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Rappel de laits infantiles contaminésLes réponses à vos questions

Elsa Casalegno

par Elsa Casalegno

Depuis le 11 décembre dernier, les principaux fabricants de laits infantiles ont procédé à une succession de rappels, en raison d’un risque de contamination par une toxine. Que Choisir répond à vos questions.

Quels laits infantiles sont concernés par le rappel ?

En France, plusieurs fabricants ont rappelé certains lots de laits infantiles : Nestlé (Guigoz et Nidal), Lactalis (Picot), Danone (Gallia, Blédilait), Vitagermine (Babybio) et La Marque en moins (1). Il s’agit de certains laits 1er âge (de la naissance à 1 an), d’un lait 2e âge (6 mois-1 an) et d’un lait 3e âge. Les laits destinés aux bébés de plus d’un an ne sont pas concernés à ce stade sauf pour La Marque en moins. Motif de ces rappels : la présence éventuelle de céréulide, une toxine sécrétée par une bactérie, dans l’un des ingrédients ‒ une huile riche en acide arachidonique (ARA) ‒, qui peut provoquer diarrhée et vomissements.

Où trouver l’information précise sur les lots concernés ?

La liste détaillée des lots concernés par les opérations de retrait-rappel figure sur le site gouvernemental RappelConso. Consultez-le régulièrement pour voir les éventuelles mises à jour.

Les produits concernés au 28/01/2026

Babybio Optima 1 800 g et 400 g
Blédilait 1er âge 0-6 mois 400 g
Gallia Calisma Relais 1er âge 0-6 mois 830 g
Guigoz Digest +
Guigoz Expert AR LR
Guigoz Expert AR1 Mix
Guigoz Expert AR2
Guigoz Expert AR2 Mix
Guigoz Gest 1
Guigoz Optipro 1
Guigoz Pelargon 1
Guigoz PTPR 1
Guigoz PTPR relais 1
Guigoz 1 LR CH-BIO-004
Guigoz 1 ESNWLP209-1 (lait infantile liquide)
Guigoz Optipro Relais (0-6 mois) Boîtes 800 g
La Marque en moins Bio âge 1 (0-6 mois) 800 g
La Marque en moins Bio âge 2 (6-12 mois) 800 g
La Marque en moins Bio âge 3 (10-36 mois) 800 g
Nidal 1 Dès la naissance NW101-3
Nidal 1 NW101-3
Nidal Nidalgest 1 NWSPB014-1​​​​​​​
Picot Standard 1er âge 850 g​​​​​​​
Picot Standard 2ème âge 850 g​​​​​​​
Picot Nutrition Quotidienne 1er âge 400 g et 800 g​​​​​​​
Picot Nutrition Quotidienne 2ème âge 800 g​​​​​​​
Picot AR 2ème âge 800 g

Que faire si vous voyez en rayon un lait faisant l’objet de mesures de rappel ?

Le plus simple est de prévenir le responsable du magasin (grande surface, supérette ou pharmacie). Vous pouvez aussi prendre le produit en photo, et faire un signalement sur le site gouvernemental SignalConso.

Quels laits infantiles sont considérés comme sûrs ?

Par défaut, et en l’absence d’évolution de la situation, les autres laits sont considérés comme sûrs. Nestlé nous précise avoir « immédiatement changé de fournisseur d’huile ARA et retiré des rayons tous les produits susceptibles d’être concernés ». Néanmoins, les élargissements successifs pendant plus d’un mois incitent à la prudence.

Depuis quand ont lieu ces rappels de laits infantiles ?

En France, les retraits-rappels ont eu lieu en trois temps : certains laits Nestlé début décembre, puis une 2e vague début janvier (toujours pour Nestlé), et enfin une 3e vague à partir du 21 janvier, qui élargit les mesures aux autres fabricants : Lactalis, Danone et Vitagermine. Nutribio (Sodiaal) procèderait pour sa part à des rappels à l’étranger.

Plus précisément, une première notification a été faite au réseau européen d’alertes, RASFF, le 1er décembre dernier. Le ministère de la Santé évoque des autocontrôles de Nestlé qui « ont permis d’identifier la présence de la toxine céréulide dans un lot de lait infantile non commercialisé, produit par une usine des Pays-Bas » à Nunspeet. Nestlé procède donc à de premiers retraits en France le 11 décembre (pour le lait Guigoz Optipro Relais 0-6 mois) sur des lots fabriqués dans cette usine. L’opération est mentionnée sur le site RappelConso, mais ne fait pas l’objet d’une communication de la part de la multinationale suisse. En parallèle, des rappels ou des alertes auprès des consommateurs sont également effectués en Italie, en Espagne, en Pologne, au Danemark, en Hongrie ou encore aux Pays-Bas.

