Obésité infantile et publicités télévisées

Bilan 2006-2007

Publié le : 18/09/2007 

Préoccupés par l'influence sur les comportements alimentaires des publicités pour des produits trop énergétiques, de nombreux experts français et européens ont demandé la mise en place de mesures spécifiques lors des programmes pour enfants. L'Inserm (1) en 2000, l'Afssa (2) en 2004, le PNNS (3) en 2006 et enfin les experts européens de la FAO et de l'OMS (4) en novembre dernier, ont tous demandé aux pouvoirs publics de recourir à une mesure d'interdiction réglementaire. Mais malgré ces recommandations, il n'existe à ce jour aucune limitation en France, à la diffusion des publicités portant sur des produits les plus gras ou les plus sucrés lors des programmes pour enfants.

Pourtant, deux études récentes ont démontré l'influence néfaste de ces messages publicitaires sur l'alimentation infantile. En 2003, la revue bibliographique (5) réalisée pour l'agence anglaise de sécurité des aliments, établissait que la publicité a une influence sur les préférences, le comportement d'achat et la consommation des enfants. L'année dernière, l'UFC-Que Choisir mesurait cette influence, en interrogeant 704 parents et enfants et révélait que les 30 % d'enfants les plus exposés à la publicité, sont également ceux qui exercent le plus de pression sur leurs parents pour l'achat des produits alimentaires et ceux qui consomment les aliments les plus gras et les plus sucrés (6).

Depuis la parution de cette dernière étude, certains professionnels ont réitéré ou formulé de nouveaux engagements dans le domaine de la protection des enfants et à ce titre se sont retirés des écrans publicitaires qui leur sont consacrés. Par l'intermédiaire de son président, l'Association Nationale des Industries Agro-alimentaires (ANIA) a également reconnu la nécessité de prendre des mesures dans le cadre des programmes pour enfants. Alors que notre étude de 2006 montrait que 89 % des spots portaient sur des produits sucrés ou gras, il nous a semblé nécessaire de vérifier, un an après, si une évolution s'était produite sur les écrans. A cet effet, nous avons réactualisé, tout en gardant la même méthodologie, la partie de notre enquête précédente consacrée au contenu des publicités diffusées lors des programmes pour enfants.

I- La progression alarmante de l'obésité en France. Cliquez ici.

II- L'échec des alternatives à l'interdiction des publicités pour les produits déséquilibrés. Cliquez ici.

III- Un an après, rien n'a changé sur les écrans. Cliquez ici.

IV- Les conditions de la mise en ?uvre d'un cadre réglementaire. Cliquez ici.

I- La progression alarmante de l'obésité en France

L'obésité est désormais un véritable problème de santé publique en France : 12,4 % des adultes (7) sont obèses (8), auxquels s'ajoutent 29,2 % de personnes en surpoids. Ce sont donc au total 41 % des français adultes qui sont en surcharge pondérale. Cette pandémie n'épargne pas les enfants qui sont 12 % à être obèses, soit 1,5 million d'enfants.

L'obésité connaît aujourd'hui, avec une croissance annuelle de 5,7 %, une progression comparable à celle observée sur le continent nord-américain il y a trente ans. Cela signifie qu'en l'absence de mesures correctives, la France pourrait se retrouver dans la situation des Etats-Unis qui comptent actuellement 30,6 % d'adultes obèses.

Au-delà de l'image corporelle, l'obésité a des conséquences graves sur la santé : élévation des graisses dans le sang entraînant de nombreux problèmes cardiovasculaires, insuffisances respiratoires, diabètes de type II, augmentation de la pression artérielle ... Pour certaines de ces affections, on a pu quantifier l'augmentation des risques pour la santé. La probabilité d'attaque cérébrale est multipliée par deux dans le cas d'un indice de masse corporel (IMC) supérieur à 30. On calcule également que pour une obésité importante (IMC supérieur à 40), l'espérance de vie est réduite de 10 ans (9).

