Réduction du plastiqueLes supermarchés ne jouent pas le jeu
Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea révèlent l’écart persistant entre les engagements affichés et la réalité en rayon. La loi Climat et résilience fixe un objectif de 20 % de produits sans emballage d’ici 2030 dans les grandes surfaces et la loi AGEC impose la fin progressive des plastiques à usage unique à horizon 2040. Pourtant, sur le terrain, les pratiques évoluent peu. Notre enquête menée dans 1 659 magasins, complétée par un questionnaire adressé aux distributeurs, dresse un constat sans appel : dans les supermarchés, le plastique reste omniprésent et les efforts engagés ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Les résultats de notre enquête
- Les bouteilles plastiques restent les reines des rayons
Les ventes d’eaux embouteillées ont progressé de 3,3 % en 2025 et globalement le rayon eau et boissons constitue près de 40 % des plastiques à usage unique en GMS. Les distributeurs alimentent eux-mêmes cette offre via leurs marques propres, avec jusqu’à 186 références d’eaux et boissons en bouteille plastique par enseigne. Les mini-formats sont présents dans 81 % des magasins audités. Aucune enseigne, sauf Biocoop, qui a arrêté de commercialiser de l’eau en bouteille plastique, n’a mis en place de stratégie pour atteindre l’objectif légal de réduction de 50 % des bouteilles plastiques d’ici 2030 (loi AGEC).
- Les fruits et légumes bio emballés dans 91 % des magasins de distribution classique
Sur cinq fruits et légumes courants observés, ils sont emballés dans 60 % des cas en GMS. Cette part monte à 91 % pour les produits bio, dont la moitié sous plastique. Alors que dans les magasins bio, à l’inverse le taux de 90 % concerne la vente en vrac de ces mêmes produits. Par ailleurs, près d’un supermarché sur deux propose désormais des légumes prédécoupés sous plastique, une tendance émergente particulièrement néfaste.
- Le vrac en net recul (-19 points)
La part des magasins de GMS classique disposant d’un rayon vrac est passée de 57 % en 2023 à 38 % en 2026, soit un recul de 19 points. Le nombre moyen de références en vrac a chuté de 56 à 44. Les magasins bio maintiennent à l’inverse une offre solide, avec 129 références en moyenne et un record à 150 chez Biocoop.
- Le réemploi des emballages reste embryonnaire
Selon les enseignes, entre 0 % et 10 % des magasins de GMS participent à un programme de réemploi. Coopérative U indique un taux de 0,9 % d’emballages réemployés. Carrefour, déclare le plus grand nombre de produits réemployables (90). Rapportés à l’assortiment global des enseignes de GMS (soit des dizaines de milliers de références), ces volumes restent cependant faibles.
- Des archétypes de plastiques inutiles trop présents (suremballage, unidoses, snacking, légumes prêts à l’emploi…)
Ces produits sont souvent plus chers au litre (ou au kilo). De plus, ils entretiennent le modèle du jetable, de l’usage unique et une « économie de la flemme » contraire à une politique de réduction des déchets. Or, certaines offres récentes sont en forte croissance (masques de beauté unidoses et « fraîche découpe » notamment).
L’objectif de réduction de 20 % d’emballages plastique n’est pas atteint
Le questionnaire adressé aux distributeurs a donné lieu à des réponses souvent partielles, voire inexistantes pour certains acteurs majeurs (E.Leclerc, Lidl, Groupe Casino, Aldi). Les réponses reçues montrent une priorité donnée au recyclage et des actions de réduction qui font l’impasse sur les rayons à l’empreinte plastique la plus élevée (eaux, boissons, alimentaire, épicerie). Résultat : la réduction de 20 % des emballages en plastique prévue dans le décret 3R précédent n’est pas atteinte. Alors que l’entrée en vigueur du règlement européen sur les emballages (PPWR) et la définition d’une nouvelle stratégie 3R font de 2026 un tournant, la grande distribution, qui met sur le marché environ 35 % des emballages alimentaires via ses marques propres, doit agir avec plus d’ambition.
Nos demandes
Face à ce constat, Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea demandent notamment :
Aux distributeurs :
- Formuler et piloter une stratégie de réduction des plastiques à usage unique, chiffrée et datée, permettant l’atteinte des objectifs de la loi AGEC, en collectif et par enseigne, incluant :
- Un plan de sortie du plastique à usage unique en 2040 ;
- Un plan de réduction de moitié des bouteilles plastiques d’ici 2030 ;
- Un plan de réduction des déchets d’emballages tous matériaux conforme à PPWR (-15 % en 2040 par rapport à 2018).
- D’abandonner les pratiques les plus aberrantes (emballage des fruits et légumes, fraîche découpe sous plastique, mini-formats de bouteilles, espace vide ou encore masques à usage unique) et de s’engager avec ambition dans le développement de l’offre de vrac et de réemploi.
- Prioriser les actions de réduction et de réemploi pour les rayons générant les volumes de plastique les plus importants :
- Eaux et boissons (environ 40 % des emballages en plastique à usage unique) ;
- Alimentaire frais, transformé, surgelé et épicerie (environ 35 % des emballages en plastique à usage unique).
Au gouvernement et aux parlementaires :
- Sanctuariser les objectifs de réduction et de réemploi de la loi AGEC et maintenir l’objectif de 10 % d’emballages réemployés en 2027 dans la transposition du PPWR ;
- Assurer une opérationnalisation chiffrée et datée des objectifs de la loi AGEC et de PPWR dans la future Stratégie 3R ;
- Soutenir les plans de réduction des bouteilles en plastique via une plus grande protection et une promotion de la qualité de l’eau du robinet.
Aux éco-organismes :
- Mettre en œuvre des plans de réduction de mise sur le marché d’emballages, en particulier via le développement du réemploi ;
- Fixer des montants d’éco-modulation incitant à la réduction et au réemploi des emballages ;
- Communiquer massivement sur les modes de consommation plus sobres.
À propos de l’étude
Enquête réalisée par les bénévoles du réseau Que Choisir Ensemble, via son Observatoire de la Consommation, en partenariat avec No Plastic In My Sea.
Les relevés ont été effectués dans 1 659 magasins, entre le 7 et le 21 février 2026.
11 enseignes de distribution alimentaire ont été étudiées : E.Leclerc, Lidl, Intermarché, Carrefour, Aldi, Système U, Biocoop, Auchan, La Vie Claire, Monoprix, Naturalia.