Profits pétroliers réalisés en France

Acte 2 : 2003-2006 Le grand bond de la rente pétrolière - Le cas du groupe Total

Publié le : 12/02/2007 
SOMMAIRE

I- La rente pétrolière de Total : le résumé

1- Une rente phénoménale indexée sur le cours du baril

L'UFC-Que Choisir constate que le modèle économique de l'activité pétrolière est défavorable aux intérêts du consommateur. Les pétroliers ont indexé leur niveau de profit sur le prix du baril ce qui, dans une perspective de croissance à long terme du prix du pétrole, entraîne mécaniquement la constitution d'une rente exceptionnelle.

L'UFC-Que Choisir considère que le niveau de profit devrait correspondre aux coûts techniques supportés par les entreprises du secteur (ce qui inclut le financement des investissements). Un groupe pétrolier devrait définir un niveau de profit suffisant pour assurer son avenir et le faire varier en fonction de l'évolution de ses investissements et de ses coûts d'exploitation.

2- Total constitue en France des profits annuels de plus de deux milliards d'euros

Reprenant la communication de Total, le gouvernement et de nombreux parlementaires ont jugé illégitime notre demande de taxation exceptionnelle en affirmant que ce groupe réalise seulement 5 % de ses profits en France. Cette affirmation se fonde sur un raisonnement erroné : Total considère ses activités localisées en France (le raffinage et la distribution) et constate qu'elles ne représentent que 5 % de ses profits.

Notre constat est tout autre : les consommateurs français qui s'approvisionnent en pétrole produit par le groupe payent dans le prix l'ensemble de la chaîne de valeur et des activités, de l'exploration à la distribution. La part des profits de Total en France doit intégrer l'ensemble des profits amont et aval réalisés sur le pétrole écoulé par le groupe en France. En d'autres termes, pour du carburant vendu en France et dont le pétrole brut vient de Norvège, nous considérons que les profits de l'exploration-production de ces volumes de brut doivent être affectés au marché français et non au marché norvégien.

Par ce raisonnement, il apparaît que Total réalise entre 18 et 20 % de ses profits en France soit, pour 2005, près de 2,7 milliards d'euros. Sur la base d'un taux de rentabilité de 15 %, il apparaît que les profits additionnels, ou surprofits, réalisés en France sont un peu supérieurs à un milliard d'euros par an en 2005 et en 2006.

3- 2002 - 2005 : les profits augmentent de 106 %, les investissements de 47 %

Si la montée du cours du baril fournit des opportunités d'investissement pour Total, ces derniers ont au mieux augmenté deux fois moins vite que les profits. Au final, sur les trois dernières années, l'effort d'investissement du groupe engage 59 % de ses capacités de financement et ce ratio tend à décroître sur 2006. La tendance, générale dans le secteur pétrolier, est de donner priorité à l'actionnaire.

4- Total : les dividendes et les rachats d'actions pèsent 47 % des capacités de financement

La valorisation de l'actionnaire, par les dividendes et les rachats d'action, engage 47 % de ses capacités de financement, soit un montant assez comparable aux investissements. Notamment, après versé les dividendes, le groupe Total a reversé l'essentiel du surplus en rachat d'action pour entretenir au jour le jour le cours de son action. Dans ce sens, Total a complètement joué la carte des actionnaires au détriment des consommateurs. Une partie des capitaux engagés dans le rachat d'action (3 milliards d'euros par an) pourrait très bien servir à réduire notre dépendance au pétrole.

5- Un effort évanescent dans les énergies renouvelables

Le groupe Total affirme miser sur les énergies renouvelables, mais il ne mentionne jamais une donnée pourtant simple et importante : le montant dépensé chaque année pour ce poste d'activité. Cette absence de transparence est compréhensible : selon les données partielles à la disposition du public, il apparaît que les investissements pour les énergies renouvelables sont négligeables au regard des profits réalisés par le groupe. Par exemple, l'entreprise annonce qu'elle va dépenser chaque année une centaine de millions d'euros pour la recherche sur ce segment, soit à peine1 % de ses profits !

II - L'explosion des profits des majors

Evolution des bénéfices nets des 5 majors du pétrole

2002

2003

2004

2005

évolution 2002-2005*

2006

BP

6 795

10 482

15 731

19 314

+ 184 %

22 000

Total (Millions euro)

5 941

7 025

9 612

12 273

+ 106 %

n.d

Exxon Mobil

11 460

21 510

25 330

36 130

+ 215 %

39 500

Chevron Texaco

1 132

7 230

13 328

14 099

+ 95 %

17 138

Royal Dutch Shell

9 656

12 313

18 183

26 261

+ 172 %

25 442

Prix baril brent en dollar

25

29

38

54

+116 %

65

* 2003-2005 pour Chevron, 2002 étant exceptionnel pour le groupe. Source : comptes groupes

Le tableau ci-dessus montre que les majors du pétrole ont connu une explosion de leurs bénéfices depuis 5 ans. Entre 2002 et 2005, les profits de Total ont à peu près doublé (+106 %) tandis que ceux de BP, d'Exxon ou de Shell ont cru dans une fourchette allant de 172 % à 215 %. L'augmentation moins élevée des profits de Total sur cette période s'explique par le fait que le groupe présentait, en 2002, une plus forte rentabilité que la moyenne des autres groupes.