Les causes de l'obésité sont indéniablement multiples, à telle enseigne que les experts sont dans l'incapacité de chiffrer la contribution de chacun des facteurs identifiés : dépense physique insuffisante du fait de la sédentarité, facteurs génétiques ou culturels, etc ... mais l'alimentation tient sans aucun doute un rôle prépondérant. Or, la publicité télévisée diffusée pendant les programmes pour enfants participe à la construction de l'univers alimentaire des enfants, c'est à ce titre que nous avons étudié son influence sur la formation des préférences et des comportements des enfants en matière d'alimentation.

II- L'échec des alternatives à l'interdiction des publicités pour les produits déséquilibrés

Restant sourds aux recommandations des experts, les pouvoirs publics français n'ont jusqu'à présent mis aucune limitation aux publicités alimentaires destinées aux enfants.

Le système français d'encadrement des publicités repose par conséquent exclusivement sur l'autorégulation et comprend :

- des engagements volontaires de quelques rares fabricants,

- une seule initiative engageant l'ensemble d'une filière agro-alimentaire (chocolat),

- et la vérification des publicités télévisées préalablement à leur diffusion, exercée par le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP).

1 - Les maigres engagements de l'industrie agro-alimentaire

Certains acteurs des filières agro-alimentaires ont récemment pris l'engagement volontaire de se retirer des écrans publicitaires enfants. Ces initiatives ont tout d'abord l'intérêt de démontrer la faisabilité économique pour un opérateur ou une profession d'arrêter la diffusion de leurs publicités pendant ces programmes et démentent l'assertion selon laquelle l'arrêt de ces publicités causerait un dommage aux filières concernées.

a- Quelques rares fabricants

Trois groupes agro-alimentaires ont récemment communiqué dans les médias sur leurs engagements dans le domaine de la publicité à destination des enfants :

- McDonald's France s'est engagé à arrêter la publicité sur les menus enfants (« Happy Meal ») dans les grilles de programmes télévisés spécifiquement destinés aux enfants.

- Ferrero France s'est engagé à ne pas communiquer dans les écrans publicitaires des émissions de télévision lorsque les enfants de moins de 10 ans représentent plus de 25% de l'audience totale.

- Coca-Cola France, s'est engagé à ne pas faire de publicité télévisée dans les programmes télévisés spécifiquement destinés aux moins de 12 ans.

La première observation est que si ces engagements constituent des initiatives indéniablement positives, ils restent malgré tout trop rares pour faire baisser de manière perceptible la pression publicitaire lors des programmes pour enfants. En effet, l'impact d'une mesure prise par seulement trois groupes agro-alimentaires reste négligeable au regard de la pression publicitaire que continue à exercer la cinquantaine d'entreprises que nous avons recensées dans les programmes enfants, pendant les deux semaines consécutives de notre étude.

On notera par ailleurs les différences dans la nature des engagements présentés par les trois entreprises. Dans le cas de Mc Donald's et Coca-Cola, les engagements ne portent que sur les programmes spécifiquement destinés aux enfants, alors que ceux-ci regardent la télévision bien évidemment en dehors des programmes qui leur sont spécifiquement destinés. A ce titre, les restrictions à la diffusion des publicités proposées par Ferrero-France sont les plus protectrices pour les enfants de moins de 10 ans. En revanche, la classe d'âge qui bénéficie de cette protection est plus réduite chez Ferrero (jusqu'à 10 ans) que chez Coca-Cola qui étend la mesure aux programmes destinés aux moins de 12 ans.

b - Un seul syndicat professionnel

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En juillet 2007, le syndicat professionnel représentant la filière du chocolat s'est engagé, ainsi que l'ensemble de ses adhérents, à ne pas faire de publicité télévisée durant les créneaux horaires spécifiquement dédiés aux enfants.

Il s'agit d'une mesure tout à fait positive, mais qui là encore ne permet pas de résoudre le problème de l'intensité de la pression marketing exercée sur les enfants par les autres filières. Ainsi, l'étude publiée par l'UFC-Que Choisir en septembre 2006, montrait que les deux premières catégories d'aliments relevées dans les publicités pour les enfants étaient les produits laitiers et les céréales du petit déjeuner. A elles seules, ces deux filières représentaient 60 % des spots portant sur les produits trop sucrés ou trop gras. Or, à ce jour, aucune entreprise et aucun syndicat professionnel de ces secteurs n'ont annoncé de limitation sur les publicités pour leurs produits les plus gras ou sucrés.

