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Crèmes solaires et antimoustiquesPourquoi les deux protections ne font pas bon ménage

FM

par Fabienne Maleysson

Se protéger du soleil et des insectes, deux gestes habituels pendant les mois d’été. Malheureusement, crèmes solaires et antimoustiques peuvent se nuire mutuellement. Explications.​​​​​​

L’essentiel

  • Appliquer du répulsif anti-insectes en même temps que de la crème solaire pourrait compromettre l’efficacité de celle-ci.
  • Pour que la protection anti-UV soit maintenue, certains fabricants de produits antimoustiques conseillent d’attendre 20 minutes avant d’appliquer ceux-ci.
  • Cette durée ne s’appuie sur aucune donnée probante.

« En cas d’application d’une protection solaire, attendre 20 minutes avant d’appliquer le répulsif. » Cette mention, ou une phrase équivalente, figure sur les emballages des produits Insect Écran, Marie Rose et Cinq sur Cinq de notre test de produits antimoustiques de cette année. La raison de ce délai ? Elle n’est pas précisée. Et les réponses des fabricants que nous avons interrogés ne sont pas vraiment éclairantes.

« Les actifs répulsifs à moustiques doivent se diffuser dans l’air pour être efficaces. Un produit solaire contient généralement des agents gras et résistants à l’eau. Appliquer un produit solaire en second, par-dessus un répulsif, limiterait la diffusion des actifs de celui-ci et réduirait l’efficacité du produit », avance-t-on chez Juvasanté, qui produit les références Marie Rose. Si le raisonnement ne semble pas illogique, il ne démontre pas l’intérêt des 20 minutes d’attente. Et une responsable de Bausch (qui commercialise Cinq sur Cinq) donne une tout autre explication, indiquant qu’il s’agit de « laisser le temps à la crème solaire d’agir ».

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Crèmes solaires

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L’ordre d’application et le délai d’attente sont en effet plutôt justifiés par le risque d’inefficacité de la crème solaire au cas où un répulsif serait utilisé de façon concomitante. Dès 1997, des chercheurs ont montré qu’appliquer un produit contenant du DEET, l’un des actifs anti-insectes les plus courants et les plus efficaces, 15 min après le produit solaire faisait baisser l’indice de protection anti-UVB de plus de 40 %. Ils ont donc testé d’autres délais. Même en attendant 1 h 45 avant d’étaler le répulsif, la baisse du SPF (facteur de protection solaire) était toujours de près de 30 %.

Mode d’emploi de la marque Insect Écran, précisant le délai recommandé entre les 2 protections.

« Ce constat n’est pas surprenant », écrivaient alors les scientifiques, expliquant que le DEET est un solvant qui peut agir sur la couche protectrice formée par la crème solaire. Plus récemment, une étude française menée à l’aide de biopsies de peau a confirmé la baisse de protection solaire avec un autre actif insectifuge : l’IR3535.

Pas de données scientifiques

Crèmes solaires et répulsifs ne font donc pas bon ménage. Une question demeure : pourquoi recommander d’attendre 20 min entre les deux applications ? Quelles sont les données scientifiques qui viennent à l’appui de ce conseil ? Il semble, en réalité, qu’il n’en existe pas. Ce délai fait partie des Recommandations sanitaires aux voyageurs, document publié par le ministère de la Santé. Mais le coordonnateur scientifique de la publication n’a pas répondu à nos questions.

L’avis en direction des voyageurs publié au Canada n’est, lui, pas vraiment catégorique, soulignant que le risque d’interaction « pourrait » diminuer avec le temps et qu’il convient donc de respecter un délai « par exemple d’un quart d’heure » !

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Répulsifs antimoustiques

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Chez L’Oréal, à la tête de nombreuses marques de produits solaires (Garnier, Mixa, La Roche Posay, Vichy, Biotherm), on avance une explication empirique : « Si ce délai n'est pas étayé, à notre connaissance, par des études cliniques mesurant le maintien du SPF sur un large panel de formules, il repose vraisemblablement sur le temps nécessaire aux solvants volatils de la crème solaire de s'évaporer et au film protecteur de bien se former sur la peau, limitant ainsi le risque d'interaction physique au moment de l'application du répulsif. » Mais l’industriel présume aussi que « l'impact éventuel d'un répulsif dépendra de la formulation globale et de la galénique du produit solaire » . Des suppositions, donc, mais rien de prouvé. Ni de testé.

Problème supplémentaire : le rythme d’application diffère entre les deux types de produits. Une crème solaire est censée être appliquée toutes les 2 h, un répulsif peut, notre test le montre, éloigner moustiques ou tiques pendant 9 ou 10 h. Si on le recouvre d’un écran solaire, son action risque d’être compromise. En même temps, on n’est pas supposé s’en tartiner à tout bout de champ, ses actifs n’étant pas toujours anodins. Décidément, donner la priorité à l’ombre et aux vêtements couvrants sur l’application de produit solaire se justifie plus que jamais.

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