L'augmentation du prix du baril a très clairement induit une rente vertigineuse pour les compagnies pétrolières.

Il est aussi présenté dans le tableau ci-avant l'évolution du prix du baril qui a également doublé sur 2002-2005. La corrélation entre le cours du baril et les profits des compagnies pétrolières est donc assez évidente. L'activité amont, qui est rémunérée selon le cours du baril, représente en effet la grande part des profits de ces entreprises. Le tableau ci-dessous montre que les résultats amont ont connu une très forte croissance, assez analogue à celle des résultats globaux, et qu'ils représentent une part très majoritaire des profits pétroliers (62 % en 2005, 68 % sur les neuf premiers mois 2006 pour Total).

Evolution des bénéfices dans le secteur amont

Résultat opérationnel net amont (millions dollars)

2002

2003

2004

2005

Evolution 2002 - 2005

BP

3 541

9 622

10 178

14 198

+ 309 %

Total (M euro)

4 038

5 259

5 834

8 029

+ 99%

Royal Dutch Shell

6 726

8 923

9 823

14 238

+111,6 %

Source : comptes groupes

III - Une rente au-delà des normes usuelles

L'estimation des surprofits de Total

-Comment peut-on définir un niveau « normal » de profit ?

La Roace (Return on average capital employed), ou le retour sur capitaux employés, est l'instrument de référence utilisé par les pétroliers pour juger du niveau de leur rentabilité. Le niveau moyen de référence de cette rentabilité est de 15% pour la profession, comme en atteste le graphique ci-dessous. L'intérêt de la période 1997 - 2002, ici considérée, est qu'elle décrit la profitabilité du secteur avant le grand bond de la rente pétrolière.

La Roace des compagnies pétrolières mondiales entre 1997 et 2002

Image

Source :Valuation of International Oil Companies -The RoACE Era 1 by Petter Osmundsen (Stavanger University College), Frank Asche (Stavanger University College) and Klaus Mohn (Statoil ASA)

Ce niveau de référence est d'ailleurs attesté par le groupe Total lui-même, comme le montre la copie du transparent ci-dessous, issu de la communication financière du groupe. En environnement de référence, avec un baril à 25$, le groupe estime à 15 % sa rentabilité souhaitable pour les activités aval. Il fixait d'ailleurs cet objectif de 15 % pour les années 2007-2009.

Pour Total la Roace de référence est de 15 % en activité aval

Image

- L'évaluation des surprofits de Total

Dans ce contexte, il est possible d'estimer le niveau de rente, ou de surprofit, lié au contexte du marché pétrolier par la différence entre la rentabilité réellement obtenue et la rentabilité telle qu'elle aurait été obtenue dans un contexte normal (15%). Les tableaux de la page suivante comparent donc les niveaux réels de Roace pour 2003, 2004, 2005 par rapport à la rentabilité de référence. Le surprofit est ainsi calculé comme le profit supplémentaire relativement à une Roace de 15 %.

Pour l'activité amont, il apparaît que le groupe réalisait déjà des surprofits en 2003 (2,1 milliards d'euros). Ce constat, valable pour tous les groupes pétroliers, s'explique par le caractère très faiblement concurrentiel de l'activité amont. On constate ensuite que ces surprofits ont connu une forte croissance, en 2004, et surtout en 2005, pour atteindre 5 milliards d'euros.

Pour l'activité aval, le groupe partait d'un surprofit nul en 2003 pour atteindre un niveau de surprofit important en 2005 (1,4 milliard d'euros). Le fait très spécifique de ces deux dernières années est donc l'apparition de surprofits dans le domaine aval qui est théoriquement plus concurrentiel que le secteur amont.

Par rapport à la valeur de référence, les surprofits obtenus par Total peuvent s'évaluer à 4,2 milliards d'euros en 2004 et à 6,6 milliards d'euros en 2005.

Concernant l'année 2006, il faut attendre la publication de l'ensemble des comptes consolidés pour faire un calcul définitif. Sur la base des neuf premiers mois, nous avons calculé que les surprofits devrait atteindre 7,1 milliards d'euros (1). Cependant, le quatrième trimestre risque d'être assez défavorable au groupe si on considère la baisse du prix du baril et la diminution des marges de raffinage. Par prudence, nous considérons que les surprofits en 2006 devrait donc être compris entre 6 et 7 milliards d'euros.

Si on cumule les résultats depuis 2003, soit le début du grand choc pétrolier, on constate que les surprofits accumulés par Total depuis quatre ans se portent à 19 ou 20 milliards d'euros.