2 - L'absence de filtre nutritionnel au niveau du BVP

En ce qui concerne le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP), il est important de rappeler que celui-ci n'est pas un organisme officiel, mais une association composée exclusivement de professionnels (agences de publicité, professionnels annonceurs, média et syndicats professionnels) se donnant comme objectif d'autoréguler la publicité par le biais des codes de bonne conduite qu'il édicte.

Depuis quelques années, le BVP a mis en place des lignes directrices sur la présentation des produits alimentaires destinés aux enfants (10) . L'UFC-Que Choisir a publié, en février 2007, une étude ayant pour but de vérifier de manière concrète l'impact de ces lignes directrices en termes de protection des enfants.

Ses résultats montrent que le BVP fait l'impasse sur le coeur du problème et ne définit aucun critère nutritionnel sur le type de produit alimentaire pouvant être diffusé lors des écrans enfants. Par conséquent, il autorise la diffusion des publicités portant sur les produits les plus déséquilibrés. A ce titre, l'étude publiée par l'UFC-Que Choisir en septembre 2006, montrait que les publicités diffusées pendant les programmes pour enfants, après validation par le BVP, portaient pour 89 % d'entre elles sur des produits trop riches en sucre ou en matières grasses !

3 - Les messages sanitaires : une mesure inadaptée à la protection des enfants

Les messages sanitaires issus de la loi de santé publique d'août 2004 et mis en oeuvre en février 2007, constituent la seule mesure réglementaire en relation avec les publicités pour les produits alimentaires. Par nature, elle ne peut répondre aux demandes des experts pour protéger les enfants de l'influence des publicités pour les produits riches en sucre ou en matières grasses, puisqu'elle ne met en place aucune limitation à leur diffusion.

L'UFC-Que Choisir a d'ailleurs démontré son inefficacité, en publiant en février 2007 une étude réalisée auprès de 352 enfants. Ce sondage montre que la forme choisie pour le message ne permet pas aux enfants de le repérer, ni de le lire facilement : ainsi près d'un enfant sur deux, en âge de lire, ne le voit pas et un tiers éprouve des difficultés à le lire compte tenu de la vitesse de défilement ou de la petite taille des caractères.

Mais c'est la compréhension et l'application pratique de ce message qui posent le plus de problèmes. Compte tenu de sa formulation très générale, ce message sanitaire n'offre aucun moyen pratique aux jeunes consommateurs pour identifier l'intérêt ou l'absence d'intérêt nutritionnel des produits alimentaires. De fait, 91 % des consommateurs que nous avons interrogés sont dans l'incapacité de juger correctement de la valeur nutritionnelle des céréales présentées dans le spot publicitaire que nous avons testé. Ce message n'assure donc pas son rôle d'alerte. On ne peut donc en aucun cas considérer le message sanitaire comme une mesure de protection des enfants vis-à-vis des publicités télévisées.

III- Un an après, rien n'a changé sur les écrans

Un an après notre première enquête sur les publicités pour les enfants, nous avons voulu vérifier l'évolution quant à l'intérêt nutritionnel des produits promus par ces publicités. En effet, les engagements de certains professionnels, ainsi que les mesures de protection évoquées à plusieurs reprises par le Président de l'Ania (Association Nationale des Industries Agro-Alimentaires) pouvaient laisser supposer une amélioration sur ce point.

1 - Rappels méthodologiques

Afin de pouvoir comparer l'évolution des programmes dans le temps, nous avons repris à l'identique la méthodologie de notre étude de septembre 2006 :

- Chaînes étudiées : les programmes télévisés consacrés aux enfants ont été enregistrés sur quatre chaînes nationales (TF1, France 3, France 5 et M6), ainsi que sur une chaîne thématique du câble consacrée aux enfants (Canal J). Les programmes choisis concernent essentiellement des programmes pour jeunes enfants : dessins animés, ainsi que quelques émissions développées spécifiquement pour les jeunes enfants. Mais nous avons également souhaité enregistrer quelques programmes consacrés aux adolescents et pré-adolescents, puisque ceux-ci constituent également la cible de notre observation.