Une deuxième vague de rappels au niveau européen est lancée le 5 janvier 2026, soit presque un mois plus tard. Cette fois, plus de 800 références provenant d’une dizaine d’usines du groupe sont concernées. Deux semaines s’écoulent encore avant que les autres marques rejoignent la liste des rappels.

La communication reste souvent floue, y compris de la part des pouvoirs publics, qui ont tardé à imposer des mesures de retrait, mais aussi à communiquer, et qui restent encore très prudents. Le ministère de la Santé souligne ainsi que, « à ce stade, aucune analyse n’a mis en évidence de lien de causalité entre la consommation des laits infantiles concernés et la survenue de symptômes chez un nourrisson ».

Pourquoi de tels délais dans les rappels ?

Il y a tout d’abord le temps de l’analyse : il faut un certain délai pour obtenir des résultats, qui varient selon la nature de ce qu’on cherche.

Savoir ce qu’on cherche, et où, est nécessaire : comme l’a expliqué Lactalis à Que Choisir, le groupe a tout d’abord recherché la toxine dans les boîtes de lait en poudre, et obtenu des résultats négatifs. C’est quand il a finalement pratiqué des analyses sur le lait reconstitué additionné d’eau, que ces analyses se sont révélées positives. L’explication : l’huile riche en acide arachidonique (ARA), contaminée par la toxine céréulide, est ajoutée à la poudre de lait encapsulée dans une membrane protectrice ; cette dernière se dissout quand la poudre est diluée dans l’eau, libérant simultanément les acides gras et la toxine.

Enfin, les ministères de l’Agriculture et de la Santé, qui gèrent la crise, ont modifié leurs recommandations il y a deux semaines, et conseillé aux industriels d’abaisser le seuil de contamination par la toxine au-delà duquel ils procèdent à des rappels. C’est cette plus grande exigence qui a occasionné de nouveaux retraits. Néanmoins, « à ce jour, il n’existe pas de réglementation [européenne] fixant une limite maximale pour la céréulide », souligne Nestlé. Ce qui est assez incompréhensible, cette toxine étant connue et déjà impliquée dans de précédentes alertes sanitaires en Europe.

Malheureusement, on ne peut pas dire que les fabricants aient tous fait un réel effort de transparence vis-à-vis des parents inquiets. Globalement, leur communication manque de précisions et de réactivité – à l’exception de Babybio, qui énumère dès la page d’accueil de son site tous les lots concernés. Le directeur général de Nestlé, Philipp Navratil, a fini par sortir de son silence, et « s’excuser » dans une longue vidéo postée sur les réseaux sociaux, le 14 janvier, pendant que l’action du groupe dévissait en Bourse. En France, le groupe s’est fendu d’un premier communiqué le 5 janvier lors de la 2e vague de rappels. Pour sa part, Danone se contente du service minimum sur son site, réaffirmant que tous ses produits sont exempts de la toxine incriminée, tout en effectuant un retrait de lots ciblés. Ceux qui veulent en savoir davantage sont renvoyés vers le service consommateurs – dont les coordonnées ne sont pas mentionnées. Son communiqué précise qu’il « contient des déclarations de nature prévisionnelle » comportant « de nombreux risques et incertitudes, qui pourraient faire en sorte que les résultats réels diffèrent significativement des résultats anticipés dans ces déclarations de nature prévisionnelle ». Une mention générique, mais qui semble bien maladroite dans ces circonstances !

Peut-on craindre des ruptures de stock de laits infantiles ?

Aucun fabricant, pas plus que les pouvoirs publics, n’ont fait état d’un tel risque. Néanmoins, nos relevés montrent des ruptures de stock pour plusieurs références dans un certain nombre de points de vente de la grande distribution – jusqu’à un quart des magasins, selon l’enseigne et la référence considérées.

Quel est le problème ?

À l’origine de ce rappel, la détection, dans des poudres de lait, de la toxine céréulide, qui peut provoquer diarrhées abondantes et vomissements. Ces symptômes sont en général bénins et disparaissent rapidement. Cette toxine, sécrétée par une bactérie, Bacillus cereus, a contaminé une huile riche en acide arachidonique (ARA). Cette huile est fréquemment intégrée dans les préparations pour nourrissons. En effet, l’ARA est un acide gras polyinsaturé de la famille des oméga 6, indispensable au bon développement des enfants. Il est synthétisé par l’organisme, et est naturellement présent dans certains aliments comme les huiles de poisson, mais peut également être fabriqué en usine.

