par Arnaud de Blauwe
par Arnaud de Blauwe
Quelques semaines après le dépôt d’une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la fraude bancaire et alors que les fuites se multiplient, Que Choisir publie une enquête qui révèle que le ver est dans le fruit. Sur commande ou par opportunité, des employés volent les données des clients dont les comptes sont ensuite vidés. Une grande enquête de la cellule investigation de Que Choisir sur un sujet qui dérange.
Fallait-il donc cette proposition de loi pour éclairer un sujet sensible, celui des fraudes bancaires commises par des salariés malveillants ? Ils volent, pour eux ou pour un réseau criminel, les données des clients. L’objectif : piller ensuite leurs comptes ! À l’arrivée, le préjudice peut être considérable.
Si le sujet reste tabou, le texte déposé au début de l’été par Daniel Labaronne, député Renaissance d’Indre-et-Loire, laisse à penser qu’il y a effectivement de grandes failles dans les dispositifs de sécurité. La proposition vise à améliorer « la lutte contre les fraudes successives commises sur plusieurs établissements bancaires ».
L’une des mesures phares consiste à créer un fichier national recensant les personnes qui ont commis des manquements à la probité dans une banque. Il pourrait être consulté avant toute embauche, afin d’éviter qu’un salarié impliqué dans une fraude puisse passer, ni vu ni connu, d’une banque à une autre.
Coïncidence de l’actualité, cette proposition de loi survient alors qu’une grande enquête en deux parties de la cellule investigation de Que Choisir, publiée ce jour, braque les projecteurs sur les vols de données personnelles liés à des complicités internes.
Et si la question est particulièrement sensible dans le secteur bancaire, elle l’est également dans les centres d’appels, les plateformes de e-commerce, les services publics… Partout où sont collectées et conservées des millions de données personnelles, véritables mines d’or pour les escrocs.
L’une de nos journalistes s’est ainsi infiltrée chez le leader du téléconseil, qui gère notamment les portefeuilles clients d’Engie, de BoursoBank, d’AG2R La Mondiale ou encore de Trenitalia. Elle a pu mesurer que dérober les données des clients pouvait être aisé, quand le voleur porte un badge et se sert dans les fichiers. Édifiant !
Sollicitées par Que Choisir pour cette enquête, les banques n’ont pas donné suite. Seule la Fédération bancaire française (FBF), qui représente le secteur, a accepté de s’exprimer. Elle indique, entre autres, que le phénomène est marginal et inhérent à toute activité humaine. Elle voit d’un bon œil la création du fichier préconisé par la proposition de loi car, précise-t-elle, « le cadre légal et réglementaire actuel ne permet pas de connaître les antécédents des salariés recrutés par les banques ».
→ L’enquête en deux volets de la cellule investigation de Que Choisir :
Arnaud de Blauwe
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