- Périodes et horaires d'enregistrement : les enregistrements ont été réalisés pendant deux semaines au début du mois de juin 2007, avec pour chaque semaine : un jour travaillé, un samedi et un dimanche.

Pour les jours de la semaine, les horaires d'enregistrement comprenaient une plage horaire du matin avant le départ pour l'école, une à midi et une dernière en fin d'après-midi.

Pour les samedis, les enregistrements portaient sur la matinée et le début d'après-midi.

Pour les dimanches, ont été sélectionnés les programmes du matin, de l'après-midi et de début de soirée.

Critères nutritionnels : nous aurions pu établir la frontière entre les produits ayant un intérêt nutritionnel et ceux qui n'en n'ont pas, en fonction de la quantité de sucre, de matières grasses ou de sel apportée par une portion de produit. Ainsi, une barre chocolatée ou une canette de soda, du fait de leur forte densité énergétique, apportent beaucoup plus de sucre qu'un bol de céréales sucrées du petit déjeuner.

Mais en réalité, les apports dans notre alimentation dépendent au moins autant de la densité énergétique et des tailles de portions, que des pratiques alimentaires individuelles, notamment du fait des fréquences de consommation pour tel ou tel aliment. Ainsi, un yaourt sucré standard apporte relativement peu de sucre, par rapport aux exemples déjà cités des sodas ou des barres chocolatées, mais la consommation excessive et régulière d'un tel produit contribuera tout aussi sûrement à un apport excessif de sucre, alors qu'il existe un large choix de yaourts sans sucre. Ceci explique qu'il existe dans la plupart des familles d'aliments transformés, une proportion variable de produits contribuant aux consommations excessives des nutriments défavorables. Ceci est encore plus vrai dans les gammes de produits développées spécifiquement pour les enfants, car les produits qui les composent sont notablement plus sucrés que ceux développés pour les adultes.

C'est pourquoi, nous avons considéré que cette ligne de partage entre produits avec et sans intérêt nutritionnel traverse un grand nombre de familles d'aliments transformés. Pour déterminer cette ligne de partage, nous avons isolé la fraction de chaque famille de produits qui est la plus riche en l'un de ces trois nutriments : matières grasses, sucre et/ou sel.

D'autres familles de produits alimentaires n'apportent en revanche aucun nutriment intéressant du point de vue nutritionnel (fibres, minéraux ou vitamines naturellement présents), leur consommation n'est donc pas nécessaire pour assurer un bon équilibre nutritionnel. Dans ce cas de figure, nous avons considéré que l'intégralité de la catégorie d'aliments devait être exclue des aliments ayant un intérêt nutritionnel.

Concrètement, nous avons considéré que seuls les produits suivants ont un intérêt nutritionnel :

- Les fruits et les légumes.

- Les produits laitiers contenant moins de 6 % de sucres ajoutés et moins de 30 % de matières grasses (sur le poids total).

Critères nutritionnels : nous aurions pu établir la frontière entre les produits ayant un intérêt nutritionnel et ceux qui n'en n'ont pas, en fonction de la quantité de sucre, de matières grasses ou de sel apportée par une portion de produit. Ainsi, une barre chocolatée ou une canette de soda, du fait de leur forte densité énergétique, apportent beaucoup plus de sucre qu'un bol de céréales sucrées du petit déjeuner.

Mais en réalité, les apports dans notre alimentation dépendent au moins autant de la densité énergétique et des tailles de portions, que des pratiques alimentaires individuelles, notamment du fait des fréquences de consommation pour tel ou tel aliment. Ainsi, un yaourt sucré standard apporte relativement peu de sucre, par rapport aux exemples déjà cités des sodas ou des barres chocolatées, mais la consommation excessive et régulière d'un tel produit contribuera tout aussi sûrement à un apport excessif de sucre, alors qu'il existe un large choix de yaourts sans sucre. Ceci explique qu'il existe dans la plupart des familles d'aliments transformés, une proportion variable de produits contribuant aux consommations excessives des nutriments défavorables. Ceci est encore plus vrai dans les gammes de produits développées spécifiquement pour les enfants, car les produits qui les composent sont notablement plus sucrés que ceux développés pour les adultes.

