un colis importé dans l’Union. Une commande comportant un chargeur USB, deux jouets et un bijou – expérience à ne pas tenter – est donc taxée 9 €. Et depuis le 1er novembre, il faut compter 2 € supplémentaires par catégorie.

Les chiffres du second semestre devraient donc confirmer cette baisse du chiffre d’affaires. Ou plutôt cette dégringolade : entre juillet 2025 et juillet 2026, l’audience a reculé de 42,3 % pour le géant chinois (– 36,4 % pour son concurrent Temu). Si cette mesure de fréquentation ne correspond pas à celle des recettes, elle lui est forcément corrélée.

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