Evaluations des surprofits de Total

Activité amont : exploration-production

En milliards d'euros

2003

2004

2005

Niveau de rentabilité de référence

15 %

15 %

15 %

Résultat d'exploitation

5,1

5,8

8,0

Capitaux employés

17,6

16,6

20,0

Rentabilité réelle

29 %

35 %

40 %

Profits « normaux »

2,6

2,5

2,5

Surprofits

2,5

3,3

5,0

* projection sur les 9 premiers mois

Evaluations des surprofits de Total

Activité aval : raffinage-transport

En milliards d'euros

2003

2004

2005

Niveau de rentabilité de référence

15 %

15 %

15 %

Résultat d'exploitation

1,4

2,3

3,0

Capitaux employés

9,6

9,3

9,9

Rentabilité réelle

15 %

25 %

28 %

Profits « normaux »

1,4

1,4

1,4

Surprofits

0,0

0,9

1,6

* projection sur les 9 premiers mois

Evaluations des surprofits de Total

Surprofits totaux du groupe Total (en milliards d'euros)

2003

2004

2005

Estimation 2006

2,5

4,2

6,6

6-7

* projection sur les 9 premiers mois

IV : 18 à 20 % des profits de Total sont réalisés en France

2003 - 2006 : un cumul de 7 à 8 milliards d'euros de profits à la charge des consommateurs français

A de nombreuses reprises, le groupe Total, ainsi que le gouvernement et les parlementaires de la majorité, ont repoussé l'éventualité d'une taxe exceptionnelle sur les profits pétroliers en arguant que le groupe réalise seulement 5 % de ses profits en France.

Cet argument provient du groupe Total lui-même. En février 2005 son PDG, Thierry Desmarets, a cru bon de rappeler que « la France ne représente que 5 % des bénéfices de Total (2) ».

Cet argument a été repris par de nombreux élus. Sollicités par plus de 40 000 consommateurs sur l'opportunité d'une taxe exceptionnelle la réponse type des parlementaires du groupe UMP revenait par exemple à affirmer que Total « réalise près de 95 % de ses bénéfices hors du territoire de notre pays alors que, dans le même temps, elle acquitte la majeure partie de son impôt en France ».

Il est avancé l'idée qu'il n'y aurait aucun sens à prélever 5 milliards d'euros sur le groupe au profit du contribuable français alors que l'entreprise ne réaliserait que quelques centaines de millions d'euros de profits en France (600 millions en 2005 par exemple).

L'UFC-Que Choisir estime que cette évaluation correspond à une logique comptable profondément manipulatrice et qu'elle ne traduit pas la réalité économique de la relation entre Total et les consommateurs français.

1- Le raisonnement truqué de Total

Pour aboutir à ce chiffre, Total considère les activités du groupe qui sont physiquement localisées en France. Il s'agit pour l'essentiel du raffinage et de la distribution en station service. Ces activités, qui appartiennent au pôle aval, sont bien moins rentables que les activités amont, soit l'exploration-production, qui sont localisées à l'étranger (mer du Nord, Moyen Orient, Nigéria, Venezuela, etc).

Avec ce raisonnement, on inclut dans les profits réalisés en France les bénéfices de ces activités de raffinage-distribution et on exclut les activités amont. On aboutit donc au résultat de 5 % de profits en France.

Le caractère manipulateur de cet argument est qu'il retient le critère de la localisation physique des activités alors qu'il devrait considérer les profits réalisés sur la facture pétrolière que présente Total aux consommateurs français.

Considérons le cas d'un consommateur français qui achète du carburant à la pompe, carburant qui provient d'un pétrole produit en amont et raffiné en aval par Total. Le consommateur paye un prix TTC qui inclut l'ensemble des taxes et l'ensemble du prix hors taxe du carburant. Ce prix hors taxe rémunère tous les segments de l'activité pétrolière (l'exploration-production, le raffinage et la distribution). Il rémunère donc l'intégralité des profits réalisés par la filière sur ce produit, à la fois les profits amont et les profits avals.

Quand le consommateur français paye son carburant il ne paye donc pas seulement le coût du raffinage et de la distribution effectués en France. Il paye aussi pour le coût de l'exploration-production effectuée en mer du Nord, au Moyen Orient ou au Nigéria.

Dès lors, il faut considérer que les profits réalisés par Total en France correspondent aux profits réalisés, pour toute la chaîne d'activité, sur le pétrole qu'il commercialise en France.

En d'autres termes, estimer, comme le fait Total, que les profits amont réalisés sur la production en Norvège doivent être considérés comme des profits effectués en Norvège n'a aucun sens dans la mesure où ces profits sont rémunérés par des consommateurs d'autres pays, dont une partie est située en France.

Les profits de Total réalisés en France : la méthodologie de l'UFC Que Choisir

Nous partons des volumes de pétrole de Total vendu en France. Sur ces volumes nous considérons :

- Les profits réalisés par la distribution, quand ils ont été distribués par Total,

- Les profits réalisés par le raffinage quand ils sont raffinés par Total,

- Les profits réalisés sur l'amont quand le pétrole provient d'un site de Total.

Cette règle de calcul, en soi très simple, se heurte à des difficultés techniques. En effet, la filière pétrole n'est pas complètement intégrée : le pétrole raffiné et distribué par Total en France n'est pas forcément produit en amont par Total ; du pétrole raffiné et distribué en France par une compagnie étrangère peut aussi provenir d'une production en amont de Total.

Il faut donc arriver à retracer activité par activité l'origine des flux de pétrole achetés par les consommateurs français, isoler les volumes qui sont de la responsabilité du groupe Total et y affecter les profits correspondants. Un calcul similaire devrait être effectué pour les autres groupes pétroliers.

Pour parvenir à un calcul très précis, il faudrait disposer de ces flux de pétrole pour chaque groupe. Mais cette information n'est pas en soi disponible et, sur ce point, le groupe Total nous a opposé une fin de non recevoir.