C'est pourquoi, nous avons considéré que cette ligne de partage entre produits avec et sans intérêt nutritionnel traverse un grand nombre de familles d'aliments transformés. Pour déterminer cette ligne de partage, nous avons isolé la fraction de chaque famille de produits qui est la plus riche en l'un de ces trois nutriments : matières grasses, sucre et/ou sel.

D'autres familles de produits alimentaires n'apportent en revanche aucun nutriment intéressant du point de vue nutritionnel (fibres, minéraux ou vitamines naturellement présents), leur consommation n'est donc pas nécessaire pour assurer un bon équilibre nutritionnel. Dans ce cas de figure, nous avons considéré que l'intégralité de la catégorie d'aliments devait être exclue des aliments ayant un intérêt nutritionnel.

Concrètement, nous avons considéré que seuls les produits suivants ont un intérêt nutritionnel :

- Les fruits et les légumes.

- Les produits laitiers contenant moins de 6 % de sucres ajoutés et moins de 30 % de matières grasses (sur le poids total).

- Les céréales du petit déjeuner ayant moins de 33 % de sucres et moins de 10 % de matières grasses.

- L'ensemble de la catégorie des biscuits (par commodité).

- Les boissons sans sucre ajouté (eaux, jus de fruits ...).

Nous n'avons pas retenu en revanche :

- Les autres produits laitiers et céréaliers.

- Les glaces du fait de leur forte teneur en sucre et parfois en matières grasses.

- Les gâteaux du fait de leur teneur en sucre élevée.

- La restauration rapide dont le menu « type » est très éloigné des recommandations nutritionnelles.

- Les boissons sucrées.

- Les chips et les confiseries.

2 - Des produits gras et sucrés jusqu'à l'indigestion

Au cours de l'ensemble des programmes enregistrés, nous avons comptabilisé 846 spots publicitaires portant sur tous types de produits, alimentaires ou non (Nota : ces chiffres sont donnés en additionnant les diffusions successives d'une même publicité). Nous avons relevé 384 passages de publicités portant spécifiquement sur des produits alimentaires, ce qui représente 45 % du total des diffusions de spots.

La comparaison des deux graphiques 2006 et 2007 montre tout d'abord qu'il n'y a aucun changement notable dans la proportion de produits déséquilibrés mis en avant dans les publicités pour enfants. Celles-ci représentent toujours l'écrasante majorité, avec 87 % des spots diffusés cette année, contre 89 % un an plus tôt.

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Les deux premières catégories de produits alimentaires les plus représentées restent :

- Les produits laitiers avec les desserts sucrés (yaourts sucrés, crèmes desserts) et les fromages (en particulier des fondus particulièrement gras).

- Les céréales du petit déjeuner sucrées ou fourrées au chocolat.

Dans la réactualisation de l'étude réalisée en 2007, les glaces représentent la 3e catégorie la plus représentée dans les spots publicitaires, compte tenu des dates d'enregistrement réalisées en juin (alors que les publicités avaient été enregistrées en mai pour la première étude de 2006).

Quant aux produits ayant un intérêt nutritionnel, on remarque tout d'abord leur faible représentation.

Lorsqu'on analyse les 10 groupes ou entreprises agro-alimentaires les plus représentés dans les catégories de produits gras ou sucrés, on trouve par ordre d'importance :

- Le groupe Nestlé, notamment du fait des nombreux spots portant sur des glaces.

- Yoplait du fait des yaourts sucrés.

- Kellogg's du fait des céréales du petit déjeuner pour enfant, dont la plupart ont une teneur en sucre supérieure à 33 % de sucres.

- Le groupe Bel (du fait des fromages fondus dont la teneur en matière grasse est de l'ordre de 70 % de matières grasses.

- Mr Freeze (une marque de glaces).

- Danone, du fait des yaourts et fromages blancs sucrés.