L’huile riche en ARA est généralement obtenue par fermentation, dans des bioréacteurs, du champignon Mortierella alpina (qui est fréquent dans les sols), c’est une « huile fongique ». Une saisine de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de 2011 (2) décrit précisément les étapes de cette production : « Après une culture intensive de champignons Mortierella alpina, les micro-organismes sont transférés dans un bioréacteur contenant un bouillon spécial de fermentation […]. La fermentation, en condition d’aérobie, crée une biomasse riche en ARA, qui est ensuite filtrée, séchée et extraite. Dans une seconde étape, l’huile brute riche en ARA est raffinée. Enfin, des antioxydants sont ajoutés. » On y apprend au passage que l’un des solvants utilisés à différentes étapes de la production est l’hexane, dont « une quantité non significative est présente après le raffinage de l’huile ».

Le fournisseur de cet ingrédient est très probablement le groupe chinois Cabio Biotech, spécialisé dans la fabrication d’ingrédients en nutrition et santé. Ce nom, qui circulait depuis quelques jours, a été confirmé par le groupe Sodiaal (ce dernier a procédé à des rappels à l’étranger, mais pas en France). Comment la toxine céréulide s’est-elle retrouvée dans l’huile ? Le champignon était sans doute contaminé par B.Cereus dès le début du processus de fabrication. La bactérie s’est développée en même temps que le champignon. Et sa toxine, très résistante à la chaleur, n’a pas été détruite par les différents processus de stérilisation.

Les industriels et les autorités rappellent qu’aucun lien de causalité n’est pour le moment prouvé entre les cas de maladie et les laits infantiles. De même pour les deux décès de nourrissons, pour lesquels deux enquêtes pénales ont néanmoins été ouvertes, à Bordeaux (Gironde) et Angers (Maine-et-Loire). Pour autant, les symptômes provoqués par la toxine sont bel et bien ceux subis par un certain nombre de bébés dans les témoignages qui parviennent à la presse.

Pourquoi cette toxine n’a-t-elle pas été détectée plus tôt ?

La toxine céréulide ne fait pas partie des toxines recherchées en routine dans les tests. Elle n’était jusqu’à présent pas considérée comme un danger majeur.

Pourquoi cette alerte a-t-elle pris une telle ampleur ?

La fabrication de lait en poudre met en jeu des processus industriels lourds et coûteux, elle est donc essentiellement concentrée dans les mains de multinationales telles que Nestlé, Danone ou Lactalis. Les ingrédients qu’elles utilisent sont souvent, eux aussi, fabriqués par des groupes de grande taille. Ainsi, le groupe chinois Cabio Biotech, qui a fourni l’ARA incriminé, basé à Wuhan (ville devenue célèbre pour avoir été le point de départ du Covid-19), vend des ingrédients dits « fonctionnels » à de nombreuses entreprises de la nutrition et de la santé au niveau mondial. Il est coté à la Bourse de Wuhan, mais voit son action plonger depuis début janvier.

Les laits infantiles sont donc des produits ultratransformés, incorporant des ingrédients qui peuvent venir de l’autre bout du monde, et produits massivement par un nombre limité d’industriels. Un problème ponctuel sur un seul ingrédient peut donc ébranler tout le secteur, comme l’illustre la crise actuelle.

En cas d’achat de boîtes de laits infantiles concernées par les rappels, que faire ?

Si vous avez acheté du lait en poudre 1er ou 2e âge, vérifiez avant toute chose s’il s’agit des lots concernés par le rappel. Si c’est le cas, ne donnez pas ce lait à votre enfant, même s’il n’a pas de symptômes. Si ce dernier présente des symptômes digestifs (diarrhée, vomissements, fièvre), contactez un médecin (qui doit faire remonter le cas aux autorités sanitaires), et notifiez-le sur SignalConso. En cas d’urgence, appelez le 15. Conservez les boîtes et leur contenu (en vous assurant qu’elles ne seront pas consommées), dans le cas où les autorités sanitaires veuillent effectuer des prélèvements.

Vous pouvez bien sûr prétendre à un remboursement (inutile de rapporter les boîtes en magasin, ce sont les fabricants qui gèrent les rappels).

Pour un produit Nestlé (Guigoz ou Nidal)

Prenez la boîte en photo (face avant et code du lot sous la boîte) et contactez le service consommateurs de Nestlé, sur www.guigoz.fr/service-conso ou au 0800 100 409 pour Guigoz et par courrier pour Nidal (Service consommateurs Guigoz/Nidal, 34-40 rue Guynemer, 92130 Issy-les-Moulineaux) ou au 0800 100 312.

