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Leasing pompe à chaleur : quel est ce nouveau dispositif que s’apprête à lancer le gouvernement ?

Fabrice Pouliquen

par Fabrice Pouliquen

Le gouvernement multiplie les aides et incitations pour passer aux pompes à chaleur (PAC) en remplacement des chaudières au gaz ou au fioul. Un nouveau dispositif devrait entrer en vigueur au 1er octobre : une sorte de leasing social pour lever le frein du coût d’achat très élevé de ce système de chauffage. Explications.

L’essentiel

  • Au début de l’été, l’État a lancé un appel d’offres invitant les acteurs de la pompe à chaleur à faire émerger des « offres intégrées ». L’idée est que le ménage qui souhaite remplacer sa chaudière fossile par une PAC air-eau puisse bénéficier d’un seul contrat pour l’installation de l’équipement, la maintenance, et même la fourniture d’électricité.
  • Avec une précision de taille : la mensualité globale qui sera proposée au ménage bénéficiaire devra être inférieure ou égale à sa précédente facture de chauffage. Pour y arriver, une bonification spécifique des certificats d’économie d’énergie (CEE) devrait être dédiée au dispositif.
  • Ces offres intégrées PAC, souvent assimilées à du leasing social, seront réservées aux foyers aux revenus modestes et très modestes. Les premières offres pourraient être commercialisées à partir du 1er octobre.

Après le leasing social voiture électrique, place bientôt au leasing social sur les pompes à chaleur (PAC). C’est, du moins, ainsi que sont présentées les « offres intégrées pompes à chaleur » que le gouvernement cherche à faire éclore sur le marché.

C’est l’une des 22 mesures du plan d’électrification présenté en avril dernier par le gouvernement et destiné à accélérer la décarbonation de nos usages énergétiques. L’un des enjeux est de convaincre les particuliers de passer, dans leurs logements, des chaudières au fioul ou au gaz à la pompe à chaleur air-eau, moins émettrice de gaz à effet de serre.

Pourquoi les « offres intégrées PAC » ont-elles été créées ?

Bien que ce soit l’une des pierres angulaires du plan d’électrification du gouvernement, les ventes annuelles de PAC air-eau se sont effondrées depuis le déclenchement de la crise énergétique fin 2021 : 350 000 unités écoulées en 2022 contre 185 000 en 2025.

Certes, le conflit actuel au Moyen-Orient tend à relancer le marché en faisant flamber le cours du gaz et du fioul. Mais on reste loin des cadences espérées par le gouvernement.

Le principal frein est celui du prix d’achat. « Pour une maison individuelle, comptez entre 13 000 € et 15 000 € pour l’achat d’une PAC air-eau, pose comprise et sans les aides, indique Arnaud Kautzmann, secrétaire général de l’Afpac (Association française pour les pompes à chaleur). Le double, à peu près, d’une chaudière au gaz. »

Mais ces PAC offrent ensuite un avantage de taille : à température de chauffage identique, elles consomment beaucoup moins d’énergie qu’une chaudière au gaz. « En moyenne, la baisse de facture est de 50 % », signale-t-il.

Des performances confirmées par l’Agence de la transition écologique (Ademe) dans une étude d’octobre 2025. Pour autant, le retour sur investissement peut être long. Cette même étude l’évalue, suivant les cas, entre 6 et 17 ans…

Pour réduire ce temps d’amortissement, les aides sont maintenues à un niveau élevé sur les PAC air-eau, quand elles ont tendance à baisser sur les autres gestes de rénovation. Et de nouvelles sont créées, comme ce dispositif « offres intégrées PAC ».

Qui pourra proposer une offre intégrée PAC ?

Au début de l’été, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a ouvert un appel d’offres invitant les acteurs gravitant autour des PAC (installateurs, fournisseurs d’électricité, entreprises spécialisées dans la rénovation énergétique, organisme de crédit…) à mettre sur pied ces offres intégrées. Ils peuvent candidater seuls ou à plusieurs, organisés en consortium.

L’appel d’offres est ouvert jusqu’en mai prochain, mais une première liste de lauréats a été arrêtée mi-septembre et doit être dévoilée dans les prochaines semaines. À terme, ces lauréats (autour de cinq, selon nos informations) seront listés sur le site du ministère de la Transition écologique. Le calendrier initial visait une commercialisation des premières offres au 1er octobre, soit dans quelques jours. Pas sûr qu’il soit tenu.

Le gouvernement entend installer 25 000 PAC d’ici 2028 via ce dispositif. Il sera réservé aux ménages aux revenus modestes ou très modestes (barèmes à découvrir ici).

À quoi ressembleront ces offres ?

Si vous vous décidez à acheter une PAC air-eau, il vous faut faire appel à un installateur, mobiliser les aides, démarcher les banques pour obtenir le financement, s’assurer que votre contrat de fourniture d’électricité est toujours adéquat, signer un contrat de maintenance…

Ces offres intégrées se veulent un contre-pied à ce parcours complexe. D’une part, le bénéficiaire devra avoir affaire à un seul interlocuteur et un seul contrat, même dans le cadre d’une offre intégrée portée par un consortium. Ce contrat devra inclure :

  • l’installation de la PAC air-eau ;
  • le financement du reste à charge (une fois les aides déduites) ;
  • la maintenance de l’équipement ;
  • mais aussi une proposition de contrat de fourniture d’électricité.

Le tout pour une mensualité globale qui devra être inférieure ou égale à l’ancienne facture de chauffage du bénéficiaire.

Autre précision d’importance : la contractualisation se fera sur trois ans. « Concrètement, nous calculerons au bénéficiaire une mensualité globale fixe sur cette durée », détaille le responsable d’un des acteurs candidats à l’appel d’offres.