- Chupa-Chups.

- L'entreprise Lester (crêpes fourrées au chocolat).

- Mc Donald's (restauration rapide).

- Le groupe Schweppes-Orangina.

Ainsi, malgré les engagements de certains professionnels, malgré l'engagement d'une filière alimentaire et malgré les lignes directrices du BVP, le dispositif volontaire élaboré par les professionnels est incapable de protéger les enfants de l'influence des publicités pour les produits les plus sucrés ou les plus gras. Un an après notre première enquête, rien n'a changé sur les écrans. Le harcèlement alimentaire à destination des enfants est toujours aussi intense, compte tenu du nombre de publicités diffusées, et toujours aussi déséquilibré.

IV- Les conditions de la mise en ?uvre d'un cadre réglementaire

1 - Des initiatives majeures hors de France

a - Exemples de dispositifs d'encadrement portant sur l'ensemble des produits de consommation.

Reconnaissant l'incapacité des enfants et la nécessité de les protéger du fait de leur inexpérience, de nombreux pays étrangers ont déjà pris des mesures visant l'ensemble des publicités (produits alimentaires et non-alimentaires). Ainsi au Québec, toute publicité ciblant les enfants est interdite et ce depuis 1978. En Suède, la publicité est interdite spécifiquement pendant les plages horaires réservées aux enfants. Au Luxembourg et en Belgique : la publicité est interdite 5 minutes avant et après les programmes pour enfants. En Italie, les dessins animés ne peuvent être interrompus par des publicités.

Des voix se sont élevées pour contester le bien fondé de ces mesures, puisque dans certains pays, leur mise en place n'a pas permis d'enrayer la progression de l'obésité. On cite généralement le cas du Québec et de la Suède. Il faut tout d'abord noter que dans ces deux pays, la population est couramment bilingue et anglophone et que les programmes télévisés en langue anglaise sont regardés depuis de nombreuses années, alors qu'ils n'étaient pas soumis aux mêmes restrictions.

Par ailleurs, compte tenu du caractère multifactoriel de l'obésité, il serait illusoire d'attendre d'une mesure isolée, un impact immédiat et mesurable sur l'obésité. Il est par conséquent évident qu'une telle mesure de restriction des publicités, ne peut être pleinement efficace que si elle s'inscrit dans le cadre d'une politique globale de prévention de l'obésité touchant à l'ensemble des facteurs identifiés.

b - En Grande-Bretagne, un encadrement spécifique des publicités pour les produits alimentaires.

Depuis le 1er avril 2007, la Grande-Bretagne interdit la publicité pour les aliments très riches en matières grasses ou en sucre avant, pendant et après les émissions destinées aux enfants de 4 à 9 ans. Cette mesure, mise en place à la demande du ministère de la santé britannique, repose sur les profils nutritionnels développés par la Food Standard Agency (agence anglaise des aliments). Cet outil scientifique permet de classer les produits alimentaires en plusieurs catégories selon leur intérêt nutritionnel, sur la base des teneurs en matières grasses, sucres, fibres, etc .... A partir de janvier 2008, ces règles seront étendues aux émissions destinées aux enfants de 9 à 15 ans.

2 - Les propositions de l'UFC-Que Choisir

L'UFC-Que Choisir formule plusieurs propositions pour limiter l'influence sur les comportements alimentaires des enfants, des publicités pour les aliments gras et sucrés :

- Des mesures de protection réglementaires

L'incapacité des professionnels à établir des règles suffisamment exigeantes en matière de comportements alimentaires, démontre qu'il est nécessaire de recourir à d'autres moyens que l'autorégulation pour appliquer les principes de prévention de l'obésité infantile à la publicité télévisée. En outre, dans le cas où l'annonceur serait attaqué en justice sur la base de non-conformité à des règles d'autodiscipline, celles-ci n'ayant pas de statut juridique légal, elles seraient le plus souvent insuffisantes pour faire condamner le professionnel et donc pour constituer une incitation suffisamment forte pour faire respecter cette autodiscipline. Il apparaît donc que seul un texte réglementaire, d'application obligatoire, est à la hauteur de l'enjeu sanitaire que constitue le développement de l'obésité.