Nous avons donc dû retracer ces flux par des données qui figurent dans les rapports d'activités de Total ainsi que par des rapports sectoriels. Notre estimation est donc un peu approximative mais la marge d'approximation est suffisamment faible pour nous permettre de rendre publique une estimation. S'il le souhaite, le groupe Total peut nous aider à supprimer cette approximation en nous communiquant ou en rendant publiques les données nécessaires.

2- Le calcul des profits de Total réalisés en France

Total :

chiffres clés

Activités de Total 2005

En milliers de barils/jour

Ventes mondiales de pétrole brut

4 465

dont vente à des tiers

2 354

dont vente à l'aval du groupe

2 111

Capacité mondiale de raffinage de Total

2 410

Production raffiné en France

955

Vente de produits raffinés en France

852

Source : rapport d'activité 2005 du groupe

Les ventes mondiales de pétrole brut du groupe Total sont de 4 465 milliers de barils/jour (Mbep/jour). Elles se répartissent de la façon suivante (3) :

- vente à des tiers : 2 354 Mbep/jour (4)

- ventes à l'aval du groupe Total : 2 111 Mbep/jour

La production mondiale de raffinage de Total est de 2 410 Mbep/jour . On a dit précédemment que Total « amont » livrait 2 111 Mbep/jour à Total « aval ». Le pétrole raffiné par Total provient donc à 87 % d'une production amont de Total, le reste étant acheté à des tiers.

Nous posons comme hypothèse que ce taux d'approvisionnement mondial s'applique à la France à savoir que 87 % du pétrole raffiné en France provient d'un amont de Total. Aucune donnée ne nous permet de valider définitivement cette hypothèse, mais elle parait être une approximation raisonnable.

La production en raffinage de Total en France est de 955 Mbep/jour. Total déclare aussi que ses ventes de produits raffinés en France s'élèvent à 852 Mbep/jour (5). Cela signifie qu'il commercialise en France 89 % de sa production raffinée française et que le reste, 103 Mbep/jour, est exporté.

On a aussi montré que 87,6 % du brut raffiné provenait d'un approvisionnement amont interne au groupe Total.

Cela signifie que 761 milliers de barils/jour vendus en France par les raffineries de Total proviennent d'un amont de Total (6) sachant que la vente de brut mondial de Total en 2005 est de 4465 milliers de barils/jour.

761/4465 = 17,0 %

On peut donc estimer que les ventes de Total en France représentent 17 % de sa vente amont. Il n'y pas de raison objective pour que la rentabilité sur le pétrole amont destiné en France soit différente de la moyenne mondiale de rentabilité amont du groupe.

- Premier résultat : les produits pétroliers vendus par Total en France engagent 17 % des profits mondiaux du groupe sur l'activité amont.

Pour l'aval, Total vend l'équivalent de 852 milliers barils/jour en France ce qui représente 89 % de sa production raffinée en France. Or, la capacité de raffinage française de Total représente 40,4 % de sa capacité de raffinage mondiale (7).

La vente de produit raffiné de Total en France représente donc 35,9 % du chiffre d'affaires raffinage mondial du groupe (8). Nous supposons que cette part du chiffre d'affaires représente aussi la part de son profit sur l'aval mondial. Nous estimons donc que la rentabilité de l'aval de Total en France équivaut à sa rentabilité moyenne de son aval dans le monde.

De ce raisonnement, il en découle que les ventes de produits raffinés de Total en France représentent 35,9 % de ses profits mondiaux de raffinage.

Il reste une inconnue sur la distribution. En effet, sur le produit raffiné par Total en France et notamment vendu sous forme de carburant automobile, une part va au réseau de stations de Total et une autre part va à d'autres distributeurs (a priori les stations de la grande distribution). Logiquement il faudrait retirer des profits avals du groupe les profits de distribution qui échappent à l'entreprise sur les volumes vendus à la grande distribution.

Malheureusement, nous ne disposons d'aucune clé de répartition sur ce sujet. Nous avons donc décidé de ne pas considérer cet élément et donc de ne pas minorer les profits de Total en France. Ce choix se fonde sur l'idée que les profits sur la distribution représentent une part très faible du profit pétrolier et donc que cette omission volontaire a un impact assez négligeable sur le résultat final (9).

- Second résultat : l'activité aval de Total en France représente 35,9 % de ses profits aval mondiaux.

En 2005, Total a réalisé un résultat net de 12,273 milliards d'euros qui comprennent 8,09 milliards pour l'amont et 3,9 milliards pour l'aval le reste étant affecté à la chimie et la holding.

Les profits de Total en France sont donc les suivants :

- amont : 17 % de 8,09 milliards soit 1,37 milliard,

- aval : 35,9 % de 3,9 milliards soit 1,41 milliard.

- Troisième résultat : en 2005, Total a donc réalisé 2,78 milliards d'euros de profits en France, soit 22 % de ses profits mondiaux.

Avec la même clé de calcul, sur les trois premiers semestres 2006, les profits France atteignent 1,97 milliard d'euros soit 20,5 % des profits.

