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Emballages alimentairesBocaux et bouteilles en verre consignés gagnent du terrain

Elsa Casalegno

par Elsa Casalegno

L’offre de produits alimentaires en bocaux et bouteilles en verre, consignés et réutilisés, est encore modeste. Mais elle devrait monter en puissance dans les prochains mois, d’autant que la réglementation impose des objectifs intermédiaires, pour atteindre zéro emballage à usage unique à l’horizon 2040. Ouvrez l’œil, de petits logos le signalent sur les étiquettes. ​​​​​​

L’essentiel

  • Le nombre de références vendues dans des emballages consignés pour réemploi s’accroît progressivement.
  • Des logos et un marquage sur les bouteilles et bocaux en verre le signalent.
  • Les efforts pour développer la consigne se portent désormais sur la grande distribution.
  • Une expérimentation est menée dans quatre régions (Pays de la Loire, Bretagne, Normandie, Hauts-de-France).

Des logos avec la mention « Rapportez-moi pour réemploi » sur les étiquettes, un marquage « Réemployable » gravé sur les bouteilles en verre : le nombre de références vendues dans des emballages réemployables s’accroît progressivement. Ouvrez l’œil, car les symboles restent discrets, et les références sont encore rares – quelques centaines tout au plus.

Paradoxalement, la crise au Moyen-Orient pourrait bénéficier au réemploi (lire le lexique), car elle engendre des difficultés d’approvisionnement en pétrole, qui se répercutent sur les emballages en plastique, fabriqués à partir de pétrole. Cette tension pourrait bien inciter les filières alimentaires à se pencher sur le réemploi des emballages, afin de réduire la dépendance aux flux mondiaux. Les acteurs de la filière étaient d’ailleurs optimistes lors du Salon Reuse Economy qui s’est tenu en mai, à Paris.

En 2024, environ 24 millions d’emballages ménagers collectés ont été remis sur le marché, selon une étude du cabinet Deloitte, et une hausse de 45 % est attendue pour 2026. Mais les freins sont encore nombreux : logistique complexe et coûteuse entre le stockage (en magasin et en usine), la collecte, le nettoyage et la redistribution dans les usines des bouteilles en verre ou des boîtes en carton, la volonté des marques de conserver leur propre design iconique, à l’instar de Coca-Cola ou Perrier…

Et si les taux de retour des emballages réemployables atteignent 95 % en livraison avec consigne ou en drive spécialisé (comme Le Fourgon, Drink Dong, Le Drive tout nu, etc.), ils ne sont que 30 % en grande distribution. C’est sur ce point que doivent désormais se porter les efforts.

Expérimentation dans 4 régions

C’est l’objectif du projet Reuse, développé sous l’égide des éco-organismes Citeo et Adelphe, en cours de déploiement à grande échelle dans quatre régions de l’ouest et du nord de la France (Pays de la Loire, Bretagne, Normandie, Hauts-de-France), avec 350 points de collecte en magasins.

Une série d’emballages standards ‒ bouteilles et bocaux de différentes tailles et formes ‒ ont été développés pour s’adapter à plusieurs marques et produits, afin d’être redistribués indifféremment à tous les fabricants d’aliments partenaires.

En parallèle, deux modalités de récupération des contenants ont été mises au point, financées par Citeo :

  • des automates en libre-service ;
  • le retour auprès d’employés du magasin.

La plupart des grandes enseignes de la distribution participent à l’opération : Intermarché, Carrefour, E. Leclerc, U, Auchan, Monoprix et bientôt Casino – ainsi que les distributeurs bios (Biocoop étant pionnier en la matière) et de petits acteurs locaux tels La Brasserie du bout du monde. Ne manque que Lidl…

Plusieurs dizaines de produits devraient être disponibles dans les prochains mois : des eaux minérales, des jus de fruits, des bières et des cidres, mais aussi de l’épicerie sucrée et salée (confitures, soupes, coulis de tomates, etc.). Le succès de l’opération repose aussi sur l’adhésion des consommateurs et le retour des contenants en magasin.

Les exposants du Salon Reuse témoignaient que le réemploi entre acteurs professionnels est déjà une réalité : par exemple, les bouteilles et fûts en restauration commerciale et collective, les cartons d’emballage ou les housses de protection des vêtements, les bacs et palettes de transport des marchandises, etc.

L’objectif est d’arriver à respecter la loi Agec, ainsi que le règlement européen PPWR (lire l’encadré). On peut néanmoins regretter que les filières vins et spiritueux (mais pas la filière bière), qui ont pu négocier une exemption du PPWR grâce à un lobbying intense à Bruxelles, se contentent du recyclage, nettement moins écologique.

Lexique

Réemploi : Toute opération par laquelle des produits (ou matières) qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus.

Consigne : Collecte des emballages vides (en vue de leur réemploi ou de leur recyclage) en contrepartie d’une somme d’argent reversée au consommateur quand il les rapporte.

Réutilisation : Toute opération par laquelle des produits (ou matières) devenus des déchets sont utilisés de nouveau.

Recyclage : Retraitement des déchets en produits (ou matières) en vue de les réutiliser dans leur fonction initiale ou à d'autres fins.

Recyclabilité : Aptitude à être recyclé.

Que dit la loi ?

La loi Agec (votée en 2020) prévoit la fin des emballages à usage unique d’ici 2040, avec plusieurs étapes intermédiaires :

  • Depuis 2023, fin des emballages, couverts, assiettes, etc., à usage unique pour les repas consommés sur place dans la restauration hors foyer. Dans les faits, c’est loin d’être toujours respecté.
  • Depuis 2025, obligation de proposer un contenant réutilisable en vente à emporter.
  • 10 % d’emballages réemployés d’ici 2027 (y compris pour les boissons alcoolisées).
  • 20 % des produits de grande consommation vendus sans emballage à usage unique d’ici 2030. En pratique, on en est encore loin.
  • Réduction de 50 % du nombre de bouteilles plastique d’ici 2030.

Le règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), qui entre en vigueur en août 2026, prévoit une série de mesures de réduction des emballages à usage unique :

  • 10 % de réemploi en 2030 pour les emballages de boissons (alcoolisées ou non, excepté les vins et spiritueux), et 40 % en 2040.
  • Consigne pour recyclage obligatoire d’ici janvier 2029 pour les canettes et bouteilles plastique.
  • Réduction des emballages via l’éco-conception.
  • Intégration de matériaux recyclés : de 10 à 35 % de matière recyclée en 2030, et de 25 à 65 % en 2040.
  • Recyclabilité de tous les emballages en 2030.

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