Pour un produit Lactalis (Picot)

Prenez une photo claire et lisible du numéro de lot figurant sur le fond de chaque boîte concernée et transmettez-la au service consommateurs, via le formulaire de contact du site Picot www.picot.fr/contact/ou par e-mail à l’adresse [email protected].

Pour un produit Danone (Gallia, Blédilait)

Le groupe indique seulement : « Nous invitons les parents à contacter le service consommateurs de Danone s’ils ont la moindre question ou préoccupation. »

Pour un produit Vitagermine (Babybio)

Prenez une photo claire et lisible du numéro de lot figurant sur le fond de chaque boîte concernée et transmettez les photos, coordonnées postales et RIB au service consommateurs à l’adresse [email protected].

Est-il possible de porter plainte ?

Si votre enfant a présenté des symptômes susceptibles d’être associés à une contamination par la toxine céréulide (diarrhée et vomissements fréquents) après avoir consommé du lait infantile d’un lot faisant l’objet d’un rappel, il est possible de porter plainte à titre individuel, ou de se joindre à une éventuelle procédure judiciaire ultérieure. Conservez les preuves d’achat, ainsi que les boîtes.

Si votre enfant n’a pas été malade, conservez vos justificatifs (originaux des preuves d’achat, photo du numéro de lot, voire la boîte de lait) et suivez l’actualité pour vous tenir informé de l’évolution de la situation et des consignes éventuelles.

Si vous avez une âme de militant et que vous souhaitez agir en tant que consommateur « trompé », vous pouvez tenter de vous constituer partie civile dans le cadre des enquêtes déjà ouvertes dans ce dossier.

Que contient un lait infantile ?

Les laits infantiles sont des produits complexes : ils doivent pouvoir se substituer complètement au lait maternel dans les premiers mois de la vie, si l’allaitement n’est pas possible ou pas souhaité. Leur recette doit donc s’en approcher au plus près. Elle est d’ailleurs strictement encadrée par un règlement européen (3), dont l’annexe précise les teneurs minimales et maximales d’une centaine de nutriments. Certains d’entre eux sont imposés, à l’instar du DHA, un acide gras oméga 3, obligatoire « dans tous les laits infantiles 1er et 2e âge depuis 2020 », précise le Secteur français des aliments de l’enfance (SFAE), l’association des fabricants d’aliments infantiles.

En revanche, si l’ARA figure bien parmi les ingrédients autorisés par l’Union européenne (UE) depuis 2008 (4), son ajout n’est pas obligatoire car l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) estime que les données disponibles ne permettaient pas de conclure à la nécessité de rendre cet ajout obligatoire. Indispensable au bon développement des nouveau-nés, il peut être synthétisé par l’organisme, mais il figure malgré tout dans de nombreuses recettes de laits infantiles afin de garantir la couverture des besoins des bébés.

Outre ces acides gras, le lait infantile est essentiellement fabriqué à partir de lait de vache. Or, ce dernier diffère sensiblement du lait de femme, il doit donc être modifié afin de s’en rapprocher autant que possible. L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) nous a expliqué les adaptations nécessaires. Il faut par exemple réduire la teneur en certaines protéines, mais augmenter celles en lactose, en vitamines, en minéraux, en probiotiques… Il faut également ajouter des acides gras insaturés, indispensables au développement du cerveau. Pour cela, les fabricants utilisent des mélanges d’huiles végétales (et parfois de la crème de lait de vache), et ajustent la teneur en acides gras essentiels ‒ l’ARA et le DHA…


(1) La Marque en moins précise sur son site « qu’il n’y a pas lieu de procéder au retrait des poudres préparées de la Société La Marque en moins » qui « ne présentent aucun risque pour le nourrisson », après avoir fait réaliser ses propres analyses par un expert, et que les retraits l’ont été au titre du principe de précaution. Mais Que Choisir s’en tient aux rappels officiels du site RappelConso, et mentionne donc les produits concernés.
(2) Avis de l’Anses relatif à l’évaluation du rapport d’évaluation initiale des autorités néerlandaises concernant la mise sur le marché d’un nouvel ingrédient alimentaire : huile à concentration élevée en acide arachidonique, issue de Mortierella alpina, 25 août 2011.
(3) Règlement délégué (UE) 2016/127 du 25 septembre 2015.
(4) Décision c (2008) 8080 de la Commission du 12 décembre 2008 (2008/968/CE).

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