Cette part « France » diminue en 2006 car, sur cette année, les profits avals mondiaux ont baissé par rapport aux profits amont mondiaux relativement à 2005. Comme, en France, les profits du raffinage pèsent plus que sur les comptes mondiaux de Total, une baisse des profits du raffinage diminue logiquement la part française des profits de Total.

Un ajustement nécessaire : la question du gaz

Le bémol à ce calcul est qu'il se fonde sur l'évaluation des ventes et des profits de Total sur le pétrole qui est son activité essentielle.

Mais Total produit aussi du gaz et ses ventes de gaz en France représentent 14,9 % de ses ventes mondiales de gaz (10). On peut raisonnablement supposer que les profits du gaz de Total en France représentent aussi 14,9 % de ses profits mondiaux sur le gaz. Malheureusement, le groupe ne communique pas le montant de ses profits sur le gaz, ce qui empêche une péréquation rigoureuse entre les profits du pétrole et les profits du gaz.

On peut donc procéder à une estimation un peu grossière en constatant que les volumes physiques de gaz produits par Total représentent en équivalent pétrole 19,4 % de la production gaz et pétrole de Total. On suppose donc que les profits de Total sont constitués à 80 % de pétrole et à 20 % de gaz auxquels on applique la part des profits de ces activités dans la part des profits mondiaux (22 % pour le pétrole, 14,9 % pour le gaz).

Résultats définitifs

En tenant compte de cette répartition, il apparaît que l'activité France de Total représente 20,6 % de ses profits mondiaux en 2005. Sur les trois premiers semestres 2006, l'activité France de Total représente 19,3 % de ses profits.

En suivant cette méthode de calcul nous constatons que le part des profits France dans les profits mondiaux de Total est de 20,7 % en 2004 et de 19,8 % en 2003.

Sur ces quatre années, la part française des profits mondiaux de Total oscille entre 19,3 % et 20,7 % soit 20 % environ.

Par principe de prudence nous retenons que Total réalise entre 18 % et 20 % de ses profits mondiaux en France. Sur les années 2005 et 2006 cela représente un profit « France » annuel un peu supérieur à 2 milliards d'euros.

Cette modération de l'évaluation par rapport à notre calcul s'explique par la légère sur-évaluation des profits réalisés dans la distribution.

Nous reconnaissons que ce calcul se fonde sur plusieurs approximations dues aux données incomplètes du groupe Total. En soit, nous ne reprocherons rien au groupe sur ce point puisque la diffusion de ce type de données ne répond à aucune obligation légale.

Il reste que, pour l'UFC Que Choisir, cette approximation a un très bon degré de fiabilité et qu'en tout état de cause, il est inacceptable de dire que Total réalise 5 % de ses profits en France.

Enfin pour fonder le débat public sur des bases précises, le groupe devrait communiquer l'ensemble des données nécessaires. L'UFC-Que choisir est prêt à travailler avec les responsables de Total pour établir un calcul définitif.

La rente pétrolière en France : qu'en est-il des autres compagnies ?

Il va de soi que Total n'est pas la seule compagnie qui vend du pétrole et qui fait des profits en France. Le groupe garde tout de même une position dominante puisqu'il détient 57 % du marché du raffinage et, probablement, la majorité de l'écoulement des volumes de pétrole brut. Shell et Esso (Exxon Mobil) détiennent 17 et 18 % du marché. BP ferme la marche avec 8 % de parts de marché (11).

De façon très approximative, on peut affirmer que le groupe Total capte une bonne moitié (57 %) de la rente pétrolière en France et que les autres compagnies se partagent 43 %. En considérant que Total a réalisé 2,7 milliards d'euros de profits en 2005, cela signifie que les autres compagnies ont réalisé 2 milliards d'euros de profits en France pour 2005. Les profits pétroliers en France se porteraient donc à 4,7 milliards d'euros en 2005.

Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à identifier précisément les profits réalisés individuellement en France par les autres majors du pétrole. En effet, ces dernières donnent moins d'information que Total sur leur activité en France, certainement parce que leur volume d'activité y est bien moindre. Notamment, nous ne connaissons pas la part du pétrole raffiné en France qui provient d'un amont interne de chaque groupe, ce qui rend très aléatoire l'affectation des bénéfices amont.

Pour l'UFC Que Choisir, il ne s'agit pas de dire que les autres groupes pétroliers ne font pas des profits conséquents en France. Pour 2005, ils représentent probablement un montant proche de deux milliards d'euros. Simplement, nous ne pouvons pas les calculer pour chaque compagnie avec un degré de précision acceptable. Il reste qu'avec 57 % du marché du raffinage Total est de loin le principal opérateur en France.

V - Dans le pétrole, les profits ne font pas l'investissement

Sur la question de la rente pétrolière, le centre du débat porte moins sur le caractère extraordinaire de cette rente, que personne ne conteste, que sur l'utilisation de la rente par les entreprises.

Les groupes pétroliers, ainsi que le gouvernement français, justifie ce niveau des profits par la nécessité d'investir dans l'exploration production. La tension sur le marché du pétrole, où la demande mondiale est en nette croissance, impliquerait en effet d'accroître l'offre de pétrole afin de stabiliser le cours du baril et d'enrayer l'inflation du prix pour le bénéfice du consommateur.