- Une définition des programmes pour enfants

Trois des quatre engagements volontaires présentés par les professionnels portent sur une définition si restrictive des « programmes pour enfants », qu'elle se réduit pratiquement aux dessins animés. Pourtant, 71% du temps que les enfants passent devant la télévision, l'est en dehors des programmes qui leur sont spécifiquement destinés. Cette notion doit donc être définie, non pas selon le contenu des programmes diffusés, mais en fonction de la composition du public pour la tranche horaire concernée. Ces informations peuvent être connues de manière très précise, à partir des données de médiamétrie. Une définition plus exacte des «programmes visionnés par les enfants» devrait comprendre les tranches horaires pour lesquelles une majorité du public est constituée d'enfants sans la présence d'adultes à leurs côtés.

- L'utilisation des profils nutritionnels

L'application de l'encadrement proposé ne doit pas donner lieu à contestation, ni écarter des aliments pouvant avoir de réels intérêts nutritionnels. C'est pourquoi il est indispensable d'utiliser un outil d'appréciation de la qualité nutritionnelle, développé par des scientifiques indépendants. L'Agence Française de Sécurité des Aliments (Afssa) et l'Agence Européenne de Sécurité des Aliments (Aesa) travaillent actuellement à la mise au point de profils nutritionnels qui autoriseront la mise en oeuvre du règlement européen sur les allégations nutritionnelles et de santé (11). Le même outil doit également permettre de déterminer les produits ayant des teneurs particulièrement élevées en sucre, en sel ou en matière grasses et qui, de ce fait, ne devraient pas bénéficier d'une promotion publicitaire dans le cadre des programmes pour enfants.

CONCLUSION

Alors que l'influence néfaste des publicités télévisées sur l'alimentation des enfants est prouvée, alors que les experts de l'Inserm, de l'Afssa, de la FAO et de l'OMS demandent unanimement l'interdiction de ces publicités lors des programmes pour enfants, les pouvoirs publics français se refusent encore à prendre des mesures réglementaires.

Pourtant, l'échec des alternatives à l'interdiction est patent. En ce qui concerne les engagements volontaires, seulement trois entreprises ont décidé de se retirer des écrans publicitaires enfants. Au niveau des filières, un seul syndicat professionnel a décidé d'arrêter la publicité dans ces créneaux. Or, ces sociétés représentent trop peu de produits alimentaires pour peser de manière significative dans le contenu des tunnels publicitaires enfants. Quant au BVP, il n'effectue aucune vérification sur la qualité nutritionnelle des produits, lorsqu'il valide un spot publicitaire. De fait, un an après notre étude publiée en 2006, rien n'a changé sur les écrans. Les aliments gras et sucrés représentent toujours l'écrasante majorité des produits promus, démontrant par leur présence envahissante, l'incapacité totale de l'autorégulation à protéger les enfants.

Quant aux mesures réglementaires, la seule qui a été mise en oeuvre en France concerne les messages sanitaires dont l'inefficacité a été révélée lors d'une précédente étude de l'UFC-Que Choisir. Pourtant d'autres pays ont démontré la faisabilité d'un cadre réglementaire véritablement protecteur. Depuis avril, la Grande-Bretagne interdit les publicités pour les produits les plus riches pendant les émissions destinées aux jeunes enfants et compte encore élargir cette mesure à d'autres classes d'âges. Il est grand temps que les pouvoirs publics français honorent les engagements qu'ils ont signés en novembre dernier dans le cadre de la charte européenne de la FAO et de l'OMS sur la prévention de l'obésité infantile(12) et mettent en place des mesures réglementaires à la hauteur de l'enjeu sanitaire que constitue l'obésité infantile.

Les demandes de l'UFC-Que Choisir pour une Loi de prévention de l'obésité infantile

Pour juguler le marketing à destination des enfants

- Interdire les publicités télévisées pour les produits déséquilibrés : lors des programmes visionnés par les enfants (notion devant inclure les tranches horaires où une majorité d'enfants regarde la télévision en l'absence de leurs parents), les produits concernés devant être définis sur la base des profils nutritionnels développés par l'Afssa et l'Aesa.