Certes, ce montant sera en partie prévisionnel puisque le coût de la « fourniture d’électricité » dépend en partie du comportement du consommateur. « S’il laisse sa fenêtre continuellement ouverte tout en mettant sa PAC en surrégime, forcément, sa mensualité sera plus forte que celle annoncée, reprend notre contact. Néanmoins, pour assurer un maximum de prévisibilité, le contrat de fourniture d’électricité proposé devra s’articuler sur un prix du kilowattheure fixe sur trois ans. »

S’agit-il vraiment d’un leasing ?

C’est souvent le terme associé à ce dispositif, y compris au départ par le gouvernement, mais il est mal choisi. Contrairement au leasing pratiqué dans l’automobile (de la location longue durée avec ou sans option d’achat), le ménage est d’emblée propriétaire de la pompe à chaleur installée à son domicile. Il s’agit bien d’un achat via un crédit affecté remboursé en trois ans.

Faut-il forcément changer de fournisseur d’électricité ?

Non. Dans ces offres intégrées, l’opérateur a pour obligation de proposer une offre de fourniture d’électricité avec un prix fixe du kilowattheure sur trois ans. Mais le ménage peut la décliner sans remettre en cause son éligibilité au dispositif.

Dans ce cas de figure, la mensualité globale payée ne portera alors plus que sur le financement du reste à charge et la maintenance. Et même s’il accepte dans un premier temps l’offre de fourniture d’électricité, le ménage reste libre d’en changer à tout moment et sans frais.

Sur ce point, Que Choisir Ensemble reste sur ses gardes, craignant que ces offres comprenant un contrat de fourniture n’ouvrent la voie à l’application de frais, une piste actuellement envisagée dans le projet de loi Ddadue en cours d’examen.

Il est essentiel que les particuliers puissent continuer à faire jouer la concurrence entre les fournisseurs, notamment pour bénéficier des tarifs les plus attractifs possibles.

La contractualisation se fait-elle obligatoirement sur trois ans ?

Non, là encore. L’appel d’offres précise bien que les porteurs de ces offres intégrées pourront soumettre, en option, une proposition de contractualisation sur cinq ans. « C’est susceptible d’intéresser les ménages les plus modestes qui veulent avoir, d’emblée, la mensualité la plus basse possible », précise toujours notre source.

Ces offres intégrées n’ont-elles que des avantages ?

Le premier atout est de disposer d’une solution clés en main, avec un interlocuteur unique. De quoi, normalement, faciliter grandement les démarches pour les particuliers.

D’une certaine façon, l’État s’engage aussi sur le sérieux des opérateurs d’offres intégrées qu’il retient. Pas rien dans un secteur où les arnaques restent nombreuses.

Dans son cahier des charges, l’appel d’offres engage d’ailleurs les candidats au respect d’obligations strictes. Ils devront, par exemple, démontrer que la mensualité globale calculée pour le ménage « permet de limiter l’effort financier mensuel ». À cet effet, ils devront d’ailleurs présenter une note méthodologique justifiant l’ensemble des hypothèses retenues. L’appel d’offres promet des contrôles stricts de ces offres intégrées en cours d’exécution.

La principale force de ces offres intégrées est de lever le frein majeur à l’achat d’une PAC : le lourd investissement initial. « Les bénéficiaires n’auront pas d’argent à sortir, mais juste à s’acquitter d’une mensualité qui, encore une fois, ne pourra excéder leurs factures passées de chauffage », explicite le responsable.

Cependant, Que Choisir Ensemble déplore, dans ces offres intégrées, « l’absence de mention de l’importance de conditionner l’installation d’une PAC à un bon niveau d’isolation ». Les opérateurs devront seulement orienter le ménage vivant dans un logement à la « déperdition thermique trop importante » vers un guichet FranceRénov’ pour l’inciter à envisager une rénovation d’ampleur.

Rien d’obligatoire, donc. Surtout, que le logement soit dans ce cas de figure ou non est laissé à l’appréciation de l’opérateur. Pourtant, il est toujours plus efficace et plus profitable pour le ménage d’isoler son logement avant d’installer une PAC. Ne serait-ce que pour éviter l’achat d’un équipement surdimensionné, et donc plus cher.

Sur quoi repose l’équilibre économique de ces offres intégrées PAC ?

Principalement sur les aides. L’achat d’une PAC air-eau reste l’un des rares gestes de rénovation encore éligibles à MaPrimeRénov’ parcours monogeste. La subvention est de 4 000 € pour un ménage aux revenus modestes et grimpe à 5 000 € pour un ménage aux revenus très modestes.

S’ajoutent les certificats d’économie d’énergie (CEE). Ce dispositif oblige les fournisseurs d’énergie (électricité, gaz, fioul, carburant…) à réaliser des économies d’énergie eux-mêmes ou à financer des opérations allant dans ce sens, dont l’achat de pompes à chaleur.

Cette aide est distribuée sous la forme d’un forfait de base auquel peuvent s’ajouter un nombre important de bonifications. Celles-ci dépendent de multiples facteurs (zone climatique du logement, sa surface, performance de la PAC…).

Avec ce package existant, « un particulier peut déjà toucher entre 6 000 € et 10 000 € d’aides, selon son niveau de revenu, sur l’achat d’une PAC air-eau », explique le porte-parole.

Le gouvernement prévoit d’ajouter une bonification spécifique à l’offre intégrée. « L’idée est de faire tomber le reste à charge autour de 1 000 € voire 1 500 € pour un ménage très modeste », reprend-il. Suffisamment bas pour qu’en théorie, la mensualité globale soit bien égale ou inférieure à l’ancienne facture de chauffage.

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