Pour résumer cet argument, il est avancé l'idée que les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain pour la sécurité énergétique d'après-demain. Malheureusement cette explication ne résiste pas à l'examen factuel des comptes des sociétés.

Les investissements de Total :

rien de très nouveau depuis l'explosion du baril

2002

2003

2004

2005

Investissements Corporels et incorporels

6 942

6 365

7 403

8 482

Flux de trésorerie d'investissement

6 849

5 734

7 712

10 107

Résultat net

5 941

7 025

9 612

12 273

Le tableau ci-dessus expose l'évolution de l'investissement de Total entre 2002 et 2005, ainsi qu'un prévisionnel pour l'année 2006 (sur la base des neuf premiers mois). Le bond de la rente pétrolière ayant commencé en 2003-2004 on peut donc observer son impact sur l'effort d'investissement.

Si on considère les investissements corporels et incorporels, on constate qu'ils ont augmenté de 22 % entre 2002 et 2005 soit de 5 % par an environ. Il y a donc bien une progression mais qui est très loin de suivre l'évolution des profits puisque ces derniers ont augmenté de plus de 100 % sur la même période.

Un calcul simple permet de montrer le décalage entre la croissance des profits et des investissements : l'augmentation des bénéfices annuels représente 6,3 milliards d'euros entre 2002 et 2006 et, sur la même période, l'augmentation des investissements corporels et incorporels pèse pour 1,99 milliard d'euros, soit un tiers seulement de l'augmentation des bénéfices.

Une façon plus globale d'évaluer l'effort d'investissement consiste à retenir le flux de trésorerie d'investissement. Il mesure l'argent consacré à la croissance interne et externe auxquels sont notamment retirées les cessions d'actifs productifs. Cet indicateur a le mérite d'être plus exhaustif mais il tend aussi à inclure des opérations financières qui sont parfois peu liées à un investissement opérationnel.

Entre 2002 et 2005, ce flux de trésorerie a augmenté de 47 %, ce qui est bien plus substantiel que l'augmentation des investissements corporels et incorporels. Il reste que cette croissance est deux fois inférieure à celle des profits du groupe durant la même période.

Quel que soit l'indicateur retenu on peut donc affirmer que, depuis 2002, les investissements ont crû bien moins vite que les profits.

Concernant l'année 2006, nous avons seulement pu extrapoler un montant annuel à partir des 9 premiers mois. Il faut donc considérer ces chiffres provisoires avec prudence. L'année 2006 semble marquer une stagnation de l'investissement.

La conclusion est simple : si les profits ont bien suivi l'évolution du prix du baril, les investissements ont pour leur part augmenté bien moins vite.

- Les capacités de financement de Total : une forte part est distribuée à l'actionnaire

Puisque la relation entre les profits pétroliers et l'investissement est plus que relative, nous avons voulu dresser un panorama complet de la manière dont Total utilise son argent.

Les tableaux ci-dessous exposent comment Total a orienté ses capacités de financement sur les années 2004, 2005 et 2006

Comment Total utilise son argent

(en volume, millions d'euros)

Total

2004 - 2006*

2006**

Flux de trésorerie d'exploitation

47 031

13 938

Investissements corporels et incorporels

25 485

6 496

Investissement net

28 019

6 989

Rachats d'actions

10 548

3 171

Dividendes

11 994

n.d

Rachats d'actions + dividendes

22 542

n.d

* le quatrième trimestre 2006 se fonde sur une évaluation ** calculé sur la base des 9 premiers mois. Source : comptes consolidés Total

Comment Total utilise son argent

(en %)

2004 - 2006

2006*

Investissements corporels et incorporels

54,1 %

46,6 %

Investissement net

59,5 %

50,1 %

Rachats d'actions

22,4 %

22,6 %

Dividendes

25,5 %

n.d

Rachats d'actions + dividendes

47,9 %

n.d

* calculé sur la base des 9 premiers mois. Source : comptes consolidés Total

Les capacités de financement d'un groupe sont exprimées par le flux de trésorerie d'exploitation. Ce flux comprend les profits du groupe auxquels s'ajoutent les amortissements qui servent à l'investissement et qui ont été retirés des profits. Cumulé sur la période 2004-2006, Total a ainsi disposé d'un flux de trésorerie d'exploitation de 47,3 milliards d'euros.

Globalement, le groupe peut utiliser cet argent de deux manières en le consacrant soit aux investissements, soit à la sphère financière qui consiste à rémunérer les actionnaires ou à rembourser sa dette.

- Les investissements engagent un peu plus de la moitié de la capacité de financement

Sur 2004 - 2006 les investissements corporels et incorporels de Total sont de 25,4 milliards d'euros soit 54,1 % du flux de trésorerie d'exploitation. Si on considère le flux de trésorerie d'investissement, on constate qu'il représente 59 % du flux de trésorerie d'exploitation. La tendance de l'année 2006 marque une baisse de l'effort d'investissement qui, sur les neuf premiers mois, ne représente que 50,1 % du flux de trésorerie d'exploitation.

- La valorisation de l'actionnaire engage presque la moitié de la capacité de financement

Total n'ayant quasiment pas de dette à gérer, l'essentiel de ses opérations financières vont à la valorisation de l'actionnaire qui passent par deux leviers : le versement de dividende et les rachats d'actions du groupe. La dernière opération consiste à racheter ses propres actions puis les détruire dans le but principal de soutenir le cours du titre.