- Encadrer la présentation en rayon des produits alimentaires : en interdisant les produits de confiseries au niveau des caisses et en tête de gondoles.

Pour dynamiser la consommation des produits équilibrés

- Instaurer une TVA sociétale alimentaire : pour inciter à consommer plus de fruits et légumes en leur appliquant un taux de TVA réduit de 2,1 %. Pour inciter à limiter la consommation des produits les plus riches, le taux de TVA normal de 19,6 % serait appliqué aux produits riches en matières grasses, sucre ou sel.

- Relancer la consommation de fruits et de légumes : en soutenant la recherche publique et les transferts technologiques en faveur de la filière des fruits et légumes, et en conférant aux publicités pour ces produits le statut d'intérêt général (réduction de 50% du coût d'achat d'espaces).

- Développer des produits moins gras et moins sucrés : en accordant des soutiens technologiques aux efforts des PME (Petites et Moyennes Entreprises) conformes aux axes prioritaires du PNNS.

- Apprendre au public les repères du PNNS (Programme National Nutrition Santé) : en exonérant l'INPES (Institut national de Prévention et d'Education Sanitaire) du prix d'achat d'espace publicitaire.

Pour une restauration scolaire de qualité... nutritionnelle

- Des critères nutritionnels obligatoires : en donnant par la loi un caractère obligatoire aux recommandations nutritionnelles de la circulaire de l'Education nationale du 25 juin 2001 sur la restauration scolaire.

Des moyens matériels et humains supplémentaires :

- Des budgets décents pour les cantines : devant être définis sous la responsabilité de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa).

- Du personnel formé à l'achat des aliments : en créant une fonction spécifique dédiée à l'achat des produits alimentaires.

- Assurer la présence de professionnels de la nutrition dans les établissements.

(1) « Expertise collective sur le dépistage et la prévention de l'obésité chez l'enfant » de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) - Juin 2000. (2) Communiqué de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (Afssa) sur l'influence des publicités télévisées - Juillet 2004. (3) « Eléments de bilan du Programme National Nutrition Santé (PNNS) 2001-2005 et propositions de nouvelles stratégies pour le PNNS2 (2006-2008) - Pour une grande mobilisation nationale de tous les acteurs pour la promotion de la nutrition en France » - Février 2006. (4) Charte européenne sur la lutte contre l'obésité de la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) et de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) - EUR/06/5062700/8 - 16 novembre 2006 - 61996 (5) «Review of research on the effect of food promotion to children» - University of Strathclyde FSA - Septembre 2003. (6)« Etude sur l'influence de la publicité télévisée sur les préférences et les comportements alimentaires des enfants » - UFC-Que Choisir - septembre 2006. (7)Enquête ObEpi-Roche 2006 ? « 4ème enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l'obésité en France ». (8) La mesure de l'obésité la plus couramment employée repose sur l'indice de masse corporel (IMC), qui correspond au poids d'un individu rapporté à sa taille au carré. Une personne est considérée comme obèse lorsque son IMC est supérieur ou égal à 30. L'Organisation Mondiale de la Santé, l'IASO (International Association for the Study of Obesity ? Association Internationale pour l'Etude de l'Obésité), la Commission Européenne et en France l'Assurance Maladie reprennent cette définition. Par ailleurs, on considère qu'une personne est en surpoids lorsque son IMC est compris entre 25 et 30. (9) Source : Dr Jean-Michel Lecerf, Service de Nutrition à l'Institut Pasteur de Lille. (10) Recommandation Thématique Enfant - Point 8 - Comportements alimentaires. (11) Règlement (CE) n° 1924/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 20 décembre 2006, concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires. (12) Charte européenne sur la lutte contre l'obésité demandant aux gouvernements européens de mettre en ?uvre des dispositions réglementaires, notamment des lois pour protéger particulièrement les enfants et les adolescents de l'impact de la promotion commerciale des aliments et boissons à haute densité énergétique - Document FAO/OMS - Référence : EUR/06/5062700/8 - 16 novembre 2006 - 61996.