Extracteurs de jus (caméra cachée) Les arguments santé des démonstrateurs décryptés

Extracteurs de jus (caméra cachée)

Les arguments santé des démonstrateurs décryptés

Publié le : 30/07/2016 

Pour vendre des extracteurs de jus, certains démonstrateurs n’hésitent pas à utiliser des arguments santé afin de mettre en avant les bénéfices des jus réalisés avec ces appareils. L’un des plus courants étant l’intérêt de boire des jus sans pulpe. Décryptage de ce discours bien rodé.

 

Si vous êtes à la recherche d’une machine pour préparer des jus frais, peut-être vous laisserez-vous tenter par les extracteurs de jus, actuellement très en vogue. Au point que leur vente a progressé de 47 % au premier trimestre 2016 selon une étude GFK. À l’instar des centrifugeuses, ces appareils permettent de réaliser des jus frais, sans pulpe, à partir de toute sorte de fruits et légumes. Mais leur prix est en moyenne deux fois plus élevé que celui des centrifugeuses. Ainsi, comptez autour de 400 € pour un modèle classique, et même plus de 1 000 € pour certains modèles haut de gamme !

Ce qui explique un tel écart de prix ? Le mécanisme de pressage. Alors que la centrifugeuse est munie d’un disque en métal qui tourne à grande vitesse, celui de l’extracteur est constitué d’une vis sans fin à rotation lente. Un système plus doux, censé préserver au mieux les nutriments. Si cet avantage nutritionnel reste à prouver, certains vendeurs n’hésitent pas à aller plus loin en vantant carrément les bénéfices santé des jus sans pulpe.

Nous nous sommes rendus en caméra cachée à des démonstrations d’extracteurs. La diététicienne Marie Bordmann, le docteur Jean-Marie Lecerf du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille et le professeur Nathalie Delzenne, chercheuse en nutrition à l’Université catholique de Louvain à Bruxelles nous ont aidé à décrypter le discours de vendeurs parfois prêts à nous faire avaler n’importe quelle soupe pour vendre ces appareils à jus.

Premier argument avancé

Grâce à un pressage lent, à froid, l’extracteur conserverait parfaitement l’intégrité des vitamines tandis que la centrifugeuse, dotée d’une lame métallique tournant à grande vitesse, détruirait les nutriments intéressants par production de chaleur. 

Rien n’est moins sûr. À la demande de nos confrères de la télévision suisse « À bon entendeur », l’Institut suisse des vitamines a comparé la teneur en nutriments de jus obtenus par un extracteur, une centrifugeuse et un mixeur. Pour les besoins du test, le laboratoire a utilisé un cocktail de fruits et légumes bio. Deux oranges, une pomme, une branche de céleri, une carotte et une poignée d’épinards, divisés en parts égales pour les trois appareils. Côté vitamine C, l’extracteur de jus gagne le match ex æquo avec le mixeur. Il conserve bien 100 % de la vitamine C là où la centrifugeuse n’en restitue que 79 %.

Mais les résultats sont moins probants pour d’autres vitamines, comme la vitamine K et la vitamine B9, aussi connue sous le nom d’acide folique et très utile aux femmes enceintes. Le mixeur, qui ne retire pas la pulpe des fruits, restitue 100 % de ces vitamines. La centrifugeuse et l’extracteur conservent moins de 30 % de la vitamine K et autour de 50 % de la vitamine B9. Concernant le bêta-carotène, l’extracteur arrive bon dernier. Les tests montrent qu’il n’en conserve que 28 %, alors que la centrifugeuse en restitue 57 % et le mixeur la totalité. Enfin, si certains vendeurs arguent de l’intérêt d’un pressage à froid pour conserver les enzymes des jus, sachez que les enzymes d'oxydation du fruit ont surtout tendance à accélérer les pertes en vitamine C au cours du temps, limitant leur durée de conservation à quelques jours.

Second argument avancé

Nous aurions tout intérêt à consommer des jus de fruits et de légumes sans pulpe et donc sans fibres.

Les enquêtes épidémiologiques montrent au contraire que nous n’en mangeons pas assez. En un siècle, notre alimentation s’est enrichie en aliments pauvres en fibres comme les produits laitiers, les pâtisseries ou la viande et notre consommation de fibres est passée à moins de 20 g par jour. Les autorités de santé recommandent donc de privilégier la consommation de céréales, de légumes secs et de fruits et légumes pour atteindre les 25 à 35 grammes de fibres par jour dont notre corps a besoin. Pourquoi ? Car les fibres engendrent des effets physiologiques intéressants, comme la baisse du cholestérol sanguin, la réduction des pics de glycémie ou encore l'amélioration du transit intestinal. Mais aussi parce que les fibres qui fermentent dans le colon alimentent notre flore intestinale. Le fameux microbiote, dont on découvre aujourd’hui les nombreuses implications, dans le bon fonctionnement intestinal mais aussi dans le développement du système immunitaire, ou encore la régulation du poids. Pour une très large frange de la population, les fibres sont donc bénéfiques.

Toutefois, on estime qu’environ 10 à 20 % de la population souffre, à des degrés divers, d’une sensibilité plus importante à certaines fibres et certains oligosaccharides. Un régime spécifique, pauvre en fibres, peut donc avoir un intérêt dans certaines situations particulières, après avis médical. Il est donc vivement conseillé de consulter un médecin gastro-entérologue pour voir avec lui si un régime d’éviction peut être envisagé, sur un temps donné, car il ne peut être maintenu longtemps sans risque de carence nutritionnelle.

Troisième argument avancé

Faire des cures exclusives de jus serait bénéfique pour la santé.

Attention, les monodiètes, qui consistent à ne consommer qu’un type d’aliment durant plusieurs jours, voire semaines, sont par définition très déséquilibrées. Les fruits et légumes ne contiennent quasiment pas de protéines. Et hormis les fruits oléagineux, comme les amandes ou les avocats, également très peu de lipides. Mais certains végétaux sont en revanche riches en sucre. Ainsi, un verre de jus de pomme fournit environ 20 g de sucres naturels, soit l’équivalent de 4 morceaux de sucre. Un jus de carotte apporte l’équivalent de 2 à 3 morceaux de sucre. Certes, il s’agit de sucres naturels, mais sans les fibres qui les accompagnent dans le fruit frais, ils sont vite assimilés et augmentent fortement la glycémie.

Ce déséquilibre entre glucides, lipides et protéines entraîne donc des déficits. Ils seront certes minimes chez un adulte en bonne santé qui suit une cure sur quelques jours, mais chez des personnes plus exposées, des personnes âgées, malades ou des enfants, ces déficits peuvent avoir des conséquences sur la santé. Dans la durée, ils peuvent entraîner une dénutrition et affaiblir les os et les muscles. Là encore, si vous éprouvez l’envie de vous lancer dans une cure de jus, parlez-en d’abord à votre médecin ou à un nutritionniste qualifié ! 

Marie-Noëlle Delaby

mndelaby@quechoisir.org