Sur 2004-2006, les rachats d'actions et les versements de dividendes ont engagé des montants assez équivalents de 10,5 et 11,9 milliards d'euros. A elles seules, ces deux opérations représentent donc 47,9 % du flux de trésorerie d'exploitation (12). Sur les neuf premiers mois de l'année 2006, on constate que les rachats d'actions représentent 22,6 % du flux de trésorerie, ce qui correspond aux niveaux des années précédentes. Il n'est pas possible de connaître les dividendes pour 2006.

En conclusion, Total utilise son argent pour alimenter deux sphères assez comparables : l'investissement productif, pour 54 à 59 %, et la valorisation de l'actionnaire pour 47 %.

Il est donc parfaitement erroné d'affirmer que les profits de cette période sont essentiels pour assurer les investissements. En réalité, la rente pétrolière fait l'objet d'une forte financiarisation puisque près de sa moitié alimente l'actionnaire par les dividendes et les rachats d'actions.

En annexe de ce document, nous exposons la manière dont les majors du pétrole utilisent leur capacité de financement. Il apparaît que le groupe Total développe un effort plus important pour l'investissement que les autres majors (59 % du flux de trésorerie contre 26 % à 51 % pour les autres groupes). Seul Shell présente une structure d'investissement assez proche de celle du groupe français.

Pour l'UFC que Choisir, il n'est donc pas question de présenter le groupe Total comme le mauvais élève de la classe des pétroliers puisque certains groupes, comme BP ou Exxon, présentent une financiarisation de leur rente bien plus prononcée.

D'un autre coté, cette comparaison n'invalide en rien notre constat sur le groupe : Total consacre une part faible de ses vastes profits à l'investissement et reverse une part démesurée à l'actionnaire. Le fait qu'il existe des situations encore plus caricaturales ne fait que confirmer l'anormalité de ce secteur industriel.

VI - Comment Total donne priorité à ses actionnaires

En préambule, précisons que Total a un capital flottant à 100 % et que son actionnariat est repartit de la façon suivante : 4 % les salariés, 9 % les actionnaires individuels, 87 % les investisseurs institutionnels (dont 21 % d'investisseurs français).

Les dividendes ont doublé en six ans

Dividende par action Total

2000

3,30

2001

3,80

2002

4,10

2003

4,70

2004

5,40

2005

6,48

Le tableau ci-dessus montre que le dividende par action versé par Total a doublé en six ans.

Pour l'UFC Que Choisir, il est légitime que des dividendes soient versés aux actionnaires par un groupe industriel. Ce dernier est libre d'accroître ou de diminuer ce versement comme il l'entend.

Cependant, le groupe Total ne peut pas affirmer que sa profitabilité se justifie d'abord par le besoin d'investir. A l'évidence, le besoin de verser des dividendes toujours plus élevés est une variable au moins aussi lourde dans le processus de décision du groupe.

Total est un roi du rachat d'actions

en Millions d'euros :

Rachats d'actions Total

2000

1 948

2001

5 605

2002

2 945

2003

3 994

2004

3 554

2005

3 189

En règle générale, la valorisation de l'actionnaire comprend l'évolution du cours de l'action en bourse et le versement du dividende.

Les groupes pétroliers ayant dégagé des profits exceptionnels ont puissamment utilisé un autre levier de valorisation : le rachat d'actions.

Pour mieux rémunérer leurs actionnaires en l'absence de projet d'investissement, les majors du pétrole préfèrent racheter leurs propres actions et les annuler. Ces rachats permettent de restituer de la valeur aux actionnaires.

Premièrement, le rachat entretient le cours puisqu'il augmente l'offre sur le titre. Deuxièmement, en rachetant ses propres actions et en les annulant, la société réduit le nombre de titres en circulation et augmente ainsi le bénéfice net par action (BNPA) et l'actif net par action. On dit alors que les rachats d'actions jouent un effet relatif sur le BNPA.

Une entreprise qui a recours aux rachats d'actions tend donc à considérer que tout investissement supplémentaire tendrait à ne pas atteindre la rentabilité de référence. Le surplus de capitaux existant est rendu à l'actionnaire sous la forme de rachat d'action qui valorise le titre. Par conséquent, le fait de recourir massivement aux rachats d'actions est le signe que l'entreprise n'a pas de besoin additionnel pour financer ses investissements productifs.

Le président du groupe Total, Thierry Desmarets, explique parfaitement que le rachat d'actions intervient lorsque l'entreprise ne souhaite pas développer ses investissements au même rythme que ses profits :

« Il est vrai cependant qu'avec des prix du pétrole élevés, la capacité d'autofinancement du Groupe est importante et peut excéder les montants susceptibles d'être engagés dans des projets de bonne qualité. Nous utilisons alors une partie de ces excédents pour effectuer des rachats d'actions. Cette politique a permis, depuis 2000, d'augmenter le résultat net par action de 17 %, au-delà des effets des programmes de croissance et de productivité et de l'environnement. Elle a donc contribué à une bonne valorisation du titre et à l'augmentation du dividende par action. »

Pour l'UFC Que Choisir, ce recours massif aux rachats d'actions met en lumière deux phénomènes :

- Il fait apparaître un véritable surplus de plusieurs milliards annuels : ayant déjà effectué ses investissements et son versement de dividendes le groupe dispose encore de 3 milliards par an qu'il emploie à cette technique de valorisation artificielle et de court terme.

- Il traduit bien le fait que Total privilégie les actionnaires au détriment des consommateurs.

Cette manne obtenue après investissements et dividendes aurait très bien être restituée aux consommateurs de Total. Le groupe a préféré la reverser intégralement à ses actionnaires.

VII - Comment Total valorise peu les énergies alternatives

La hausse du pétrole et du gaz, dont les prix sont liés, doit théoriquement profiter aux autres énergies, rendues plus compétitives.

Le groupe Total communique de façon peu transparente sur ses projets d'investissements dans les énergies alternatives. L'entreprise met en avant de nombreux projets de recherche ou de réalisation dans ce domaine, mais elle ne fait pas apparaître clairement les montants financiers totaux qui sont consacrés à ce segment d'activité. Par conséquent, il est difficile d'évaluer précisément ce que représente l'effort de Total en la matière.

L'UFC Que Choisir demande au groupe Total de stipuler précisément les montants annuels qui sont dédiés aux énergies alternatives.

Total participe à plusieurs projets concernant des énergies alternatives. Total est la seule compagnie pétrolière présente dans l'hydroélectricité en opérant un barrage de 1 400 MW en Argentine.

La société s'intéresse également à l'éolien, à terre ou en mer. Elle a installé près de Dunkerque des machines d'une puissance de 3 MW. Le groupe souhaite développer un site offshore près de Dunkerque en coopération avec Shell. L'investissement devrait représenter 200 millions d'euros.

Elle se positionne aussi dans le photovoltaïque. En effet, elle est présente depuis plus de vingt ans dans l'aval de la chaîne photovoltaïque, par le biais de sa filiale Total Energie qui monte et installe des systèmes photovoltaïques, et a récemment investi dans l'amont de la chaîne. Total est aujourd'hui partenaire de Photovoltech, qui fabrique des capteurs photovoltaïques en Belgique et dont la capacité de production devrait passer de 13 MWc à 80 MWc d'ici à 2006.

Total fabrique en France des carburants à partir de la biomasse. Près de 500 000 tonnes de biocarburants sont incorporés dans les carburants de la compagnie (essence et gazole). Des projets similaires sont en cours de développement dans d'autres pays européens.

Si ces démarches sont positives, il reste que les investissements du groupe Total représentent une part très faible de ses profits et de ses investissements dans le pétrole ou le gaz.

D'ici 2010, Total annonce qu'il va consacrer près de 500 millions d'euros à la recherche sur les énergies alternatives : 100 millions d'euros pour les biocarburants, 250 millions pour les énergies renouvelables type éolienne et 100 millions pour la recherche et le développement de nouveaux procédés de production. Cet investissement se chiffre une centaine de millions d'euros par an ce qui représente, selon les années, 1 à 2 % des profits du groupe. Les énergies renouvelables représentent donc un segment quasi-négligeable de l'activité de Total.

(1) Sur les neuf premiers mois 2006, Total annonce pour l'aval un résultat opérationnel net de 3,1 milliards d'euros et une Roace de 28 % et, pour l'amont, un résultat opérationnel net de 9,2 milliards d'euros et une Roace de 39 %. On a donc des niveaux de Roace quasi identique entre 2005 et les neuf premiers mois de 2006.

(2) Dépêche Reuters 15 févier 2006 titrée « l'UFC relance sa campagne sur Total, Desmarest hausse le ton ». Déclaration analogue dans la dépêche AFP du 15 février 2006 titrée « Les profits de Total lui permettent de résister aux OPA selon son PDG ».

(3) Page 51 du rapport annuel 2005 partie aval disponible en ligne : http://www.total.com/static/fr/medias/topic768/Total_en_2005_aval.pdf

(4) Source : page 2 du rapport annuel 2005 du groupe.

(5) Source : page 47 (tableau « vente de produit raffiné ») du rapport annuel 2005 partie aval.

(6) 761 Mbeb/jour correpond à 87,6 % de 852 Mbep/jour soit la part de produits raffinés vendus par Total en France qui provient d'un amont Total.

(7) Source : page 46 rapport annuel 2005 partie aval

(8) 35,9% correspond à 89 % de 40,4 %.

(9) En France les marges sur la distribution sont parmi les plus faibles d'Europe et le coût total du transport distribution représente environ de 10 à 13 % du prix hors taxe du carburant.

(10) Selon la page 40 du rapport annuel 2005, Total a vendu 260 GPC de gaz en France en 2005 pour une vente mondiale de gaz de 1 745 Gpc. Par ailleurs la production de gaz mondiale de Total est de 868 milliers d'équivalents de baril/jour.

(11) Source Direm 2004.

(12) Il n'est pas surprenant que la somme des dépenses d'investissements et des dépenses pour l'actionnaire dépasse les 100 % du flux de trésorerie d'exploitation. En effet d'autres variables peuvent, d'un point de vue comptable, apporter de l'argent au flux de trésorerie : les variations de change ou la variation de la trésorerie disponible par exemple.